Généralités
D’entrée une analogie, pour emprunter aux neurologues l’idée de
« connecteurs », processus qui commandent la mise en fonction de
nos capacités neuronales. Certaines de ces connexions s’établissent à des
moments précis de notre développement. Si une malformation, la maladie ou
un mauvais traitement ne permet pas la connexion au moment voulu, la perte
de la fonction est irréversible. Même si les organes malades ont été —
mais trop tard, réparés, et s’ils sont alors potentiellement en état de
fonctionner.
Mais il faut limiter la généralisation de cette analogie, dont on
voit toutes les bonnes choses dont elle pourrait nourrir notre imagination
musicale. Comme le remarquait Aristote, l’analogie est une technique qui
permet de parler de choses que l’on ne connaît pas. Qui ne permet donc pas
nécessairement de connaître.
On arrêtera donc cette idée de « connecteurs » à deux dimensions. La
première est celle de la personne singulière qui accède à l’histoire de
son temps, autrement dit qui se socialise ou se normalise. La seconde est
celle d’une certaine continuité de l’histoire, et de ce qui connecte
l’actualité d’un événement au passé et au futur, ou, quels sont ses
caractères de protention, tournés vers l’avenir, ou de rétention
tournés vers le passé, réels et fantasmagoriques.
Pour ce qui concerne les connecteurs historiques, nous nous confrontons
à cette vision de l’histoire de la musique qui semble enchaîner par
dynamisme interne les événements entre eux dans le temps. Par exemple :
plain-chant, musique mesurée, polyphonie, et d’un coup musique tonale et
mélodie accompagnée. Bien entendu ça ne va pas. Il n’y a pas de chantre
qui un jour, pour tromper l’ennui de plusieurs siècles a fait chanter la
teneur. Ce ne n’est pas une continuité qu’il faut établir, une propriété
légale de la teneur fixe qui la ferait devenir mobile, mais une rupture
qu’il faut expliquer. Il y a là un connecteur où le goût, l’envie
esthétique, symbolique des personnes du temps, ont agi. Si logique il y
avait, elle était de ne rien changer. Il n’est pas dans la logique de la
teneur de devenir une voix chantante, comme il n’est pas dans la logique
du plain-chant de devenir mesuré, etc.
Autre analogie d’après Claude Lévi-Strauss, qui compare la culture, à
une cellule biologique. L’idée est attrayante car comme un corps vivant,
la société, dit-il, est organisée pour se reproduire, s’alimenter, se
protéger. Il peut être intéressant d’avoir cette idée en partie à l’esprit
quand on parle d’histoire de la musique ou des institutions musicales.
Sauf qu’il y a une erreur de perspective, car l’analogie est en vrai
établie dans l’autre sens : c’est aux fonctions de la cellule biologique
qu’on a appliqué un vocabulaire sociétal.
Par ailleurs, il faut préciser ce qu’est la reproduction, s’il s’agit
de duplication où de continuité. En fait, les structures politiques,
institutionnelles, traditionnelles, forment les individus qui se
succèdent, à les continuer. C’est dans ce sens qu’on peut interpréter
l’idée de reproduction. La cellule biologique se reproduit à l’identique,
mais la reproduction dans la société des humains est celle de l’autre,
pour paraphraser Michel Onfray.
C’est dans cette nébuleuse, qu’il convient de réfléchir à ce qui
connecte un individu particulier au spécifique de l’histoire de son temps.
Comme le dit la biographie typique des dictionnaires de musique, il
a montré très jeune des dons pour la musique… Malheureusement, on ne
détaille pas ce que sont ces dons précoces, mais ils sont, on s’en doute,
l’idée que les institutions et la tradition donnent de la normalité
musicale. Le non-don est indémontrable, puisque les institutions ne
permettent pas de se connecter avec des écarts à la norme. Elles acceptent
les écarts de celles et ceux qui ont prouvé d’abord leurs capacités,
c'est-à-dire, pour reprendre une idée de Bourdieu, leur docilité à
l’instruction.
Ceci n’ouvre pas un débat de génétique musicale, mais indique que les
choix opérés par les parents et la société, pour les enfants dociles ou
résistants, ne sont pas étayés par une connaissance assurée de la nature
des choses (cela vaut aussi pour le jugement musical). Ces choix sont des
conséquences, en grande part idéologiques — peut-être aussi des préjugés —
de prescriptions politiques, institutionnelles, traditionnelles, prises
dans les tentions de deux nécessités contradictoires qui sont de former
des membres à la fois identiques et autres. Identiques au miroir du passé,
autres assurant l’avenir.
Le compositeur et pianiste américain George Antheil, se surnommait
lui-même « The Bad Boy », « Le Mauvais garçon ». Il écrivait dans son
autobiographie publiée en 1945 à New York :
Je suis né à Trenton, New Jersey, en face d'une boutique
bruyante qui vendait des machines ; ce qui, probablement, apportera (mais
sans aucune caution scientifique) de l'eau au moulin de ceux qui
soutiennent qu'il existe quelque chose comme l'imprégnation prénatale.
Coqueluche des milieux de la création d’avant-garde à Paris au début
des années 1920, il s’était armé, au cours d’une tournée en Allemagne où
il provoquait des émeutes et avait été menacé. Avant ses concerts il
posait ostensiblement son revolver sur le piano.
Cela dit combien les écarts à la norme d’un simple comportement
artistique ou esthétique peut sembler être déstabilisant, et provoquer
d’étonnantes violences.
Il reste que cette idée d’imprégnation, non pas prénatale, mais
de l’enfance, me semble très projective et ne doit pas s’arrêter à la
simple dimension sonore.
Charles Ives
Le père de Charles Ives s’engage dans l’Armée de l’Union comme chef de
fanfare en 1863. Charles Ives naît le 1er janvier 1874. La famille est
installée à Danbury, dans le Connecticut, non loin de Boston. Il
prend des cours de piano dès l’âge de 13 ans. En 1887, il compose sa
première œuvre, un pas redoublé pour violons, cornets, picolos et piano
que son père dirige au Taylor's Opera House à Danbury l’année
suivante.
Il est en 1889 organiste de la seconde église de la congrégation de
Danbury, et commence après plusieurs mois de fonction à prendre des cours
d’orgue. Il est organiste de l’église Baptise, puis entre à
l’Académie de Danbury en septembre 1891.
Il suit des études supérieures et entre à la Yale University. Il y suit
pendant 4 années, des études musicales qui ne lui conviennent pas du tout,
avec Horatio Parker.
En 1899 il est embauché comme employé dans une entreprise d'assurances
à New York. Il y fait la rencontre de Julian Myrick. Ils fondent leur
propre entreprise d’assurances en 1907, qui sera une affaire fructueuse.
Le 8 juin 1908 il épouse Harmony Twichell.
Ives continue à composer des musiques qui surprennent et qui ne sont
pas jouées. Il cesse de composer vers les années 1920 après des ennuis de
santé. Il s’occupe alors de faire imprimer ses œuvres à son propre compte
et offre ses partitions à qui les désire. Il fait plusieurs séjours de
trois mois en Europe, en 1924, 1934 et 1938.
Un groupe de musiciens et d’intellectuels se groupe autour de lui :
Henry Bellamann1 , Henry Cowell2 , Nicolas Slonimski3 et surtout le
pianiste John Kirkpatrick4 qui feront beaucoup pour la diffusion de
son œuvre.
Il reçoit le Prix Pulitzer en 1947, et le magazine « Life » le
considère comme le plus grand compositeur américain. Titre qui lui sera
disputé par George Gershwin, et surtout par Aaron Copland.
Il a écrit que les expériences excentriques de son père ont été pour
lui formatrices. L’anecdote la plus connue est l’organisation d’une parade
avec la fanfare de Danbury et celle d’une localité voisine. Il s’agissait
pour ces deux fanfares de partir des deux bouts opposés de la ville en
jouant des pièces différentes en clés et mesures et de se rejoindre au
stade à l’occasion d’un match de Baseball5. A prendre avec prudence,
et noter que la simultanéité des événements sonores est tout de même une
expérience courante de la vie.
Être américain
Comme personnage, Ives correspond à l’image qu’on pourrait se faire de
l’Américain issu de l’immigration puritaine et quelque peu excentrique.
Mari et père modèle, travailleur, entreprenant, réussissant en affaires,
démocrate et philanthrope. Il semble être le type de l’Américain que
Franklin décrit en 1784 dans ses « conseils à qui veut immigrer en
Amérique » :
[…] Ce qui domine, c’est plutôt une heureuse médiocrité. En résumé,
l’Amérique est la terre du travail et pas du tout ce que les anglais
appellent « Lubberland » et les français « Pays de Cocagne6.
Il ne faut pas exagérer le poids du puritanisme, qui selon le mot
célèbre est « la hantise de voir quelqu’un heureux quelque part. »
Bien sûr, pour un prédicateur influent de Boston comme Mather
Increase (1639 – 1723), la musique et la danse sont des apostasies.
Mais déjà avant sa mort des écoles de danse sont créées à Boston,
des concerts sont organisés. Une salle de concerts est ouverte en 1754, et
le théâtre en 1790. De même à New York, notamment avec l’activité Charles
Théodore Pachelbel (1690-1750), le fils de Johann Pachelbel arrivé aux
Etats-Unis en 1730, et plus tard celle de William Tuckey en
1752.
La vague d’immigration vers les grandes villes du Nord-Est à partir de
1840 importe avec elle l’influence européenne, et pour ce qui concerne la
musique, l’influence du romantisme allemand. Horatio Parker, le professeur
de composition de Ives à Yale a lui-même étudié à Munich auprès de Josef
Rheinberger7. Les villes se développent et les classes sociales qui
s’enrichissent ne se contentent pas de « l’heureuse médiocrité » décrite
par Franklin.
Ce n’est pas en fonction de ses convictions religieuses, ni pour son
penchant puritain ou quaker que Ives fait figure de père fondateur de la
musique — savante, américaine, mais parce que sa musique évoque des
identités bien plus profondes aux sentiments nationaux américains.
Au XVIIIème siècle, les exigences fiscales et commerciales de la
couronne d’Angleterre ont provoqué la révolte des colons qui obtiennent en
1776 l’autonomie, en 1783 l’indépendance, et qui se dotent de la fameuse
constitution des pères fondateurs en 1787.
Cela s’est fait dans une intense construction idéologique visant à
justifier la rupture avec l’Angleterre, avec le passé européen, avec la
décadence, et l’émergence d’un pays nouveau, sans passé, lieu de
recommencement absolu.
Dans ses Lettres d’un fermier américain, parues en 1782 à Londres,
Michel Guillaume Jean de Crèvecœur qui s’est rebaptisé Hector Saint John
de Crèvecœur écrit :
En Italie, tous les objets de méditation, toutes les rêveries, du
voyageur se rapportent à d’anciennes générations, à des âges lointains ;
ils sont obscurcis par les brumes du temps. […] Ici, tout inspire au
voyageur les idées les plus philanthropiques. Son imagination, délivrée du
fardeau de se rappeler sans cesse tant de crimes et de malheurs, tant de
révolutions affligeantes, aurait au contraire la sagesse de faire un bond
en avant pour voir par anticipation les champs qui seront cultivés et mis
en valeur et la multiplication des générations qui empliront et
embelliront ce continent sans limites8
On met en en avant de lointaines origines germaniques et le droit
d’occuper des terres comme on l’a fait pour l’Angleterre qui n’a en fait
pas de racines propres. On cultive l’image pastorale du Paradis perdu
retrouvé. Richard Price, un pasteur unitarien écrit en 1785 :
L’état où l’homme se trouve le plus heureux est l’état intermédiaire
entre le primitif et le raffiné, ou entre la sauvagerie et le luxe. Tel
est l’état de la société du Connecticut et de quelques autres provinces
[…]9
Non seulement l’Amérique est la virginité retrouvée, elle est aussi une
nation providentielle. Tels les Juifs qui ont traversé la Mer rouge, les
Américains on traversé l’Atlantique pour construire une nouvelle
Jérusalem. C’est ce que défend par exemple un personnage comme Enus
Hitchkock en 1770. Ainsi s’exprime George Washington :
Aucun peuple, plus que celui des États-Unis, n’est tenu de remercier et
d’adorer la main invisible qui conduit les affaires des hommes. Chaque pas
qui les a fait avancer dans la voie de l’indépendance nationale semble
porter la marque de l’intervention providentielle10
Dans un de ses textes, « What is an American » Crevecœur écrit :
L’Américain est un homme nouveau, qui agit suivant de nouveaux
principes ; il doit donc entretenir des pensées nouvelles et se former de
nouvelles opinions […] Quel changement, vraiment ! Et c’est en conséquence
de ce changement qu’il devient un Américain.11
C’est bien ce que Thomas Paine (1737-1809), l’un des Pères fondateurs,
écrit dans son «Common sens » : « […] il est en notre pouvoir de
recommencer le monde »12
Il se dégage de tout cela une idéologie de rupture avec l’Angleterre,
qui ne doit pas être évidente pour des colons d’origine anglaise, mais
aussi de rupture avec toute l’Europe, l’Angleterre étant un satellite de
l’Europe. En même temps et structurellement, surgit la nécessité d’une
reconstruction identitaire, dont l’urgence s’aiguise à partir des grandes
vagues d’immigration vers les grandes villes du Nord-Est dès 1840, et la
fragilisation du mythe pastoral du fermier travailleur, par
l’industrialisation mécanique et l’urbanisation galopantes.
Le transcendantalisme
Dans ces années et cette région, précisément, quelques intellectuels se
regroupent derrière la dénomination de « transcendantalistes ». Ils sont
tous de Concord, non loin de Boston. Le père de Ives, et Ives lui-même se
reconnaissent dans ce mouvement. La seconde sonate pour piano de Charles
Ives, intitulée
Concord Sonata, est un hommage aux Transcendantalistes, et se veut
être une suite de portraits des plus imminents de ses acteurs.
Ils sont issus du milieu unitarien, schisme libéral du puritanisme qui
refuse la lecture littérale et bornée des écritures. Pour eux le rapport à
Dieu n’est pas un rapport de soumission ; le mal est un accident, le
rapport à Dieu est celui du rapport harmonieux avec l’univers. Pour eux,
la réalité sensible peut-être connue directement, et les grands problèmes
métaphysiques, comme Dieu, le mort, la liberté, l’immortalité peuvent être
abordés par la raison.
Le transcendantalisme est en quelque sorte une version littéraire et
romantique de l’unitarianisme. Il n’est pas en soi une philosophie,
ni une pensée organisée et manifeste, mais une réunion de personnalités,
un réseau d’affinités, dont les membres se réunissent chez l’un ou l’autre
à Concord. Il s’appuie ou fait référence à Kant qu’il connaît à travers
les traductions du poète anglais Samuel Taylor Coleridge (1772–1834).
Le maître à penser en est Ralph Waldo Emerson, (1803-1882), un
écrivain et essayiste. Il pense que chaque être est une réplique de
l’histoire, et veut définir une pensée qui serait purement américaine.
Pour lui, tout est question d’expression, tout est langage, l’action
elle-même est une forme de langage : « les mots sont aussi des actes et
les actes sont des mots »13. Il était le penseur de prédilection de
Charles Ives.
Son disciple direct est Henry David Thorau (1817-1862), qui développe
l’idée de désobéissance civile. Theodore Parker (1810-1850) fait scandale
en attaquant les croyances historiques qu’on peut placer dans la Bible.
Oreste Augustus Bronson (1803-1876) est le mouton noir de l’équipe. Il
défend les classes laborieuses, et appel l’État à intervenir contre le
développement anarchique du libéralisme. Amos Bronson (1799-1888),
s’intéresse à une pédagogie qui dépasserait la religion. Il aborde tous
les mystères de la vie, y compris la sexualité, scandale qui l’oblige à
fermer son école. Margaret Fuller (1810-1850), écrivain influencé par la
pensée allemande dirige entre 1840-1844 le journal « The Dial », organe
des Transcendentalistes. Frederick Hedge (1805-1890), introduit la
philosophie allemande aux États-Unis.
En fait ils donnent une inflexion individualiste à l’héritage
idéologique des Fondateurs, où plutôt ils l’adaptent à la situation
urbaine et industrielle, qu’ils reconnaissent mais dont ils repoussent les
aspects à leurs yeux les plus inacceptables, dont la perte de l’esprit
pastoral. L’urbanisation étant aussi la source de la débauche, de la
misère et de la criminalité
Á l'occasion de la parution des mémoires de Margaret Fuller, William
Ellery Channing, résume le transcendantalisme :
Le Transcendantalisme était une affirmation de l'inaliénable intégrité
de l'homme, de l'immanence de la Divinité dans l'instinct. C'était en
partie une réaction contre l'Orthodoxie puritaine ; en partie le résultat
d'un regain d'intérêt pour les anciens, ou les panthéistes de l'Orient,
pour Platon et les auteurs Grecs, pour les oeuvres morales de Plutarque,
pour Sénèque et Epictète ; en partie le produit naturel de la culture de
la Nouvelle Angleterre. Sur la souche quelque peu chétive de
l'Unitarianisme (qui prêchait la foi en la raison de l'individu comme
corrélative de la Sagesse Suprême) était venue se greffer sur l'idéalisme
allemand enseigné par des maîtres appartenant à des écoles les plus
diverses : Kant et Jacobi, Fichte et Novalis, Schelling et Hegel,
Schleiermacher et de Wette, Madame de Stael, Cousin, Coleridge, et
Carlyle. Et il en résulta une vision vague mais exaltante de la nature
divine de l'esprit humain
Essais avant une sonate
Charles Ives a lui-même rédigé un long texte en préface à sa Concord
Sonata, pour éclairer, un à un les différents portraits musicaux des
transcendantalistes : Les Essais avant une sonate. C’est un texte souvent
obscur, tortueux, difficile à interpréter, d’autant que Ives semble aimer
l’affirmation des choses et de leur contraire en même temps. Et je pense
que c’est cela l’essentiel. Il semble qu’il soit à la recherche d’une
expression qui puisse dans chacun de ses moments exprimer la totalité,
d’une expression totale, ontologique, indépendante de la succession des
termes de l’énonciation. En quelque sorte la recherche d’atteindre
l’essence de l’objet du discours au-delà de la forme du discours. C’est
l’éloge qu’il fait des écrits d’Emerson :
Emerson écrivait par phrases ou par périodes plutôt que selon une
séquence logique. Son plan de travail sous-jacent semble basé sur une
grande unité d'une série d'aspects particuliers à un sujet plutôt que sur
la continuité de son expression […] Parmi les excuses de salle de classe
pour la cohérence imparfaite d'Emerson et son manque d'unité, il y en a
une qui rappelle que ses essais sont nés à partir de notes de lectures.
Souvent, avant une conférence, il avait l'habitude de recueillir sur des
bouts de papier éparpillés ses idées sur un sujet général comme elles lui
venaient à l'esprit, et, une fois sur l'estrade, de faire confiance à
l'humeur du moment pour les assembler14.
[…] Emerson n'est ni un classique ni un romantique mais les deux - et
cela non seulement à des endroits différents dans un même essai, mais
simultanément dans une phrase15
Ainsi l’idée de Cowell qui écrit « Dans un temps où les
dissonances extrêmes étaient inconnues, Ives les emploie constamment. Il
n'a pas le sens de leur aspect désagréable »16 pourrait être quelque
peu modifiée. L’accumulation des dissonances chez Ives pourrait être un
des éléments de cette recherche de la totalité des capacités expressives
du son, dans une parfaite égalité hiérarchique à la consonance tonale.
Ives se disait plus intéressé à la substance qu’à la manière. La
substance étant immuable et la manière périssable.
La première sonate (édition Peer International, 1954)
: quatrième mouvement.
La première sonate pour piano a été assemblée en 1915-1916, avec des
parties composées entre 1901 et 1909. Elle a été revue en 1921. Elle a été
crée à New York le 17 février 1949 par William Masselos au Kauffman Hall à
New York. Sur le manuscrit du 1er mouvement de la sonate Charles Ives a
écrit :
Il s’agit de la vie à l’extérieur, des fermiers du Connecticut des
années 80 / 90. Le père de Fred était très excité quand son fils
frappait un « home run » (frappe magistrale) et que l’école gagnait
le match de baseball. Mais tante Sarah grognait « où est mon fils voyageur
? » après que Fred et John aient quitté la maison pour un travail à
Bridgeport. Il y avait habituellement de la tristesse – mais pas à la «
Barn Dances » (danses de grange), avec leurs gigues, sauts de pieds, et «
reels », principalement dans les soirées d’hiver. L’été, les hymnes
étaient chantés à l’extérieur. Les gens chantaient (comme Ole Black
Joe) – et le Bethel Band (pas redoublés, marches de défilé) — Et les gens
aimaient dire les choses comme ils aimaient les dire, et faire les choses
comme il le voulaient, selon leur propre manière — Et beaucoup de fois ils
étaient sentimentaux et de ferveur spirituelle.17
Il donne aussi des précisions
La famille ensemble dans le premier et le dernier mouvement, le garçon,
au loin sème l’avoine dans les ragtimes, et l’anxiété des parents dans le
mouvement central.
La sonate est indiquée en 5 mouvements :
I Adagio con moto [ Allegro con moto ; Allegro risoluto ; Adagio
cantabile ]. ( s’étendre, mélodie fragmentaire, brève section de
marche, cadence de manière furieuse, suivie d’une sorte d’hymne,
conclusion comprenant aussi la « frappe magistrale de Fred » )
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