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 Les amours de la revue
l'Éducation musicale
(n° 571, mai 2011)

 (et la réponse de son directeur, Francis Cousté)

La dernière livraison de la revue « L'Éducation musicale » fait la promotion simultanée de deux ouvrages. L'un qui n'a rien à voir avec la musique, et l'autre assez peu, ce qui donne à l'exercice un côté assez volontaire.

Le premier est un livre de David Alliot, dans la série « les idées reçues » des éditions Le Cavalier bleu. Le critique rappelle l'annulation de la commémoration nationale du cinquantenaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline, suite à une forte mobilisation : « ... une polémique qui entraîna le pilonnage de la 1re édition de Commémorations nationales (plaquette annuelle qui consacrait une notice à l'auteur du Voyage au bout de la nuit) ». On remarque, n'est-ce pas, la manière feutrée et allusive pour dire la violence négative dont la mémoire de l'écrivain serait victime avec les sous du contribuable (l'air ne vous dit rien ?), on parle du « méprisable antisémite » qu'il fut, pour classer les choses dans l'ordre moral, et évacuer par cette pichenette sa criminalité politique dans la collaboration avec l'occupant nazi. Bref pour dire que ce vilain était un écrivain génial. Ce dont personne ne doute et n'est pas la question. Sauf que le génie littéraire ne suffit pas pour mériter de la république. Une commémoration nationale, c'est autre chose qu'un prix littéraire.

Curieusement, le second est un roman de Lucien Rebatet. Ce personnage, comme le précédent, condamné à mort à la libération a été gracié. Lui, c'était un furieux, une des plumes les plus fécondes au service de la barbarie nazie, notamment dans le journal « je suis partout », un malade d'antisémitisme, d'anticommunisme, d'antisoviétisme, tout le crédo nazi, encore plus à droite que la « droite traditionnelle » de Vichy. Son roman, selon le critique  « en partie autobiographique, n'eut guère d'écho », serait « irremplaçable sur la vie musicale française du début du xxe siècle ». Tu parles Charles ! Et dans la foulée on rappelle son  « Histoire de la musique... ouvrage très remarquable »... « Mis à part quelques pages ». En réalité, ce livre est un point de vue aveuglé des préjugés de l'auteur qui n'a certainement pas entendu toutes les musiques qu'il juge avec le même aplomb et mauvaise foi dignes du bon temps de « Je suis partout ». Ses notices sur Mendelssohn, Meyerbeer, les compositeurs russes, notamment Chostakovitch, sont des chefs-d'œuvre de bêtise. Le critique de « l'Éducation musicale » se réjouit de la réédition dans la collection « Bouquins » de cet ouvrage. En réalité, c'est navrant. Le critique commet une faute révélatrice quand il écrit « collaborateur » entre guillemets. Non Rebatet fut un bon soldat combatif au service du nazisme, sans l'ombre d'un guillemet.

Le critique écrit également : « Sait-on assez que Céline était passionné de musique et surtout de chorégraphie (son épouse Lucette était danseuse) ». N'est-ce pas attendrissant ? Sait-on combien de danseuses ont été assassinées dans les camps de concentration sous les aboiements géniaux du grand Céline ou de l'irremplaçable Rabatet ? Céline eut même une talentueuse pianiste comme amante, Lucienne. Et tout ce monde-là  s'est retrouvé, Rebatet compris au château de Sigmaringen, avec le digne gouvernement fasciste français en exil. C'est dire qu'on était tout de même dans un cercle assez rapproché, plus près du centre que du périmètre.

Pour la musique du début du xxe siècle, si vous voulez lire ce genre de littérature historico-témoignant à la première personne, un peu vieillie et « délicieuse », lisez plutôt L'Histoire de la musique après Debussy de Paul Landormy. Lui  a connu et fréquenté nombre de musiciens dont il parle, il est aussi d'un jugement plus relevé. L'ouvrage n'est pas incontournable, mais il en émane une atmosphère certaine.

Quant à une histoire de la musique, chose qui ne se fait plus trop ni ne se conçoit (parlons plutôt d'un catalogue chronologique de compositeurs et d'œuvres choisies), l'Histoire de la musique sous la direction de Brigitte et Jean Massin, parue aux Éditions Sociales et rééditée également dans la collection « bouquins » est un tout autre monde, très recommandable celui-là.

Jean-Marc Warsxzawski
mai 2011

 

La réaction de la revue « L'Éducation musicale »,
dans son numéro 572, publiposté fin mai 2011
(image comprise) [ voir ]:

Se parant des plumes de la musicologie, tel personnage s'autoriserait, nous dit-on, à mettre en doute notre exécration du nazisme et de ses suppôts - d'hier ou d'aujourd'hui.  Au prétexte que nous aurions recensé tel ou tel ouvrage concernant Céline ou Rebatet (voir notre Lettre n° 49)…  Refusant, à dessein, de faire le départ entre errements politiques & qualités musicales ou littéraires…  Quelle tristesse !

Francis Cousté


Références / musicologie.org 2011