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Ce livre est plus une « revue de presse » qu'un « dossier de
presse ». En effet, il réunit la retranscription des articles parus dans la
presse en 1880, à l'occasion de la création de « Jean de Nivelle », un
Opéra-Comique de Léo Delibes, sur un livret d'Edmond Goudinet et Philippe
Gille.
L'œuvre a été créée le 8 mars 1880 à l'Opéra-Comique de Paris.
Il sera retiré de la programmation après la centième représentation le 6 janvier
1881. Il sera repris, en 181-1882, dans plusieurs maisons d'opéra, à la Monnaie
de Bruxelles, Saint-Pétersbourg, Copenhague, Budapest, Vienne, Stockholm.
Jean de Nivelle (1422-1477), ou Jean de Montmorency,
personnage historique, est passé à la postérité, comme étant un « chien de
traître », ayant refusé l'ordre de son père, d'aller combattre aux côtés de son
roi, Loui XI, préférant dans doute le parti de Charles le Téméraire. Cette
anecdote a inspiré la chanson populaire, dont le « Cadet-Roussel »... et
l'opéra, avec Léo Delibes et ses librettistes, qui en font un affreux mélo,
auquel, foi de la critique en 1880, il est difficile d'y comprendre quelque
chose.
Dans le livret, Jean « ce chien qui s'enfuit quand on l'appelle
», selon la formule populaire, prend en effet ses jambes à son cou, pour
échapper au mariage arrangé entre son père et le roi, lui attribuant une
demoiselle, bossue, pas du tout à son gout (la fille de Louis XI ?). En chemin
il rencontre une bergère et l'amour avec. Elle découvre l'identité de son
soupirant, et fuit à son tour, vers la cour de Bourgogne, plutôt que se cogner à
l'infranchissable barrière séparant les classes sociales. Il court après elle...
et se retrouve chez l'ennemi, combat avec, mais, au loin, la vue l'étendard du
roi de France lui fait remonter les globules de la nation dans le sang. Il
répond alors à l'appel de l'amour et de la vie bucolique, pauvre, mais saine, de
berger.
Cet ouvrage, plus bibliothéconomique que musicologique, après
une introduction relatant la genèse et la réception de l'opéra, nous propose de
lire 53 critiques issues de 36 journaux (sur 114 comptes-rendus de 53 journaux
recensés).
On ne nous dit pas en quoi cet opéra mérite un tel montage
documentaire, ni quelles sont les spécificités qui pousseraient à une étude
approfondie, comme semble pétitionner la phrase d'entrée de l'ouvrage, entre
Coppélia (1870), Sylvia (1876), et Lakmé (1883), mais aussi
les belles bouffonneries des débuts, que le compositeur aurait aimé qu'on
oublie.
D'un autre côté, l'envie et la curiosité, en recherche, n'ont
pas à se justifier. Il est vrai, qu'il est difficile de résister au désir de
partager la lecture des critiques musicales de ce temps : esprit, parfois très
lourd, méchanceté, soin du style, parfois jusqu'à être ampoulé, amphase,
arrogance. C'est un art qui va bien au-delà du compte-rendu, qui paraît
aujourd'hui assez étonnant, assez amusant. C'est que la presse était un
empire.
Jean-Marc Warszawski 23 juin 2008
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