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A propos des dix ans
du petit Label,
quelques mots sur
la scène jazz de Caen.

 

Par Alain Lambert

Petit Label

 

La presse est revenue souvent ces derniers mois sur la réussite de la scène pop-rock de la capitale bas-normande. Musicologie.org a relayé le récent article de Culturebox sur ce sujet. Télérama titrait fin octobre sur les Lanskies, et les Concrete Knives, avec un album très attendu, passent dans Taratata, Clockwork of the moon, Bow Low, Goldwave, Gomina et Superpoze sont à l'affiche des Transmusicales de Rennes... Une réussite liée au dynamisme du « Cargö », scène de musiques actuelles, et de ses studios de répétition et d'enregistrement.

Mais il existe à Caen une scène jazz qui, plus intimiste sans doute, est tout aussi riche dans sa diversité et ses pratiques parfois alternatives.En témoigne le « Petit Label » avec ses petits tirages (100 exemplaires), ses pochettes sérigraphiées dans les locaux associatifs de l'Encrage, sa constellation de musiciens adoptifs, là où les autres labels ne veulent pas prendre de risques. Mais reprenons un peu l'histoire du jazz à Caen sur plus d'un demi-siècle, une fois la ville enfin reconstruite.

Au milieu des années soixante, le public caennais a pu découvrir les grands jazzmen (Le MJQ, René Thomas, Monk...) sur la scène du festival organisé par la Maison de la Culture, avant sa fermeture imposée en janvier 1969, et malgré des affrontements violents dans les rues pour la contester, à la fin de cette longue année 68 commencée à Caen dès janvier, avec les grèves des métallurgistes de la SMN et des ouvriers de Renault Véhicule Industriel.

Dès la fin des années 70, le Caen Jazz Action (CJA) s'est créé un public régional avec ses multiples concerts, en investissant le nouveau Théâtre, et il a formé de nombreux musiciens dans ses ateliers, qui perdurent à la Maison de la musique d'Hérouville, même si le Conservatoire de région a ouvert depuis ses classes de jazz. Ils en sont presque la classe préparatoire.

Emmanuel Bex, Dominique Voquer, Michel Dubourg d'Impulsion Quartet, puis Martial Pardo Jean Benoit Culot, Renald Fleury du trio Ifriqiya sont les musiciens marquants de cette première période qui se mêleront aux animateurs du CJA.

Ainsi, depuis le début des années 80, Dominique Voquer et Michel Dubourg ont réussi, à force d'obstination, à programmer des concerts mensuels gratuits dans les foyers du Théâtre de Caen, qui permettent d'entendre les meilleurs musiciens du moment, régionaux ou internationaux, comme dans le cadre du festival des cultures du nord, les Boréales (voir l'article sur Verona). Michel Dubourg, qui assure aussi une émission hebdomadaire, Atout Jazz, sur France Bleu Basse Normandie, s'occupe en même temps de la programmation jazz du Théâtre et de la traditionnelle « Nuit du Jazz » en avril depuis plus de deux décennies.

D'autres lieux, au fil des années, se sont ouverts à cette musique, depuis le Rétro bar jusqu'au Conservatoire qui a aujourd'hui sa propre programmation, et accueille les Jazz du dimanche du Collectif jazz. Des bars proposent régulièrement des concerts : le Camino, le Bistrot du palais, le Café Mancel, le Newport, l'Oxygène B... sans oublier le Camion Jazz, cabaret sur roues venu de Rennes, et installé à Louvigny, dans la banlieue caennaise, depuis 2002, avec son équipe de musiciens.

Le batteur Jean Benoit Culot a fédéré depuis plus de vingt ans un grand nombre de groupes et créé un label indépendant « Arvi » qui édite les disques de ses différentes formations. Dans les plus anciens, on peut entendre le pianiste Emmanuel Duprey, particulièrement dans Le petit Marcelot, qui fait aujourd'hui carrière à Paris, à côté par exemple de Patrick Artéro ou Emmanuel Temine. Parmi les plus récents, ceux du quintet Love song.

Le bassiste Nicolas Talbot, de la génération suivante, est lui à l'origine du « Petit Label ». Dès son arrivée à Caen, il a créé un festival Jazz à la fac avant de faire un mémoire de sciences économiques consacré au label de Jean Jacques Pussiau, « Owl records », alors basé sur la ville. D'où son implication inévitable dans la création d'un label indépendant de jazz et de musiques très actuelles, qui propose aussi des ateliers de pratique artistique aboutissant à la réalisation d'un disque, que ce soit avec des enfants, ou des prisonniers amateurs de blues (voir le CD No man's land). La collection principale consacrée au jazz contemporain, à côté d'autres tournées vers le free, la recherche sonore ou textuelle, aura dix ans en 2013 !

Et malgré de belles réussites reconnues partout — Jazzmag et Culture jazz ont chroniqué les disques de Renza Bô, Verona, Gaël Horellou, François Verly et tant d'autres, à retrouver et écouter dans le catalogue — son existence n'est pas encore durablement assurée. Une fête est pourtant prévue en fin d'année prochaine, résolument tournée vers l'avenir.

Ces deux animateurs-musiciens ne produisent pas que des disques, ils se retrouvent dans un vaste collectif, le Collectif Jazz de Basse-Normandie, où les nouveaux musiciens, nombreux, rencontrent les plus anciens. Ce collectif, hors Théâtre et Conservatoire, organise la vie musicale autour de Caen en proposant des concerts réguliers (Jazz Dudim...), des festivals (Varembert, Minifest, Interstice...) et surtout en mars un grand festival régional, Focus jazz, qui croise toutes les structures des trois départements en réussissant depuis six ans à dépasser les difficultés et les clivages.

Enfin, pour réparer les oublis de ce rapide état des lieux, le site Jazz à Caen et en Basse-Normandie donne toutes les informations possibles sur les lieux, les musiciens, les concerts, les disques, les cours... . A bon entendeur !

 

Alain Lambert
3 décembre 2012

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