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« Pas croisés » entre Gaëtan Morlotti et Éric Chapelle au musée Marc Chagall de Nice

 

Nice, 7 février 2013, par Jean-Luc Vannier ——

pas croisésGaëtan Morlotti et Éric Chapelle. Photograĥie © C. Weil.

La chorégraphie débute par une déambulation contemplative du public. Des tableaux grand format contant l'histoire du peuple juif aux huiles sur papier entoilé, assemblées sous une lumière tamisée afin de mieux ressentir les rougissantes couleurs de l'intimisme enflammé par le « Cantique des Cantiques », il s'agissait, vendredi 6 décembre au musée national Marc Chagall de Nice, d'initier le visiteur à une performance : celle des « Pas croisés » entre Gaëtan Morlotti, danseur soliste des Ballets de Monte-Carlo et Éric Chapelle, contrebassiste à l'Orchestre philharmonique du Rocher. Inauguration d'un cycle à même, selon le directeur du musée, de s'inscrire dans la durée : le 11 avril prochain, le second volet de ce travail artistique poursuivra la célébration du quarantième anniversaire de l'édifice en liaison avec l'Association Culturelle de Cimiez.

pas croisésÉric Chapelle. Photographie © OPMC.

L'instrumentiste entre sagement sur la scène de l'auditorium et tourne son regard vers l'image projetée du maître, en pleine activité sur un vitrail : le danseur, intrigué et curieux, le rejoint devant l'écran. Faut-il déceler dans ce simple écart, une clé pour déchiffrer les articulations de ce duo ? Superposant sa main à celle de l'artiste, Gaëtan Morlotti y puise une lumière qu'il vient partager avec les spectateurs dans la salle. Une référence symbolique au souhait du peintre de « voir ses œuvres exposées au mieux » et « d'accueillir le public comme dans une maison ». Éric Chapelle enchaîne les pizzicati afin de « musicaliser » la touche du pinceau et les glissandi pour les traits plus appuyés de peinture, tous deux mimés par le danseur sur une toile invisible. Laquelle semble peu à peu, devenir volume spatial et prendre possession de son auteur en le réduisant à un jouet. Les notes cèdent le pas aux bruitages étayés sur le bois de l'instrument, sons encore plus primitifs, intérieurs et tourmentés, de l'inspiration frénétique. Vaincu par cette force créatrice qu'il arrache de lui-même, l'homme en quête de Dieu s'effondre sous le visage dédoublé de son mentor. C'était sans compter sur le secours bienveillant de sa « muse », Bella Rosenfeld, première épouse de Marc Chagall, appliquant sur le corps sans vie de l'artiste, d'étranges « post-it notes » comme autant de pansements salvateurs. Sur la photo de Marc Chagall contemplant une salle vide, celle de son futur musée, le trio agrippe l'ombre de son bras, tels des enfants cherchant l'appui complice et protecteur du peintre dans un au-delà de l'espérance.

Pas croisésGaëtan-Morlotti. Photographie © Marie Laure Briane.

Certainement l'une des scènes, avec celle de l'introduction et de l'effondrement, parmi les plus fortes de cette performance originale, néanmoins marquée par des attentes déçues de créativité : « Comment parler de la connexion du gars (sic) avec quelque chose de plus grand et de plus vaste », de  « son aura, de cette vibration du gars (resic) qui est toujours là », s'interrogeaient après le spectacle Gaëtan Morlotti et Eric Chapelle dans un bref exercice d'explications, pas toujours à la hauteur des circonstances

pas croisésGaëtan Morlotti et Éric Chapelle. Photographie © C. Weil.

Le scénario a peut-être manqué d'un authentique dialogue, plus inventif, plus inattendu entre les deux protagonistes où la musique se devait d'interroger, voire de surprendre le chorégraphe. Ou l'inverse. Le contrebassiste aurait pu en outre puiser, au-delà des onomatopées musicales conventionnelles — les pizzicati et les glissandi évoqués précédemment — dans des œuvres, classiques ou contemporaines, susceptibles de mieux répondre à cette exigence de spiritualité. Éric Chapelle accompagne plus qu'il n'échange avec le danseur et ce, malgré les apparences d'une improvisation duelle et équitable. Les évolutions scéniques de Gaëtan Morlotti alternent, quant à elles, graphisme évanescent et gymnique sportive, certes empreints d'absolu mais qui pèchent également par excès d'orthodoxie. Ce happening conserve néanmoins son intérêt en raison de son inscription universelle dans la magie des lieux : l'art, quelle qu'en soit la forme, demeure toujours la joie de l'homme libre.

pas cropisesPas croisés. Musée Chagall. Photographie © C. Weill.

Nice, le 7 décembre 2013
Jean-Luc Vannier

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ISSN 2269-9910

© musicologie.org 2013

Mardi 10 Décembre, 2013 1:58

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