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Emmanuel, Marie François Maurice. né à
Bar-sur-Aube le 2 mai
1862 ; mort à Paris le 14 décembre 1938.
Sa famille s'installe à Beaune en Côte-d'Or en
1869.
Il suit des cours de piano avec un professeur nommé
Ravazzi. Il passe son baccalauréat à Dijon et sur les conseils du
marquis Charles d'Ivry (qui est compositeur), il s'inscrit au
Conservatoire de musique de Paris en 1880. Il suit les cours de Savart en
solfège, de Théodore Dubois pour l'harmonie, de Bourgault-Ducoudray pour
l'histoire de la musique et la composition avec Léo Delibes. Il suit
également des études classiques de philologie et d'histoire de l'art à la
Sorbonne et à l'école du Louvre. Il obtient sa licence de lettres en
1887.
Sa manière de traiter les rythmes et d'introduire les
modes anciens lui vaut la censure de Léo Delibes, ce qui ne lui permet pas
de concourir pour le Prix de Rome. Il prend alors des cours avec Ernest
Guiraud et se lie avec Debussy.
En 1896, il obtient son doctorat avec une thèse sur les
danses dans la Grèce antique. En 1898, le Collège de France décide de
créer une chair d'histoire de la musique pour Maurice Emmanuel, mais
l'opposition de Berthelot ne permet pas de faire aboutir le projet.
Jusqu'en 1904, il enseigne l'histoire dans le secondaire. Rémunéré comme
maître de chapelle, ses recherches sur le plain chant conduisent à sa
démission en 1906. Il est nommé professeur d'histoire de la musique au
Conservatoire de Paris en 1909, en remplacement de Bourgault-Ducoudray. On
compte Migot, Casadesus et Messiaen parmi ses élèves. De 1877 à 1938 il a
composé 73 opus, mais n'en a conservé que 30.
Principaux éditeurs : Durand, Heugel, Lemoine, Salabert
; les manuscrits sont en possession de la famille Emmanuel.
- 1882-1911 (opus 14),
3 Pièces pour orgue et harmonium
- 1886 (op. 1),
Pierrot peintre pantomime en 2 tableaux livret de M. Emmanuel
& F. Régamey, pour alto ou mezzo, récitant et orchestre. Créé à la
Radio Française en septembre 1938
- 1887 (opus 2),
Sonate pour violoncelle et piano
- 1890 (opus 3),
Ouverture pour un conte gai d'après P. Bergon & E. Meurant,
pour orchestre
- 1893 (opus 4),
Sonatine n° 1 dite
Bourguignonne
- 1897 (opus 5),
Sonatine n° 2 dite
Pastorale
- 1902 (opus 7),
Zingaresca, fantaisie pour 2 piccolos, 2 pianos, timpanon et
cordes
- 1902 (opus 6),
Sonate en ré mineur pour violon et piano
- 1903 (opus 8),
Quatuor de cordes en si bémol majeur
- 1905 (opus 9),
O filii pour soliste et chœur
- 1907 (opus 10),
Suite sur des airs populaires grecs pour violon et piano
- 1907 (opus 11),
Sonate en trio pour flûte, clarinette et piano
- 1908 (opus 12, 1),
In memoriam (R. Vallery-Radot) pour voix soliste, violon,
violoncelle et piano
- 1908 (opus 12, 2),
Musiques, 12 chansons sur des textes de L. de Launay :
«Crépuscules et nocturnes») pour soliste avec accompagnement piano
- 1911 (opus 13),
3 odelettes anacréontiques sur des textes de R. Belleau et P. de
Ronsard pour voix soliste, flûte et piano
- 1913 (opus 15),
30 chansons bourguignonnes du pays de Beaune, d'après des chants
populaires recueillis par C. Bigarne, A. Bourgeois & C. Masson, pour
voix soliste et piano (arrangement du n° pour chœur et orchestre
1914-1915 ; du n° 10 pour voix soliste et orchestre 1932-1936
- 1916-1918 (opus 16),
Prométhée enchaîné, opéra en 3 actes, livret de M. Emmanuel,
d'après Eschyle, Créé au théâtre des Champs-Élysées à Paris le 23 novembre
1959
- 1916 (opus 16),
Prologue de Prométhée enchaîné pour orchestre
- 1919 (opus 18), Symphonie n° 1 en la majeur , A, op.18, 1919;
- 1920 (opus 19), Sonatine n° 3 pour piano, 1920;
- 1920 (opus 20),
Sonatine n° 4 sur des modes hindous, pour piano
- 1921-1923 (opus 21)
Salamine, opéra en 3 actes d'après Eschyle, orchestré en 1924,
révisé en 1927, créé à l'Opéra de Paris le 19 juin 1929
- 1923-1928 (opus 21)
Ouverture de Salamine
- 1925 (opus 23),
Sonatine n° 6 pour piano, 1925;
- 1925 (opus 22),
Sonatine n° 5 alla francese pour piano, 1925
- 1926 (opus 24),
Vocalise pour alto, baryton et clarinette
- 1930-1931 (opus 25),
Symphonie n° 2 dite
Bretonne en la majeur
- 1934-1935 (opus 26),
Suite française pour orchestre [5 des 6 mouvements de la Sonatine
n° 5]
- 1935 (opus 27),
2 chansons populaires, d'après des rondes populaires pour voix
soliste et piano (opus 27, 2 : pour voix soliste, viole de gambe ou
violoncelle, piano]
- 1936 (opus 29),
Sonate en si bémol majeur pour cornet ou bugle et piano
- 1936 (opus 28),
Amphitryon, texte de Plaute, traduit par A. Ernout, créé à Paris ,
Amphithéâtre de l’Institut d’art et d’archéologie, le 20 février 1937
- 1938 (opus 30),
Le poème du Rhône, poème symphonique d'après Frédéric Mistral
[orchestré par M. Béclard d’Harcourt]
- Essai sur l’orchestrique grecque (thèse). Université de Paris
1895 ; Paris 1895 ; traduction en anglais 1916)
- Histoire de la langue musicale. Paris 1911 ; 1928
- Traité de l’accompagnement modal des psaumes. Lyons 1913
- Préface à R. Bertrand, «Coins de Bourgogne», Beaune 1919
- Grèce, art gréco-romain. Dans A. Lavignac & L. de La
Laurencie (éditeurs), «Encyclopédie de la musique et dictionnaire du
Conservatoire» (I, 1) 1921, p. 377–537
- avec R. Moissenet,
La polyphonie sacrée. Oullins 1923
- Préface à P. Brunold, «Traité des signes et agréments employés
par les clavecinistes français des XVII et XVIII siècles», Lyon 1925
- Préface à A. Dandelot, «Résumé d’histoire de la musique», Paris
1925
- Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Paris 1926 ; 1950
- 1930,
César Franck. Paris 1930
- Préface à R. Bertrand, «La montagne de Beaune», Beaune
1932
- Anton Reicha. Paris 1936
Avec M. TENEO,
J.-P. Rameau, «Oeuvres complètes» (17) Paris 1913 ; (18) Paris
1924
- Un voyage dans les Alpes.
Bulletin des Amis de Maurice Emmanuel (4), automne 2008
[100 p.]
- DOUCHE SYLVIE (éditrice), Maurice Emmanuel : compositeur francais
(préface par Michel Guiomar). Université Paris IV-Sorbonne, Bärenreiter,
Praha 2007 [288 p.]
- Saint-Saëns. Bulletin des Amis de
Maurice Emmanuel (3), printemps 2007, Antony 2007 [90 p.]
- CORBIER CHRISTOPHE, Maurice Emmanuel.
« horizons », bleu nuit éditeur,
Paris 2007
- Maurice Emmanuel et la
Bourgogne.
Bulletin des Amis de Maurice Emmanuel (2), Printemps 2006.
- BÉCLARD D’HARCOURT M.,
L’oeuvre musical de Maurice Emmanuel. Dans «Revue musicale»
(152–155) 1935, p. 22–33
- BERNARD R.,
Maurice Emmanuel. dans «Information musicale» 16 janvier 1942
- BRILLANT M.,
Maurice Emmanuel. Dans «Le correspondant» 25 août 1929
- BRUYR J.,
Hommage à Maurice Emmanuel. Dans «Guide du concert» 28 novembre
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- Bulletin des amis de Maurice Emmanuel. n° 1, printemps 2005.
Association «Les amis de Maurice Emmanuel», Antony 2005 (articles de Anne
Eichner-Emmanuel, Thomas David Schlee, Jacques Viret, Christophe
Corbier)
- Saint-Saëns. Bulletin des Amis de
Maurice Emmanuel (3), printemps 2007, Antony 2007 [90 p. ; ISNN
1773-9519]
- CARLSON E. A.,
Maurice Emmanuel and the Six Sonatinas for Piano (thèse). Boston
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- CHANTAVOINE J.,
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La musique française de piano (2). Paris 1932 ; 1948
- DUFOURCQ NORBERT,
Petite histoire de la musique en Europe. Paris 1942 ; 1973 (11e
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- DUMESNIL R,
Maurice Emmanuel et la musique modale. Dans «Le monde» 17 février
1955
- — ,
La musique contemporaine en France. Paris 1929
- — ,
La musique en France entre les deux guerres 1919-1939. Geneva,
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- —,
Maurice Emmanuel, musicien français. Dans «Le flambeau» 16 novembre
1935
- DURBIN J.,
Hommage à Maurice Emmanuel. Dans «La Croix» 9 novembre 1963
- EMMANUEL F. (éditeur),
Maurice Emmanuel et les musiciens suisses. Dans «Revue musicale de
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- —,
Maurice Emmanuel et son temps (1862–1938) : lettres inédites. Dans
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- GAGNEBIN H.,
Un grand compositeur oublié : Maurice Emmanuel. Dans «Tribune de
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- HOÉRÉE A., A. SURCHAMP & M. EMMANUEL,
Maurice Emmanuel. Dans «Zodiaque» (139), 1984, p. 2-38
- LALOY LOUIS,
Un musicien de grande classe : Maurice Emmanuel. Dans «Page
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- LANDORMY P.,
La musique française après Debussy. Paris 1943
- LARROUMET G.,
Sur une conférence de Maurice Emmanuel, consacrée à la danse
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- LONCHAMPT J.,
Musique bourguignonne de Beaune à Auxerre. Dans «Journal musical
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- MICHEL A.,
Modernité de Maurice Emmanuel. Dans «Éducation musicale» (242),
1977, p. 71-73
- Numéro spécial de la «Revue de musicologie» (410-411) 1988 [reprise et
élargissement du numéro spécial de 1947
- Numéro spécial de la «Revue musicale» (206) 1947
- PROD’HOMME J. G.,
Maurice Emmanuel. Dans «Rivista musicale italiana» (43),
Milan 1939, p. 105-108
- SAMAZEUILH G.,
Musiciens de mon temps, Paris 1945
- SOUZA R. DE,
Maurice Emmanuel et le rythme poétique. Dans «Mercure de France»
(291) 1939, p. 693–700
- STEVENSON R.,
Maurice Emmanuel : a Belated Apologia. Dans «Music and Letters»
(40) 1959, p. 154–165
- STEWART H. F.,
Maurice Emmanuel. Dans «Music and Letters» (20) 1939, p.
278–280
- VALETTE M.-C.,
Contribution à l’étude de l’oeuvre musical de Maurice Emmanuel
(thèse). Université de Strasbourg 1972
- VUILLERMOZ ÉMILE,
Études sur Salamine. Dans «Candide» 27 juin 1929
|

ACCOR 149175
|
Maurice Emmanuel
Les six sonatines
Sonate pour clarinette, flûte et piano
Enregistré en 1986
01-04. Sonatine 1 (bourguignonne) —
05-07. Sonatine 2 (pastorale) — 08-10. Sonatine 3 — 11-13.
Sonatine 4 (sur des modes hindous) — 14-19. Sonatine 5 (alla francese) —
20-22. Sonatine 6 — 23-25. Trio (sonate pour clarinette, flûte et
piano)
|
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NAXOS Patrimoine 8 550889 DDDD
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Maurice Emmanuel
Symphonies 1 & 2
Le poème du Rhône
Orchestre philarmonique de Rhénanie-Palatinat
Leif Segerstam, dir
Gilles Nopre, dir.
Enregistré en 1990, 1991, 1992
Symphonie n° 1 en la majeur opus 18
:
01. Tranquillo molto - 02. Adagio molto - 03. Allegro con
fuoco.
Symphonie n° 2 en la majeur opus 25
(diteBretonne
) : 04. Allegro - 05. Scherzando - 06. Allegro Malinconico - 07.
Finale.
Le poème du Rhône opus 30
(orchestration Béclart d'Harcourt) : 08. Presque lent - 09.
Allant -10. Sans traîner
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PAUL LANDORMY,
La musique française après Debussy. NrF Gallimard, 1943 (6e
édition), p. 205-209
Une injustice à réparer.
Il s'agit de Maurice Emmanuel, musicographe et
compositeur éminent. Un maître, dans tous les sens du mot. Un maître
écrivain et un maître penseur, un maître critique et un maître érudit, qui
distribuait autour de lui l'enseignement le plus fécond, — et aussi un
«créateur» qui laisse des oeuvres remarquables, — mais on ne s'en aperçut
pas de son vivant.
Des dons qui s'allient rarement : une intelligence
lumineuse, un esprit d'analyse prodigieux, une extraordinaire puissance de
réflexion qui dissocie les éléments de la réalité ou des créations de
l'art, et en même temps ce mystérieux fonds de sensibilité et cet esprit
de synthèse qui produisent les chefs-d'oeuvre.
Il était né à Bar-sur-Aube le 2 mai 1862. Il tenait de
son grand-père le goût de l'archéologie. Mais, dans sa famille, personne
n'était musicien. En 1867, ses parents vinrent s'installer à Beaune, qui
devint sa patrie d'adoption. Son grand-père, professeur au collège, le
prépare au baccalauréat ès lettres et au baccalauréat ès sciences. Et
cependant, il venait lentement à la musique en écoutant les chansons des
vignerons, en chantant lui-même dans la maîtrise du collège, en tenant à
l'occasion l'orgue du choeur et en recevant les leçons de piano d'un
professeur italien qu'enthousiasmaient les aptitudes exceptionnelles de
son élève. Un jour que le jeune Maurice s'était distingué par une
exécution plus brillante encore que de coutume, son professeur, ravi, lui
fit cadeau d'une canne qui avait appartenu au célèbre Padre Martini, le
maître de Mozart et dont le jeune Mozart lui-même s'était amusé.
La vocation se précisait. Maurice Emmanuel voulait se
consacrer à la musique. La famille, un peu inquiète, demandait conseil à
un châtelain des environs, le marquis d'Ivry, lui-même compositeur, auteur
d'un opéra,
les Amants de Vérone, représenté en 1864. Le marquis fit passer une
sorte de petit examen au jeune musicien et eut bien vite fait de découvrir
en lui une rare nature d'artiste. Voici Maurice Emmanuel qui part pour
Paris. Il entre au Conservatoire, où il devient l'élève de Théodore
Dubois, Léo Delibes, Guiraud et Bourgault-Ducoudray.
Ici se place un événement singulièrement important dans
la vie de Maurice Emmanuel, à la fois pour ce qu'il révèle de ses
tendances d'esprit et de son caractère, et par les conséquences qu'il eut
dans le développement ultérieur de sa carrière. Mais laissons-le raconter
le fait et l'expliquer lui-même :
« La cause de ma brouille avec Delibes, — Delibes, dont
je fus l'élève pendant quatre années et à qui, malgré sa dureté pour moi,
j'étais profondément attaché, — est assez singulière pour que, tout en
m'en excusant, je la relate ici
1... Les chansons des vendanges, en Bourgogne, m'avaient en
effet enseigné que les aèdes populaires parlent une langue musicale plus
riche que celle des professionnels. Émerveillé, j'avais entendu et
transcrit leurs trois modes majeurs, leurs trois modes mineurs, tous
rejetés par les musiciens de métier à partir du XVIIe siècle, hormis
un seul,
le majeur moderne, devenu un tyran absolu. J'avais eu la naïveté
d'avouer à Delibes mon enthousiasme, de lui exposer un plan d'études que
je m'étais fabriqué et qui consistait à remonter à travers l'art
liturgique du moyen âge jusqu'à la musique antique (Gevaert venait de la
rendre actuelle), de façon à trouver dans ces musiques successives, non
épuisées,
de nouveaux moyens d'expression. Cette phrase malheureuse avait eu
le don d'irriter mon maître. Mais son mécontentement s'exaspéra lorsque
j'eus l'audace de lui soumettre, en classe, au lieu d'une cantate
réglementaire, une sonate pour piano et violoncelle et un quatuor où les
modes populaires étaient employés. Mon obstination à trouver belles ces
vieilles gammes et à les croire utilisables dans l'art moderne polyphone
me valut, de la part du musicien charmant mais fermé à toute tentative
extra-classique, une sévérité qui se traduisit dans des notes d'examen et
par
le refus formel de me présenter au concours de Rome. De là,
l'hospitalité que m'offrit la bonté de Guiraud et la nécessité de cacher à
mon premier maître le secours tout paternel que je trouvai près du second.
»
Maurice Emmanuel fut, on le comprend, quelque peu
découragé par l'exclusive prononcée contre lui par son maître Delibes.
(Que fût-il advenu d'Emmanuel «prix de Rome») ? Nous le voyons alors, non
pas abandonnant la musique, — il en était incapable, — mais se tourner
momentanément vers les lettres, l'histoire et la critique. Il prend sa
licence à la Sorbonne, et il écrit ses thèses de doctorat sur l'
Orchestique grecque et l'
Éducation du danseur grec (1895), qu'il avait illustrées lui-même
de ses dessins. Il se lie avec ses maîtres, Louis Havet, Gaston Paris,
Maxime Collignon. Le recteur de l'Université de Paris, Louis Liard,
l'envoie en mission en Allemagne et en Autriche. Il en rapporte de
précieuses études sur
la Musique dans les Universités allemandes (Revue de Paris, 1898)
et sur
les Conservatoires de musique en Allemagne et en Autriche (Ibid.,
1900).
Cependant, ses thèses avaient fait sensation. En 1898,
il est nommé titulaire d'une chaire d'histoire de la musique au Collège de
France. Le voilà, semble-t-il, consacré historien. Que deviendra le
compositeur ?... Mais les choses ne vont pas tout droit. L'intervention
d'un puissant personnage dans les affaires du Collège de France aboutit à
la suppression des appointements attachés à la chaire d'histoire de la
musique en faveur d'une nouvelle chaire scientifique. Voilà Maurice
Emmanuel sans situation : il ne peut se payer le luxe d'enseigner sans
traitement.
Il revient à la musique. En 1905, il succède à Samuel
Rousseau comme maître de chapelle à Sainte-Clotilde. Il veut, dans ces
nouvelles fonctions, imposer ses idées, ne faire exécuter que le chant
grégorien sans accompagnement ou bien des motets polyphoniques de la
Renaissance. Il se heurte à l'incompréhension du curé, des vicaires et des
paroissiens. Le premier vicaire, le chanoine Mugnier, seul ose
l'encourager. Camille Bellaigne obtient en sa faveur l'approbation du
pape. Néanmoins, fatigué de lutter, Maurice Emmanuel quitte
Sainte-Clotilde en 1907.
A point nommé, Bourgault-Ducoudray, professeur
d'histoire de la musique au Conservatoire, lui laisse sa succession
(1907). Le voici de nouveau historien, et, il faut bien le dire, dans des
conditions à tous points de vue infiniment moins brillantes que celles qui
lui étaient faites au Collège de France. Il ne quitta ses élèves du
Conservatoire que pour prendre sa retraite en 1936.
Cependant, il publiait des travaux de la plus haute
valeur la monumentale
Histoire de la Langue musicale (1911), l'étude sur l'art
gréco-romain dans l'
Encyclopédie de la musique de Lavignac, le recueil de
XX Chansons bourguignonnes, le
Chant d l'École, le
Traité de l'accompagnement modal des Psaumes (1912), et puis ce
petit ouvrage d'un intérêt capital, tant par les renseignements
historiques inédits qu'il nous apportait que par le mérite exceptionnel
d'une analyse infiniment pénétrante :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Il publiait, en outre, de
nombreux articles de revues : le
Rythme d'Euripide a Debussy,
César Franck,
Anton Reicha, etc.
La valeur précieuse de cette abondante littérature
musicographique faisait oublier le compositeur, ou même l'empêchait de se
faire connaître comme tel. L'homme de deux métiers n'est guère admis par
le public. Pourtant Maurice Emmanuel avait composé deux quatuors,
plusieurs sonates, un trio, deux symphonies et ces magnifiques ouvrages
qui s'intitulent
Prométhée enchaîné et
Salamine. Il attend jusqu'en 1919 l'exécution du premier acte
de
Prométhée aux Concerts Lamoureux, et jusqu'en juin 1929 la
représentation de
Salamine à l'Opéra. Ce fut une révélation et l'on commença de
s'apercevoir, — tout au moins dans le milieu des esprits attentifs, — que
Maurice Emmanuel n'était pas seulement un excellent musicologue, mais
qu'il était aussi un grand musicien. On s'étonna d'un homme, qui, à ce
point, ne suivait pas la mode, se moquait de tous les snobismes, ne
redoutait nullement d'être prodigieusement inactuel et arrivait à
retrouver le secret d'une beauté antique : on l'admira. Mais le plus,
modeste des artistes ne sut pas profiter de son succès, et si, de plus en
plus, les connaisseurs se sont rapprochés de lui, si ses amis ont tout
fait pour répandre la connaissance et le goût de ses oeuvres, il reste
beaucoup à entreprendre pour qu'elles atteignent le grand public.
Elles ont cependant de quoi lui plaire. Parti de la
chanson populaire, l'art d'Emmanuel parle un langage que le peuple doit
comprendre.
Je revois Emmanuel. Je revois l'homme simple, droit,
loyal, sincère. Je le revois, grand et mince, et, malgré les maux dont il
a souffert, solide, robuste, énergique, et, quand il le fallait, — quand
il fallait souffrir, — d'un courage surhumain. J'entends sa voix claire,
nette, son langage précis, sans fausse minutie, et qui devenait éloquent à
l'occasion, par la force même de sa précision, — à la Descartes. Je
retrouve son regard affectueux et je sens encore le chaud contact de son
amitié.
1 - Avant-propos d'une étude sur Pelléas
et Mélisande (Paul Mellottée éditeur)
|
Jean-Marc Warszawski
12 novembre 2002
L'association
LES AMIS DE MAURICE EMMANUEL
Comité d'honneur : Pierre BRUNEL ; Jacques et Hélène
BRUNSCHWIG ; Marc COPPEY ; Henri DUTILLEUX ; Billy EIDI ; Jean GALLOIS ;
Marie-Catherine GIROD ; Henry-Louis de LA GRANGE ; Noël LEE ; Nicolas
MEEÙS ; Guy SACRE ;Thomas Daniel SCHLEE ; Jacques VIRET
;Jean-François ZYGEL
Maurice Emmanuel : qui est-ce ?
Un jeune compositeur indépendant : Inspiré dès
l'enfance par les chansons populaire sa Bourgogne natale, il subit leur
influence, comme il le reconnaît lui-même : «Ces rustiques mélodies, à une
plusieurs voix, me causaient autant de surprises que de joie. Il m'a fallu
de longues études, voire des luttes dangereuses contre l'art officiel,
pour soupçonner nature de cet art primesautier.» Jeune provincial «monté à
Paris», il est l'élève au Conservatoire Bourgault-Ducoudray, Dubois et
Delibes ; il y côtoie Debussy et Dukas. Mais Delibes, agacé par les
audaces de son élève qui voulait employer les modes populaires, le chasse
de sa classe de composition et lui interdit se présenter au Concours
de Rome en 1889. Emmanuel se met alors à composer des oeuvres plus
conventionnelles pendant quinze ans, avant de retrouver son style
personnel : celui des
Sonatines pour piano, de la
Sonate en trio pour flûte, clarinette et piano, ou des
Trente Chai bourguignonnes.
Un helléniste remarqué
Détourné de la voie musicale, il songe un moment faire
carrière dans les lettres, ce qui l'amène à soutenir brillamment une thèse
de doctorat à la Sorbonne,
La Danse grecque antique, en 1896. Esprit curieux par nature il
découvre durant ses études littéraires toutes ressources de l'art grec, et
s'en inspire tout au long vie, depuis la
Suite sur des Airs populaires grecs (1907) jusqu'aux deux
chefs-d'oeuvre que sont
Prométhée enchaîné (1919) et
Salamine (1929).
Un défenseur du plain-chant
En novembre 1904, il est nommé maître de chapelle
Sainte-Clotilde. Il tente d'y réformer l'interprétation plain-chant, «un
art admirable pour nous qui somnmes modernes, et que Bach, Beethoven,
Wagner, César Franck ont formé à une langue musicale tout autre. » Mais
sous la pression des paroissiens, il doit quitter son poste en 1907. De
cette expérience, et de la fréquentation des ouvrages son maître
François-Auguste Gevaert, naîtra en 1913 le «Traité de l'accompagnement
modal des psaumes».
Un grand professeur d'histoire de la musique
Successeur de Louis-Albert Bourgault-Ducoudray au
Conservatoire en 1909, il fut très apprécié de ses élèves parmi lesquels
ont figuré Yvonne Lefébure, Olivier Messiaen, Jehan Alain, Manuel
Rosenthal, et Henri Dutilleux. Autorité internationalement reconnue, il
fut non seulement un conférencier recherché, mais publia de nombreux
ouvrages théoriques, dont certains sont encore des références de nos jours
:
Histoire de la langue musicale (1911-1928),
Pelléas et Mélisande de Debussy (1926),
Antoine Reicha (1937).
Un « honnête homme »
Amoureux de la littérature, des beaux-arts, intéressé
par les sciences, fervent botaniste, Emmanuel refusa toujoi de s'enfermer
dans les limites d'une seule discipline. cultiva des amitiés diverses,
sans jamais faire partie d' groupe ou d'une école. Esprit libre,
respectueux de l'art passé, mais profondément attaché à l'innovation
musicale Maurice Emmanuel ne tendit, sa vie durant, qu'à une sel et même
chose : «l'utilisation de toutes les forces qui ne s'épuisent pas, et la
recherche de neufs moyens d'expression.»
Naissance de l'association
Ces dernières années, la musique de Maurice Emmanuel
(1862-1938) a été servie par de prestigieeux interprètes, qui attirent
ainsi l'attention du public sur les oeuvres de ce grand compositeur
français. Par ailleurs, au printemps 2004, une journée d'études consacrée
«Maurice Emmanuel compositeur» a été organisée à la Sorbonne. De nombreux
musicologues et des étudiiants en musicologie y ont pris part devant un
auditoire attentif. Il était donc nécessaire de créer une association qui
entretînt et développât l'intérêt suscité par ces manifestations.
Objectifs de l'association
- faire connaître le nom de Maurice Emmanuel et rôle qu'il a joué dans
l'histoire musicale ;
- faire éditer ou rééditer ses oeuvres littéraires musicales ;
- aider à la diffusion de ses oeuvres ;
- vous faire découvrir par un bulletin la personnal du musicien,
la diversité de ses sources d'inspiration ses multiples correspondants,
les jugements de contemporains ;
- vous informer de tous les événements concern Maurice Emmanuel.
Membres du bureau : Anne EICHNER-EMMANUEL,
présidente ; Sylvie DOUCHE, vice-présidente ; Christophe CORBIER,
secrétaire général ; Bernhardt EICHNER, trésorier
Association Loi 1901, fondée en mai 2004 - 30 rue
Céline 92160ANTONY
La cotisation pour l'année en cours : Membre actif étudiant : 15 euros ;
Membre actif : 22 euros ; Membre bienfaiteur : 45
euros ou plus (L'association adressera un reçu fiscal aux membi
bienfaiteurs.). ON peut adhérer auprès de l'association « Les Amis de
Maurice Emmanuel », Anne EICHNER-EMMANUEL, 30 rue Céline - F - 92160
ANTONY
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