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Delibes Léo
Clément Philibert Léo
1836-1891

 

[catalogue des oeuvres] [bibliographie ] [discographie ] [livret de Lakmé]

Né à Saint-Germain-du-Val (La Flèche), le 21 février 1836 — mort à Paris, le 16 janvier 1891.

Lorsque son père, employé au service postal meurt en 1847, sa mère, fille d'un chanteur de l'Opéra-Comique, s'installe à Paris. Il apprend la musique auprès de sa mère et de son oncle, Édouard Batiste, organiste à Saint-Eustache de Paris, et professeur de chant au Conservatoire.

Il entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Tariot et obtient un second prix de solfège en 1849 et le premier prix en 1850. Par la suite il suit la classe d'orgue de François Benoist et celle de composition d'Adolphe Adam, celle de Felix Le Couppey et de François Bazin.

Il est choriste à l'église Saint-Marie-Madeleine, et participe au chœur des garçons lors de la création du Prophète de Meyerbeer, le11 avril 1849. En 1853, il est organiste à Saint-Pierre-de-Chaillot (il reste organiste d'église jusqu'en 1871) ; il est accompagnateur au théâtre Lyrique. La même année, Adolphe Adam lui obtient le poste de répétiteur adjoint au Théâtre Lyrique.

En 1856, sa première opérette bouffe, Deux sous de charbon, une asphyxie lyrique est créée aux « Folies-Nouvelle », établissement dirigé par Hervé. Cette œuvre apparaît à l'affiche 14 années de suite. Sa seconde oeuvre, Deux Vieilles gardes est créée avec un grand succès aux Bouffes Parisiens, le théâtre d'Offenbach..

Vers 1858, il écrit des critiques pour le journal « Le Gaulois » sous le pseudonyme d'Éloi Delbès.

De 1862 à 1871, il est organiste à Saint-François-Saint-Jean

En 1863 il crée au théâtre Lyrique Le Jardinier et son seigneur, un opéra comique, et comme chef de chœur, travaille sur le Faust de Gounod (dont il arrange les parties vocales), Les pêcheurs de perles, de Bizet et Les Troyens, de Berlioz.

De 1865 à 1872 il est accompagnateur, et obtient en 1865, le poste de deuxième chef de choeur à l'Opéra de Paris (sous la direction de Victor Massé).

Il compose son premier ballet en 1866, La Source, en collaboration avec Louis Minkus.

En 1868, il reçoit la médaille d'or de la ville de Paris, pour ses choeurs, En avant, et C'est Dieu

En 1869, il crée sa dernière opérette, La cour du roi Pétaud, au théâtre des Variétés.

Le 2 mai 1870, il crée le ballet qui lui assure la célébrité, Coppélia, ou La Fille aux yeux d'émail, d'après E. T. A. Hoffmann. Il marque avec cette œuvre le début de ce qu'on nomme le « ballet symphonique », c'est à dire que tout en suivant l'argument, la musique est également pensée pour le concert.

1870

En 1871, il quitte ses emplois d'organiste, et ceux de l'Opéra. Il se marie avec Léontine Estelle Denain. Il se consacre entièrement à la composition.

En 1873 il compose un opéra-Comique Le roi l'a dit, comédie datant de l'époque de Louis XIV ; en 1876 il compose son second grand ballet, Sylvia sur un sujet mythologique ; il crée en 1880, à l'Opéra, Jean de Nivelle.

En 1881 il est nommé professeur de composition au Conservatoire en succession à Reber.

En 1882, il compose 6 pièces pour Le roi s'amuse, de Victor Hugo, et se rend à Bayreuth.

Son opéra Lakmé, est créé à L'Opéra de Paris, le 14 avril 1883.

Il est élu à l'Institut en 1884.

Catalogue des oeuvres

  • sd., La Marseillaise, texte de R. de Lisle, arrangement pour voix d'hommes
  • sd., Le Don Juan suisse, opéra bouffe en 4 actes [perdu]
  • Noël, texte de Bouéry, pour 3 voix égales
  • sd., Les prix, texte de G. Chouquet, pour 2 voix égales avec accompagnement
  • sd., La princesse Ravigote, opéra bouffe en 3 actes [perdu]
  • sd., Le roi des montagnes, opéra comique en 3 actes [esquisses]
  • sd., pièces pour piano à 2 et 4 mains
  • sd., Messe brève, pour deux voix d'enfants et orgue (édité à Paris)
  • sd., 16 mélodies et 1 chœur (édité à Paris)
  • sd. C'est Dieu, texte de Hinzelin, pour chœur à 4
  • sd., En avant, texte de P. de France, pour 3 voix égales
  • sd. Le dimanche, texte de Murger, pour 2 à 3 voix
  • sd. Les norvégiennes, texte de Gille), pour 2 voix de femmes avec accompagnement
  • sd., Les nymphes de bois, texte de Nuitter, pour 2 voix de femmes avec accompagnement
  • 1856, Deux vieilles gardes, opérette bouffe en 1 acte, livret de de Villeneuve & Lemonnier, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 8 août 1856
  • 1856, Six demoiselles à marier, opérette bouffe en 1 acte, livret de E. Jaime & A. Choler, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le , 12 novembre 1856
  • 1856, Deux sous de charbon, ou Le suicide de bigorneau, (asphyxie lyrique), en 1 acte, livret de J. Moineaux, créé à Paris, aux Folies-Nouvelles le 9 février 1856
  • 1857, Maître Griffard, opéra comique en 1 acte, livret de Mestépès, créé au théâtre Lyrique le 3 octobre 1857 (1857)
  • 1859, La fille du golfe, opéra comique en 1 acte, livret de C.-.L.-E. Nuitter
  • 1859, L'omelette à la Follembuche, opérette bouffe, en 1 acte, livret de E. Labiche & M. Michel, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le , 8 juin 1859)
  • 1859, La nuit de Noël, texte de Gille, pour 4 voix d'hommes
  • 1860, Monsieur de Bonne-Étoile, opéra comique en 1 acte, livret de P. Gille, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le , 4 février 1860
  • 1861, Les musiciens de l'orchestre, opérette bouffe en 2 actes, livret de A. Bourdois, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 25 janvier 1861 [en collaboration avec J. Erlanger &J.-L.-A. Hignard]
  • 1862, Les eaux d'Ems, comédie en 1 acte, livret de H. Crémieux & L. Halévy, créé à Ems, à la Kursaal en été 1861
  • 1862, Mon ami Pierrot, opérette en 1 acte, livret de Lockroy, créé à Ems, à la Kursaal, juillet 1862
  • 1863, Le jardinier et son seigneur, opéra comique en 1 acte, livret de M. Carré et T. Barrière créé à Paris, au théâtre Lyrique le 1er mai 1863
  • 1864, La tradition, prologue en vers sur un texte de H. Derville, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 5 janvier 1864
  • 1864, Grande nouvelle, opérette en 1 acte, livret de A. Boisgontier
  • 1864, Le serpent à plumes, farce en 1 acte, livret de Gille et N. Cham, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 16 décembre 1864
  • 1865, Pastorale, texte de C. du Locle, pour 4 voix d'hommes
  • 1865, Alger, texte de Méry, cantate, ppour soprano, chœur et orchestre
  • 1865, Hymne de Noël, pour choeur
  • 1865, Le boeuf Apis, opéra bouffe en 2 actes, livret de Gille et G. Furpille, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 25 avril
  • 1866, Les lansquenets, texte de Gille, pour 4 voix d'hommes
  • 1866, La source, ou Naila, ballet en 3 actes, livret de Nuitter et A. Saint-Léon, créé à l'Opéra de Paris le 12 novembre 1866 [en collaboration avec L. Minkus]
  • 1866, Les chants lorrains, texte de Gille, pour 4 voix d'hommes
  • 1866, Marche de soldats, texte de Nuitter, pour 4 voix d'hommes
  • 1866, Avril, texte de R. Belleau, pour choeur
  • 1867, Au printemps, texte de Gille, pour 3 vois égales
  • 1867, Malbrough s'en va-t-en guerre (4ème acte), opérette en 4actes, livret d e Siraudin, Williams et Busnach, créé à Paris, au théâtre de l'Athénée le 13 décembre 1867 [en collaboration avec Bizet, E. Jonas et I. Legouix]
  • 1867, Chant de la paix, texte de L. Girard, pour 4 voix d'homme  ou 6 voix mixtes ou 3 à 4 voix égales
  • 1867, Valse, ou Pas de fleurs, divertissement, créé à l'Opéra de Paris le 12 novembre 1867 [ajouté à Le corsaire d'Adolpohe Adam] [ version piano ]
  • 1868, Trianon, texte de De Lyden, pour 4 voix d'hommes
  • 1868, La cour des miracles, texte de E. de Lyden, pour 4 voix d'hommes
  • 1869, L'écossais de Chatou, opérette, en 1 acte, livret de Gille et A. Jaime, créé à Paris, aux Bouffes-Parisiens le 16 janvier 1869
  • 1869, La cour du roi Pétaud, opéra bouffe en 3 actes, livret de Gille et Jaime, créé au théâtre des Variétés le 24 April 1869
  • 1870, Coppélia, ou La fille aux yeux d'émail, ballet en 2 actes, livret de Nuitter d'après Hoffmann, créé à l'Opéra de Paris le 2 mai 1870 [arreangement pour le piano 1870 ; suite d'orchestre vers 1883]
  • 1873, Le roi l'a dit, opéra comique en 3 actes, livret de E. Gondinet,  créé à Paris, à l'Opéra-Comique le 24 mai 1873
  • 1874, Les abeilles, texte de Murger, pour 3 voix égales
  • 1874, Les pifferari, texte de Gille, pour 3 voix égales
  • 1874, L'écheyeau de fil, texte de Ratisbonne, pour 3 voix égales
  • 1876, Sylvia, ou La nymphe de Diane, (ballet en 3 actes, argument de J. Barbier et Mérante, créé à l'Opéra de Paris le 14 juin1876 [arrangement piano, 1876 ; suite d'orchestre, 1880] [ Pizzicati, pour piano ]
  • 1877, Le pommier, texte de Gille, pour 3 voix égales
  • 1877, La mort d'Orphée, texte de A. Renaud, scène lyrique pour ténor; voix et orchestre
  • 1880, Jean de Nivelle, opéra en 3 actes, livret de Gondinet et Gille, créé à Paris, à l'Opéra-Comique le 8 mars 1880
  • 1883, Lakmé, opéra en 3 actes, livret de Gondinet et Gille, d'après Rarahu de Pierre Lotti, créé à Paris, à l'Opéra-Comique le 14 avril 1883 [ 2e suite concertante pour piano 4 mains ;
  • 1884, Voyage enfantin, texte de Gille, pour 3 voix égales
  • 1882, Le roi s'amuse, «six airs de danse dans le style ancien», créé à Paris, à la Comédie-Française le 22 novembre 1882 [arrangement pour le piano 1882 :  passepied ]
  • 1885-1886, chansons, duos, chansonnettes, 15 mélodies, 2 choeurs (éditité à paris)
  • 1893, Kassya, drame lyrique en 4 actes, livret de H. Meilhac et Gille,  créé à Paris, à l'Opéra-Comique le 24 mars 1893

Bibliographie

  • GIRARD PAULINE & DE L'ÉPINE BÉRANGÈRE (éditrices), Léo Delibes : Jean de Nivelle. Dossier de presse parisienne (1880). Musik-Edition Lucie Galland, Weinsberg 2006 [256 p. ; ISBN 3-925934-72-3 ; 40, €]
  • BOSCHOT A., Portraits de musiciens (2) 1947
  • BRUNEAU ALFRED, Geschichte der französische Musik. Dans R. Strauß, « Die Musik » (4), ds., p.  40-41
  • COQUIS A., Léo Delibes : sa vie et son oeuvre (1836–1891). Paris 1957
  • CURTISS M., Bizet and his World. New York 1958
  • DE CURZON HENRI, Léo Delibes. Legouïx, Paris 1926
  • DIDIER BÉATRICE, Lakmé à l'Opéra-Comique. Dans « Europe : Revue littéraire mensuelle » (792) 1995, p. 222-225 
  • GUIRAUD E., Notice sur la vie et les oeuvres de Léo Delibes. Paris 1892
  • HANSLICK E., Jean de Nivelle von Léo Delibes. Dans «Aus dem Opernleben der Gegenwart», Allg. Verein für Deutsche Literatur, Berlin 1885, p. 57-66
  • —, Ballette von Léo Délibes. Dans «Musikalische Stationen», Allg. Verein für Deutsche Literatur, Berlin 1885,  p. 96-105
  • HUGHES G., Delibes et Le roi l'a dit, Sidelights on a Century of Music, 1825-1924. London 1969, p. 116-124
  • JULLIEN A., Musiciens d'aujourd'hui (2). Paris 1894, p. 261-289
  • KALBECK M., Der König hat's gesagt. dans «Opernabende», Harmonie (2), Berlin 1883,  p. 119-126
  • LOISEL J., Lakmé de Léo Delibes. «Collection des chefs-d'oeuvres de la musique», Paris 1924
  • MARÉCHAL H., Souvenirs d'un musicien. Paris 1907
  • POUGIN A., Musiciens du XIXe siècle. Paris 1911
  • SÉRÉ O. (J. Poueigh), Musiciens français d'aujourd'hui. Paris 1911 ; 1921 8e édition
  • STUDWELl W. E., Adolphe Adam et Léo Delibes: a Guide to ReSuper Musicalis Weboru (SMW). New York 1987
  • TIERSOT JEAN, Un demi-siècle de musique française, Paris 1918 ; 1924 seconde édition

Discographie

Lakmé
Opéra en trois actes
Livret d'Édmond Condinet & Philippe Gille
Choeurs et orchestre du théâtre National de l'Opéra -Comique
Alain Lombard dir.
Mady Mesplé - Charles Burles - Roger Soyer – EMI 7494312, 1971 ( 2 v.)
Disque 1. Prélude - A l'heure accoutumée - Prière- Blanche Dourga - Scène- Lakmé, c'est toi qui nous protèges! - Duetto : Viens, Mallika - Scène : Miss Rose, Miss Ellen - Quintette & Couplets : Quand une femme est si jolie - Récit - Nous commettons un sacrilège -  Air : Prendre le dessin d'un bijou - Scène - C'est elle... les mains pleines de fleurs - Récit & Strophes - Les fleurs me paraissent plus belles - Récit - Ah! Mallika! Mallika! - Duo : D'où viens-tu ? Que veux-tu ? - Scène - Viens! lá! lá! - Entracte - Choeur & Scène du Marché- Allons, avant que midi sonne - Récit - Moi, j'adore ce tapage! - Airs de Danse - Introduction - Teràna - Rektah - Persian - Coda - Sortie - Récit: Voyez donc ce vieillard - Scène & Stances - C'est un pauvre qui mendie.. Lakmé ton doux regard se voile - Disque 2 : Récit- Ah! c'est de ta douleur - Scène & Lègende de la Fille du Paria (Air des Clochettes) Les Dieux inspirés - Scène- La rage me dévore - Scène des Conjurés - Au milieu des chants d'allégresse - Récit - Le maître ne pense qu'à sa vengeance - Duo - Lakmé! Lakmé! - Final : Dourga, entends nos voix - Entracte - Berceuse - Sous le ciel tout étoilé - Récit - Quel vague souvenir alourdit ma pensée - Cantilène - Ah! viens, dans la forêt profonde - Scène & Choeur - Là, je pourrai t'entendre - Descendons doucement - Scène - Vivant! - Duo - Ils allaient deux à deux - Final : C'est lui! C'est lui!

Lakmé
Opéra en trois actes
Livret d'Édmond Condinet & Philippe Gille
Choeur et orchestre du Capitolme de Toulouse
Michel Plasson dir.
Natalie Dessay - Gregory Konde - Jose Van Dam - Delphine Haidan - Franck Leguérinel - Patricia Petibon - Xenia Konsek - Bernadette Antoine - Charles Burles –   EMI 565669 (2 volumes)
Disque 1. Prélude - n° 1 introduction - A l'heure accoutumée - Prière- Blanche Dourga. - n° 1 bis Scène - Lakmé, c'est toi qui nous protèges! - no 2 Duetto : Viens, Mallika - Scène : Miss Rose, Miss Ellen - n° 3 Quintette & Couplets : Quand une femme est si jolie -  Récit - Nous commettons un sacrilège - n° 4 bis Air : Prendre le dessin d'un bijou. - n° 4 bis  Scène - C'est elle... les mains pleines de fleurs - n° 5 Récit & Strophes - Les fleurs me paraissent plus belles  - n° 5 bis Récit - Ah! Mallika! Mallika! - n° 6 Duo : D'où viens-tu ? Que veux-tu ? - n° 6 bis Scène - Viens! lá! lá! - Entracte - n° 7 Choeur & Scène du Marché- Allons, avant que midi sonne.. - n° 7 bois Récit - Moi, j'adore ce tapage! - n° 8 Airs de Danse - Introduction - Terâna - Rektah -  - Persian - Coda - Sortie - Récit: Voyez donc ce vieillard - n° 9 Scène & Stances - C'est un pauvre qui mendie.. Lakmé ton doux regard se voile - Disque 2 : N°9 bis - Récitatif, Ah, c'est de la douleur - N°10 - Scène & légende de la fille du Paria (air des clochettes) - N°11 - Scène, la rage me dévore - N°12 - Scène & chæur, Au milieu des chants - N°12 bis - Récitatif, Le maître ne pense qu'à sa vengeance - N°13 - Duo, Lakmé ! Lakmé ! - N°14 - Finale, O Dourga, toi qui renais - Entr'acte - N°15 - Berceuse, sous le ciel tout étoilé - N°15 bis - Récitatif, quel vague souvenir - N°16  Cantilène, Lakmé ! Lakmé ! Ah vien dans la forêt profonde - N°17 - Scène & choeur, Là je pourrais t'entendre - N°18 - Scène, Vivant ! - N°19 - Duo, Ils allaient deux à deux - N°20 - Finale, c'est lui

Coppélia
Avec Jules Massenet , Le Carillon
Orchestre de la Suisse romande
Richard Bonynge, dir.
enregitré en 1969 (Coppélia) et 1983 (Le Carillon) — BIEM/Stemra 425 473(2 v.)
Volume I. Acte 1 : Prélude et Mazurka - Valse Lente - scene - Mazurka - scene - Ballad of the  Ear-of-Corn - Theme slave varie - ungarian Dance, Sortie - Finale - Entr'acte et valse. Acte 2 : 11. scene -   12. scene - 13. Musique des automates - 14. scene - 15. Chanson à boire - 16. Valse de la poupée - 17. scene - 18. Boléro -  19. Gigue -  20. Finale -Volume II.  Acte 3 : Marche; Divertissement - La Cloche - Valse des heures - L'Aurore - La Prière - La Travail - Noces villageoises - La Discorde et la guerre - La Paix - Danse de fête - Galop Final - Massenet, Le Carillon. 01. scene - 02. Dialogue sentimenal - 03. Danse flamande

Documents

VUILLERMOZ ÉMILE, Histoire de la musique. Fayard, Paris 1949 (8e édition), p; 289-292

Né à Saint-Germain-du-Val, non loin de La Flèche, Clément- Philibert- Léo Delibes, petit-fils du célèbre baryton Batiste et neveu de l'organiste Edouard Batiste qui fut professeur au Conservatoire, vint de bonne heure à Paris pour se préparer à la carrière musicale. Élève de Bazin, d'Adam, de Benoist et de Le Couppey, il gagna courageusement sa vie comme accompagnateur, organiste de Saint-Jean-Saint-François et professeur de piano et aborda le théâtre en écrivant une série de petites opérettes pour les Folies-Nouvelles, les Bouffes-Parisiens, les Variétés et le Théâtre Lyrique. Offenbach, qui avait immédiatement compris ce qu'on pouvait attendre de ce jeune débutant, multiplia les commandes et l'on vit paraître successivement ces joyeuses fantaisies qui s'appellent Deux sous de charbon, les Deux vieilles Gardes, Six Demoiselles à marier, l'Omelette à la Follembuche, Monsieur de Bonne-Étoile, les Musiciens de l'orchestre, Mon ami Pierrot, le Serpent à plumes, le Bœuf Apis, l'Écossais de Chatou, la Cour du Roi Pétaud, la Fille du golfe ainsi que des opéras-comiques d'une tenue plus sérieuse, comme Monsieur Griffard et le Jardinier et son seigneur.

Son emploi de chef des chœurs à l'Opéra lui donna l'occasion de composer une partie de la musique d'un ballet intitulé la Source. On lui en avait confié le deuxième et le troisième acte, le premier et le quatrième étant écrits par le compositeur austro-russe Minkous. Cette expérience fut démonstrative : les deux tableaux dus à la plume de Delibes écrasèrent ceux de son co-équipier. Son succès fut tel que, dès l'année suivante, on lui demandait d'écrire un divertissement pour la reprise du Corsaire de son maître Adolphe Adam : et ce fut le fameux « Pas des fleurs » qui fait encore partie du répertoire de nos orchestres de genre.

Trois ans s'écoulent et voici Coppélia ou la Fille aux yeux d'émail qui accompagne, à l'Opéra, une reprise du Freischutz. Nous sommes en 1870 : Edouard Lalo ne composera sa Namouna que douze ans plus tard. Delibes a donc créé de toutes pièces un genre nouveau, le ballet symphonique, le ballet dont la partition présente un intérêt musical constant et possède un équilibre parfaitement indépendant de l'anecdote et de la chorégraphie, le ballet dont la partition peut passer sans dommage du théâtre au concert. Jusqu'alors la musique de ballet n'était qu'un humble accessoire rythmique du spectacle de danse : Coppélia, tout en suivant minutieusement la pantomime et la composition chorégraphique, impose la pensée du musicien et donne une unité parfaite à l'action. L'innovation est capitale. Elle rayonnera sur toute l'Europe et orientera toute la production de Tchaïkowsky dont le Lac des Cygnes n'apparaîtra que six ans plus tard, suivi par la Belle au Bois Dormant et Casse-Noisette. Dans l'intervalle avait paru Sylvia ou la Nymphe de Diane qui achevait de consacrer la maîtrise et les droits d'antériorité du musicien français dans un genre où son adresse et sa souplesse n'ont jamais été dépassées. Il devait nous donner encore six Airs de danse dans le style ancien, d'une facture élégante et délicate pour le Roi s'amuse de Victor Hugo.

Après avoir triomphé dans l'opérette et le ballet, Léo Delibes, qui va occuper une chaire de composition au Conservatoire et le fauteuil de Reber à l'Institut, aborde le théâtre lyrique avec un petit chef-d'œuvre de grâce et d'esprit, Le Roi l'a dit, qu'il est scandaleux de voir exclu du répertoire de l'Opéra-Comique, puis avec Jean de Nivelle et, enfin, avec Lakmé qui n'a jamais abandonné l'affiche depuis sa création et constitue comme Manon, Carmen, Werther, la Bohème et la Tosca le pain hebdomadaire des directeurs de la salle Favart. La cantate Alger, la scène lyrique la Mort d'Orphée, l'opéra inachevé Kassya, terminé par Massenet, de nombreux chœurs, une Messe et de charmantes mélodies, achèvent de situer ce musicien de race qu'une mort subite frappa en pleine force mais qui joua dans l'histoire de la musique française un rôle dont l'importance n'a pas encore été reconnue.

Les critiques musicaux admettent volontiers l'intérêt que présentent dans l'évolution du spectacle de danse les partitions de Coppélia et de Sylvia, mais se montrent, en général, protecteurs ou dédaigneux dès qu'ils parlent de celle de Lakmé qui leur est infiniment supérieure. Rien n'est plus injuste. Le succès populaire de cet ouvrage les empêche d'observer la distinction aristocratique de son écriture harmonique, l'audace de ses enchaînements d'accords et de ses modulations, la virtuosité, de son orchestration qui sont d'un véritable précurseur. Écrite en 1883, cette musique devance les plus raffinés de nos stylistes. Sans les trouvailles exquises d'un Delibes il manquerait un maillon essentiel dans la chaîne qui relie Gounod à Fauré. Personne n'écrivait alors avec cette élégance et cette originalité. L'étude attentive de la partition de Lakmé est un enchantement pour les gourmets de l'harmonie, et des maîtres comme Fauré, Debussy et Ravel ont toujours proclamé leur admiration pour la finesse d'oreille de Delibes et l'importance de son apport dans le langage musical de son temps.

Lakmé
Livret

-- ACTE 1 --

Prélude : (Un jardin très ombragé où s'entremêlent toutes les fleurs de l'Inde. Au fonds, près d'un petit cours d'eau une sorte de temple perdu dans la verdure. C'est le lever du jour.)

No. 1a. (Au lever du rideau, Hadji et mallika vont ouvrir la porte du jardin à des Hindous, hommes et femmes, qui entrent avec recueillement.)

Rideau

LES HINDOUS
(Mallika avec les soprani, Hadji avec le 2e ténor)

A l'heure accoutumée,
Quand la plaine embaumée,
Par l'autre enflammée,
Fête le jour naissant,
Unissons nos prière,
Pour calmer les colères,
Pour calmer les colères,
De Brahma mençant,
Pour calmer les colères
De Brahma me naçant.

NILAKANTHA

Soyez trois fois bénis, vous qui rendez hommage
Au prètre abandonné qu'on raille et qu'on raille et qu'on outrage!
De nos vainqueurs odieux
Nous lasserons les colères;
Ils ont pu chasser nos Dieux
Fr leurs temples séculaires!
Mais, sur leurs têtes, Brahma
A suspendu sa vengeance,
Et, quand elle éclartera,
De sera la délivrance.
Dans ma retraite, aujourd'hui,
La puissance de Dieu brille,
Je le vois, je monte à lui, je le vois, je monte à lui
Quand j'entends prier ma fille!

(Tous les Hindous se prosternent.)

LAKMÉ

(dans la coulisse)

Blanche Dourga,
Pâle Siva!
Puissant Ganeça!
O vous que créa Brahman! ah!

LES HINDOUS

O Dourga, blanche Dourga,
Ganeça, protégez-nous,
O Siva, apaisez-vous
Dieux tout puissant que créa Brahma!

(Les Hindous à bouche fermées.)

(Lakmé parait.)

LAKMÉ

Blanche Dourga,
Pâle Siva!
Puissant Ganneça!
O vous, que créa Brajma! Ah!

LES HINDOUS

O Dourga, blanche Dourga,
Ganeça, protégez-nous,
O Siva, apaisez-vous
Dieux tout puissant que créa Brahma!

NILAKANTHA

Allez en paix, redites en partant,
La prière au matin,
Allez, allez!
Dieu vous entend!

LES HINDOUS

A l'heure accoutumée
Quand le pleine embaumée,
Par l'aurore enflammée
Fête le jour naissant,
Unissons nos prières,
Pour calmer les colères
Pour calmer les colères
De Brahma menaçant,
Pour calmer les colères
De Brahma menaçant.

(Les Hindous sortent avec recueillement.)

No. 1b. Scène

NILAKANTHA

(avec tendresse)

Lakmé, c'est toi qui nous protèges!
Et si je peux braver les haines sacrilèges
De l'ennemi triomphant,
C'est que Dieu prend pitié de la candeur d'enfant.

LAKMÉ

Lorsque Brahma dans sa clémence,
En broyant une fleur fit la terre et le ciel,
Il y laissa le miel!
Et ce fut l'espérance!

NILAKANTHA

Il faut que je te quitte à l'instant!

LAKMÉ

Quoi, déjà?

NILAKANTHA

Sois sans crainte!
Dans la pagode sainte,
Qui reste encor debout, à la ville on m'attend;
La fête de demain m'appelle!

(au deux serviteurs)

Restez près de Lakmé.

HADJI

Nous veillerons sur elle.

MALLIKA

Nous veillerons tous deux.

NILAKANTHA

Je serai de retour
Avant la fin du jour.

Ensemble

LAKMÉ, MALLIKA & HADJI

Que le ciel te protège,
Te guide par la main,
Chasse tout sacrilège
Au loin de ton chemin,
Chasse tout sacrilège
Au loin de ton chemin.

NILAKANTHA

Que le ciel me protège,
Me guide par la main,
Chasse tout sacrilège
Au loin de mon chemin,
Chasse tout sacrilège
Au loin de mon chemin.

(Nilakantha sort.)

No. 2. Duo

LAKMÉ

(gaiement)

Viens, Mallika, les lianes en fleurs
Jettent déjà leur ombre
Sur le ruisseau sacré qui coule, calme et sombre,
Eveillé par le chant des oiseaux tapageurs!

MALLIKA

Oh! maîtresse,
C'est l'heure ou je te vois sourire,
L'heure bénie où je puis lire dans le cœur toujours fermé de Lakmé!

LAKMÉ

Dôme épais le jasmin,
A la rose s'assemble,
Rive en fleurs frais matin,
Nous appellent ensemble.
Ah! glissons en suivant
Le courant fuyant:
Dans l'on de frémissante,
D'une main nonchalante,
Gagnons le bord,
Où l'oiseau chante, l'oiseau, l'oiseau chante.
Dôme épais, blanc jasmin,
Nous appellent ensemble!

MILLIKA

Sous le dôme épais, où le blanc jasmin
A la rose s'assemble,
Sur la rive en fleurs riant au matin,
Viens, descendons ensemble.
Doucement glissons
De son flot charmant
Suivons le courant fuyant:
Dans l'on de frémissante,
D'une main nonchalante,
Viens, gagnons le bord,
Où la source dort
Et l'oiseau, l'oiseau chante.
Sous le dôme épais,
Sous le blanc jasmin,
Ah! descendons ensemble!

LAKMÉ

Mais, je ne sais quelle crainte subite,
S'empare de moi,
Quand mon père va seul à leur ville maudite;
Je tremble, je tremble d'effroi!

MALLIKA

Pourquoi le Dieu Ganeça le protège,
Jusqu'à l'étang où s'ébattent joyeux
Les cygnes aux ailes de neige,
Allons cueillir les lotus bleus.

LAKMÉ

Oui, près des cygnes aux ailles de meige,
Allons cueillir les lotus bleus.

Ensemble

LAKMÉ

Dôme épais le jasmin,
A la rose s'assemble,
Rive en fleurs frais matin,
Nous appellent ensemble.
Ah! glissons en suivant
Le courant fuyant:
Dans l'on de frémissante,
D'une main nonchalante,
Gagnons le bord,
Où l'oiseau chante, l'oiseau, l'oiseau chante.
Dôme épais, blanc jasmin,
Nous appellent ensemble!

MALLIKA

Sous le dôme épais, où le blanc jasmin
A la rose s'assemble,
Sur la rive en fleurs riant au matin,
Viens, descendons ensemble.
Doucement glissons
De son flot charmant
Suivons le courant fuyant:
Dans l'on de frémissante,
D'une main nonchalante,
Viens, gagnons le bord,
Où la source dort
Et l'oiseau, l'oiseau chante.
Sous le dôme épais,
Sous le blanc jasmin,
Ah! descendons ensemble!

(Elles remontent lentement vers la barque amarrée dans les roseaux.)

(Lakmé et Mallika montent dans la barque qui s'éloigne.)

LAKMÉ & MALLIKA

(dans le lointain)

Ah! ah! ah!

MISS BENTON

Miss Rose, Miss Ellen, respectez les clôtures.

ELLEN

Laissez-nous voir au moins par-dessus les bambous.

ROSE

La brèche est faite on peut passer!

GÉRARD

Voilà Mistress Bentson qui cout les aventures!

MISS BENTSON

C'est très irrégulier.

GÉRARD

Mais c'est très amusant!

FREDERIC

Dangereux quelquefois!

GÉRARD

Voilà ce qui nous tente!

MISS BENTSON

Mais moi, je dois être prudente comme gouvernante.

ELLEN

L'Inde est abominable!

GÉRARD

C'est un pays enchanteur puisqu'on y peut mourir en mordant une fleur.

FREDERIC

O poète, perdu dans le ciel où tu planes!
Reconnais-tu le lotus des Brahmanes? La pagode-cachée où l'on chante Brahma: nous sommes chez Nilakantha?

TOUS

Nilakantha!

GÉRARD

Ce Brahmane indompté qui souffle aux Indiens la haine vengeresse?

FREDERIC

Il a fait de sa fille une divinité--mieux mieux encore une charmeresse--qui se cache, dit-on, ainsi qu'une déesse dans ce doux paradis aux profanes fermé.
On la nomme Lakmé.

GÉRARD

Lakmé

No. 3. Quintette & Couplets

GÉRARD

Et vous croyez qu'elle est belle?

FREDERIC

Ravissante, dit-on!

ELLEN

Quand une femme est si jolie,
Elle a bien tort de se cacher.

FREDERIC\

Dans ce pays tout est folie
Et j'admets tout, moi, sans broncher.

GÉRARD

Une idole qu'on divinise!

ROSE

Que l'on enferme avec ferveur!

GÉRARD

Et qui jamais ne s'humanise!

MISS BENSON

Je la crois laide à faire peur!

ELLEN

Une femme est toujours sensible
Au juste hommage qu'on lui rend.

FREDERIC

En Europe, c'est bien possible;
Mais ici, c'est tout différent!

Ensemble

ELLEN & ROSE

Ah! beaux faiseurs de systèmes,
Amoureux du changement,
Laissez-là vos poèmes
Et raisonnons un moment.
Oui, les femmes sont partout les mêmes
Fort heureusement,
Les femmes sont les mêmes partout les mêmes
Fort heureusement, fort heureusement!

MISS BENSON

Ah! beaux faiseurs de systèmes,
Amoureux du changement,
Laissez-là vos poèmes
Et raisonnons un moment.
Partout les femmes sont les mêmes
Partout les femmes sont les mêmes
Fort heureusement!

GÉRARD

Ah! beaux faiseurs de systèmes,
Amoureux du changement,
Laissez-là vos poèmes
Et raisonnons un moment.
Partout les femmes sont toujours les mêmes
Partout les femmes sont les mêmes,
Heureusement,
Fort heureusement, fort heureusement!

FREDERIC

Je hais tous les systèmes,
J'observe tout simplement
Sans faire du poèmes,
J'observe tout simplement.
Les femmes ne sont pas partout les mêmes
Les femmes ne sont pas les mêmes,
Heureusement,
Fort heureusement, fort heureusement!

ELLEN

Si nous cherchions un peu sa trace
Dans cet enclos mystérieux?

FREDERIC

Oh! non! ce serait d'une audace
A faire bondir tous leurs Dieux!

ROSE

(railleuse)

A-t-elle une grâce divine?

FREDERIC

(sarcastic)

Mon Dieu! moi, je me l'imagine!

GÉRARD

(raillant)

Faudrait-il vivre à ses genoux?

MISS BENSON

(ironique)

Dites donc qu'elle est mieux que nous!

FREDERICK

Je ne dis pas cette sottise,
Non…
Mais, sous ce beau ciel de feu,
Les femmes, qui leur soleil grise,
Des nôtres différent un peu.
Leur vertu bizarre
Manque d'apparat;
L'amour s'en empare
Sans les ni contrat!
Ce n'est plus l'amour aux façons coquettes,
Ce n'est plus ce tendre et doux sentiment,
Un bonheur d'allures discrètes,
Qui finit très moralement.
Non, leur cœurs s'enivre
Du plaisir d'aimer
Et pour elles, vivre,
Ce n'est que charmer,
Vivre, c'est charmer!

ELLEN

(récit.)

Ce sont des femmes idéales,
Qui charment instantanément
Et nous leur paraîtrons banales,
Nous, qui voulons plaire autrement.
Nous sommes conquises avec moins d'éclat!
De peur des surprises
La raison combat.
Mais elles n'ont pas, vos enchanteresses,
Le effrois charmants des premiers aveux,
Ni les troubles, ni les ivresses
D'un bonheur que l'on rêve à deux!
Ces beautés célestes
Savant tout charmer,
Mais nous, plus modestes,
Nous savons aimer, nous savons aimer.

FREDERIC

Ne croyez pas que je compare!

ELLEN, ROSE & MISS BENSON

C'est votre esprit qui vous égare!

GÉRARD

Il est naïf en vérité!

FREDERIC

Je dis ce qu'on m'a raconté non, non,…

Ensemble

ELLEN, ROSE, MISS BENSON & GÉRARD

Vraiment son esprit s'égare,
C'est trop de naïveté
Quelle crédulité quelle crédulité!
Ah! beaux faiseurs de systèmes,
Amoureux du changement.
Laissez-là vos poèmes
Et raisonnons froidement.

FREDERIC

Je crois ce qu'on m'a raconté, ce qu'on m'a raconté!
Moi, je hais tous les systèmes.
J'observe tout simplement,
Sans faire de poèmes
J'observe tout simplement.

ELLEN & ROSE

Oui, les femmes sont partout les mêmes
Fort heureusement,
Les femmes sont les mêmes partout les mêmes
Fort heureusement, fort heureusement!
Gardez-vous de rien changer.
En amour c'est un danger.
Ah! (laissez-là vos beaux système) ah!
Partout les femmes sont bien les mêmes, les mêmes!

MISS BENSON

Partout les femmes sont les mêmes
Partout les femmes sont les mêmes
Fort heureusement!
Gardez-vous de rien changer.
En amour c'est un danger,
Ah! laissons-là ces beaux systèmes.
Partout les femmes, les femmes sont bien les mêmes, les mêmes!

GÉRARD

Partout les femmes sont toujours les mêmes
Partout les femmes sont les mêmes,
Heureusement,
Fort heureusement, fort heureusement!
Gardons-nous, de rien changer.
En amour c'est un danger,
Ah! laissez-là vos beaux systèmes,
Partout les femmes, les femmes sont bien les mêmes, les mêmes!

FREDERIC

Les femmes ne sont pas partout les mêmes
Les femmes ne sont pas les mêmes,
Heureusement,
Fort heureusement, fort heureusement!
Oui, parfois il faut changer.
Je n'y vois aucun danger.
Je ne veux suivre aucuns systèmes,
Partout les femmes, les femmes, ne sont pas les mêmes, les mêmes!

FREDERIC

Nous commettons un sacrilège qu'on indou ne pardonne pas!

GÉRARD

Qu'importe à des soldats!

FREDERIC

On tombe un jour sans bruit enfermé dans un piège!

MISS BENTSON

Partons! Partons!

ROSE

(apercevant les bijoux)

Oh! des bijoux!

MISS BENTSON

Suivez-moi!

ELLEN

Des bijoux ravissants!
Laissez-nous les voir!

MISS BENTSON

Non! non!

ELLEN

Quel dommage!

GÉRARD

Eh bien! j'en prendrai le dessin.

ELLEN

Vous resterez sans nous?

GÉRARD

Vous les mettrez le jour de notre mariage!

ELLEN

Pourtant, si c'était dangereux…

GÉRARD

Non!

FREDERIC

C'est très imprudent.
Ah! le vilain métier que celui d'homme sage!

No. 4a. Aria

GÉRARD

(récit.)

Prendre le dessin d'un bijou,
Est-ce donc aussi grave?
Ah! Frédéric est fou!

(Frederic, having beckoned to Gérard to follow him, shrugs and goes.)

Mais d'où vient maintenant cette crainte insensée?
Quel sentiment surnaturel
A troublé ma pensée
Devant ce calme solennel!
Fille de mon caprice,
L'inconnue est devant mes yeux!
Sa voix à mon oreille glisse
Des mots mystérieux.
Non! non!
Fantaisie aux divins mensonges, tu reviens m'égarer encor.
Va, retourne au pays de songes,
O fantaisie aux ailes d'or
O fantaisie aux ailes d'or!
Va! va! Retourne au pays des songes.
O fantaisie aux ailes d'or!

Au bras poli de la païenne
Cette annelet dut s'enlacer!
Elle tiendrait toute en la mienne,
La main qui seule y peut passer!
Ce cercle d'or
Je le suppose,
A suivi les pas voyageurs
D'un petit pied qui ne se pose
Que sur la mousse ou sur les fleurs..

Et ce collier encor parfumé d'elle,
De sa personne encor tout embaumé.
A pu sentir battre son cœur fidèle,
Tout tressaillant au nom du bien aimé,
tout tressaillant au nom du bien aimé.
Non! Non! Fuyez!
Fuyez, chimères.
Rêves éphémères
Qui troublez ma raison.
Fantaisie aux divins mensonges,
Tu reviens m'égarer encor.
Va, retourne au pays des songes,
O fantaisie aux ailes d'or.
O fantaisie aux ailes d'or.
Va! va! retourne au pays des songes,
O fantaisie aux ailes d'or, ô fantaisie, ô fantaisie aux ailes d'or!

No.4b. Scène

GÉRARD

Non! Je ne veux pas toucher à ces parures de jeune fille! Non! c'est une profantion!
Lakmé Elle s'appelle Lamké.
C'est elle, les mains pleins de fleurs. Lakmé! C'est elle!

(Il se cache, tout ému.)

LAKMÉ & MALLIKA

O toi qui nous protèges,
Garde-nous des pièges
De nos persécuteurs!

(Elles posent les fleurs.)

LAKMÉ

Et maintenant, dans cette eau transparente
Qui sur le sable d'or, murmure insouciante.
D'un soleil accablant viens braver les ardeurs.

MALLIKA

Oui, profitons de l'heure propice
Où les arbres touffus
Répandent sur la rive une ombre protectrice!

(Elle disparaît les arbres. Lakmé qui a fait un mouvement pour la suivre, s'arrête rêveuse.)

LAKMÉ

Mais je sens en mon cœur des murmures confus!

No. 5. Récitatif et strophes

LAKMÉ

Les fleurs me paraissent plus belles.
Le ciel est plus resplendissant!
Les bois ont des chansons nouvelles.
L'air qui passe est plus caressant.
Je ne sais quel parfum m'enivre.
Tout palpite et je commence à vivre.
Pourquoi?
Pourquoi dans les grands bois aimé-je à m'égarer
Pour y pleurer?
Pourquoi suis-je attristée au chant d'un colombe,
Pour une fleur fanée, une feuille qui tombe?
Et cependant ces pleurs ont des charmes pour moi,
Je me sens heureuse,
Je me sens heureuse,
Pourquoi?
Pourquoi chercher un sens au murmure des eaux
Dans les roseaux?
Pourquoi ces voluptés a sentir dans l'espace
Comme un souffle divin qui m'embaume et qui passe?
Parfois aussi ma bouche a souri malgré moi,
Je me sens heureuse,
Je me sens heureuse.
Pourquoi?

No. 5bis. Récititatif

LAKMÉ

(apercevant Gérard et poussant un cri)

Ah! Malllika! Mallika!

MALLIKA

(accourant)

Lamké!

HADJI

(accourant)

Quel danger te menace!

LAMKÉ

(maîtrisant son émotion)

Aucun! Je me trompais…
Tout m'effraie aujourd'hui!
Mon père ne vient pas, et pourtant l'heure passe…
Allez tous deux vers lui, allez!

(Mallika et Hadji sortent en la regardant avec étonnement.)

No. 6, Duo

LAKMÉ

(courroucée)

D'ou viens-tu?
Que veux-tu?
Pour punir ton audace
On t'aurait tué devant moi!

(à demi voix)

Mais je rougis de mon effroi!
Et je ne veux pas qu'on sache
Que le pied d'un barbare a souillé d'une tache
La demeure sacrée où père se cache!
Oublie et pour jamais ce qui frappe tes yeux,
Va-t'en! Va-t'en!
Va-t'en! je suis fille des Dieux!

GÉRARD

Oublier que je t'ai vue,
Te redressant toute émue
Sous un geste triomphant!
De colère frémissante,
Inflexible, menaçante,
Avec ce regard d'enfant!
Oublier que je t'ai vue
te redressant toute émue
Avec ce regard d'enfant!

LAKMÉ

Jamais le plus téméraire,
Jamais un hindou mon frère,
N'oserait parler ainsi!
Et ce Dieu qui me protège
Punira ton sacrilège,
Va-t'en, va t'en sors d'ici!

GÉRARD

Oublier que je t'ai vue!
Et cette grâce ingénue!
Et ce charme pénétrant!

Ensemble

GÉRARD

Ah! tu veux que je t'oublie,
Lorsque je sens que ma vie
A tes lèvres se suspend,
Oublier que je t'ai vue!
Et cette grâce ingénue!
Ah! tu veux que je t'oublie,
Lorsque je sens que je sens que ma vie
A tes lèvres se suspend!

LAKMÉ

D'où vient qu'à sauve.
De surprise émue,
Mon cœur est tremblant!
A sa vue,
de surprise émue,
Je sens en mon cœur
L'ardeur
D'une étrange fièvre ah! va-t'en!

Tu ne savais pas, sans doute,
Quel danger tu courrais!
Maintenant suis ta route,
Va! C'est la mort dont rien ne pourrait te garder, va!

GÉRARD

(très doux)

Laisse-moi! laisse-moi te regarder!

LAKMÉ

(à part)

C'est pour moi dont il sait la haine,
Et c'est pour me voir un instant
Qu'il brave la mort, qu'il l'attend!
Quelle force vers moi l'entraîne?

(à Gérard)

D'où te vient
Cette audace surhumaine?
Quel est le Dieu qui te soutient?

GÉRARD

Quel Dieu? quel Dieu?
Ah C'est le Dieu de la jeunesse,
C'est le Dieu du printemps,
C'est le Dieu qui nous caresse
De ses baisers ardents,
Par qui s'ouvrent les calices
Des roses chaque jour,
C'est le Dieu de tes caprices
C'est l'amour!

LAKMÉ

Il m'a semblé une flamme
Avait passé sur mon âme,
L'emplissant toute d'émoi!
Quels sont ces mots nouveaux pour moi? ah!

(cherchant à ses rappeler)

C'est le Dieu de la jeunesse,
C'est le Dieu du printemps,
C'est le Dieu qui nous caresse
De ses baisers ardents,
Par qui s'ouvrent les calices
Des roses chaque jour,
C'est le Dieu de mes caprices!
C'est l'amour.
C'est l'amour!

GÉRARD

Ah! reste, reste encor pensive et rougissante,
Laisse passer sur ta douce pâleur
Le charme enchanteur
De ta pudeur naissante!

LAKMÉ & GÉRARD

Ah!

(en élargissant)

C'est le Dieu de la jeunesse,
C'est le Dieu du printemps,
C'est le Dieu qui nous caresse
De ses baisers ardents,
Par qui s'ouvrent les calices
Des roses chaque jour,
C'est le Dieu de mes (tes) caprices, c'est l'amour!
C'est le Dieu de la jeunesse, c'est l'amour!

LAKMÉ

Grands Dieux! voici mon père!
Fuis! Par pitié par pitié!

(suppliant)

Par pitié…pour moi!

GÉRARD

(s'éloignant sans lui répondre)

Non! je ne t'oublierai plus, ô douce vision!

No. 6bis. Scène

HADJI

(montrant au Brahmane la clôture brisée)

Viens! là! là!

NILAKANTHA

(avec indignation)

Dans ma demeure!
Un profane est entré chez moi!

LAKMÉ

Je meurs d'effroi!

NILAKANTHA

Il faut qu'il meure!
Vengeance! Vengeance!

NILAKANTHA & LES HINDOUS

Vengeance!

Entr'acte

No. 7. Chœur et scène du marché

(Place publique d'une ville Hindoue. De nombreuses boutiques, des bazars, des étalages d'étoffes. Au fond, une pagode. C'est l'heure du marché.)

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Allons, avant que midi sonne,
Venez, on ne vend plus, on donne,
Jamais nous ne trompons personne.
Venez, le marché va finir.
Venez car nous allons partir.
Allons, avant que midi sonne,
Venez, on ne vend plus, on donne,
Venez, le marché va finir, nous allons bientôt partir.
Venez, le marché va finir,
Le marché va finir!

HINDOUS

Admirez cette babouche!

CHINOISE

Gâteaux exquis à la bouche!

HINDOUS

Et ce mouchoirs merveilleux!

CHINOIS

Et ravissants pour les yeux!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Voyez ces fraîches bananes
Et ces feuilles de bétel.
Belles nattés de lianes!
Goûtez ces rayons de miel!
Admirez cette babouche!
Gâteaux exquis à la bouche!
Charmant les eux!

6 MATELOTS

(frappant sur une table)

Servirez-vous les profanes,
Fils de Brahma, Roi du ciel!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Regardez-moi,
Ecoutez-moi!
Répondez-moi,
Achetez-moi!

6 MATELOTS

Servirez-vous les profanes,
Fils de Brahma, Roi du ciel!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Accordez-moi la préférence!
Profitez de notre présence.

6 MATELOTS

Allons! servez! O fils de Brahma!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Regardez-moi,
Ecoutez-moi!
Achetez-moi!
Ah!
Allons, avant que midi sonne,

6 MATELOTS

Quand midi sonne,

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Venez, on ne vend plus, on donne,

6 MATELOTS

Il faut partir.

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Jamais nous ne trompons personne.

6 MATELOTS

Comment personne
Ici ne vient nous servir!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Venez, le marché va finir.
Venez car nous allons partir.
Allons, avant que midi sonne,

6 MATELOTS

Comment personne

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Venez, on ne vend plus, on donne,

6 MATELOTS

Pour nous servir!
Faut-il qu'on vous bâtonne!
Allons! allons! hâtez-vous de venir!

MARCHANDS CHINOIS ET HINDOUS

Venez, le marché va finir,
Nous allons bientôt partir.
Venez, le marché va finir, le marché va finir!

MISS BENSTON

(égarée dans la foule)

Ces égoïstes,
Peu formalistes,
Causent de leurs amours
Et me perdent toujours!

DOMBEN

(presque parlé)

Madame, le bonne aventure!

MISS BENSON

Laissez-moi je vous conjure.

CHINOIS

Voyez ces bijoux dorés.

MISS BENSON

Monsieur, vous m'exaspérez!

KOURVAR

Laissez madame, on la désole.

MISS BENSON

Ah! merci!

(presque parlé)

Mais il me vole!

DOMBEN

Je vais lire dans votre main
Quel bonheur vous attend demain.

MISS BENSON

Mais monsieur! laissez-moi tranquille!

CHINOIS

Cet élixir rend la santé.
Et donne aux femmes la beauté

MISS BENSON

Merci, monsieur, c'est inutile!

KOURAVAR

(lui volant son mouchoir)

Chacun son lot!

CHINOIS

Encore un mot! Encore un mot!
Encore un mot, encore un mot!

DOMBEN

A moi plutôt!
A moi plutôt! A moi, plutôt!

KOURAVAR

Chacun son lot! Chacun son lot, son lot!

MARCHANDS HINDOUS ET CHINOIS

A moi plutôt!

MISS BENSON

(furibonde)

Assez!

(parlato)

Je suis le gouvernante
De la fille du Gouverneur!

FREDERIC

(accourant)

C'est Mistress Benson en fureur!

ROSE

(accourant)

C'est Mistress Benson, qu'avez-vous?

FREDERIC

Qu'avez-vous?

MISS BENSON

On me violenté!

Ensemble

MERCHANDS HINDOUS ET CHINOIS

Venez avant que midi sonne,
Ici l'on ne vend plus, on donne
Nous allons bientôt partir,
Venez, le marché va finir,
Vite, avant que midi sonne,
Ici l'on ne vend plus, on donne,
Nous allons bientôt partir
Venez, le marché va finir,
Venez, le marché va finir!

FREDERIC

Faut-il s'effrayer de la sorte
Pour quelques honnêtes marchands
Trop pressants!

ROSE

Faut-il s'effrayer de la sorte
Pour quelques honnêtes marchands
Trop pressants!

MISS BENSON

Voilà qu'ils font les innocents!
Et c'est ma montre qu'on emporte!
Ciel! quel est ce nouveau tapage!
Trop tard! Trop tard!

FREDERIC

C'est le signal du départ.
La marché déménage.
C'est le départ!

ROSE

Le marché déménage!
C'est le départ!

6 MATELOTS & LES MARCHANDS HINDOU ET CHINOIS

C'est le signal du départ!

Ensemble

LES MARCHANDS HINDOU ET SHINOIS

Voilà déjà que midi sonne,
Venez, on ne vend plus, on donne.
Jamais nous ne trompons personne.
Venez, le marché va finir, et maintenant il faut partir.
Ecoutez-moi,
Achetez-moi,
Accordez-moi la préférence,
C'est pour finir!
Il faut partir!
Voilà déjà midi qui sonne,
La marché doit finir!

6 MATELOTS

Voilà midi qui sonne,
Partez, on l'ordonne!
Faut-il qu'on vous bâton!
Allons, il faut partit,
Délivre-nous de ta présence,
O sotte engeance!
Car c'est la loi!
Pour obéir
Il faut partir
Quand midi sonne,
Le marché doit finir!

MISS BENTSON

Ils sont assourdissants!
Je demande du calme, un peu de calme!

FREDERIC

If faudra y renoncer pour aujourd'hui
Mistress Benston.

No. 7bis. Récitatif

ROSE

Moi, j'adore ce tapage!

MISS BENTSON

Cependant, le marché est fini.

FREDERIC

Mais la fête commence!

MISS BENTSON

Et que vont-ils faire encore?

FREDERIC

Ils vont danser sur toutes les places, et changer à tous les coins de rue.
La foule se plaît à aller de l'un à l'autre--tantôt ici, tantôt là,
C'est très amusant!

MISS BENTSON

Mais nous avons perdu Miss Ellen!

FREDERIC

Elle est sous la garde de son fiancé.

ROSE

Oh! elle ne court aucun danger.
Ah! Voici les danseuses!

MISS BENTSON

Quelles danseuses?

FREDERIC

N'avez-vous jamais entendu parler des bayadères de l'Inde?

MISS BENTSON

Que font-elles ordinairement?

FREDERIC

Elles vivent dans les pagodes pour le plus grande joie des prêtres de Brahma.

MISS BENTSON

Ce sont des vestales!

FREDERIC

Si vous voulez. Ce sont des vestales qui n'ont rien à garder!

MISS BENTSON

Oh! Shocking!

No. 8. Airs de danses

Introduction
Terána
Rektah
Persian

Coda, avec chœurs

LA FOULE

Ah!
Pour nos yeux charmés
Dansez encor, filles des cieux.
Ah!
De notre danse doublez l'essor,
Ah! tournez encor,
Plus vite encor, plus vite encor
Par la danse entraînante,
Par la danse enivrante,
Charmez nos yeux,
Filles des cieux!

Sortie

(Les Bayadères sortent suives de la foule. Nilakantha, revêtu du costume de Sanniassy, ou pénitent hindou, passe au fond, accompagné de sa fille.)

No. 8bis. Récitatif

ROSE

Voyez donc ce vieillard et cette jeune fille.

FREDERIC

C'est un Sanniassy.

ROSE

Comme son regard brille!

FREDERIC

Il va dans la ville quêtant de modestes offrandes et sa fille dira ces pieuses légendes que les Indiens aiment tant.

MISS BENSTON

Ah! Miss Ellen, Enfin!

FREDERIC

Toute joyeuse au bras de son fiancé.

No. 9. Scène et stances

NILAKANTHA

C'est un pauvre qui mendie,
Une diseuse de chansons.

(Frédéric et Rose passent avec indifférence.)

Cette foule étourdie
S'éloigne quand nous passons!
Sous ce vêtement misérable
voit-on le justicier qui poursuit un coupable!
Ces Anglais sentent-ils tout leur sang si figer
En lisant sur mon visage
Que je vais me venger!

LAKMÉ

(timidement)

Brahma nous défend-il d'oublier un outrage?

NILAKANTHA

L'outrage d'un étranger!

Stances

(avec beaucoup de tendresse)

Lakmé, ton doux regard se voile,
Ton sourire s'est attristé
Comme on voit pâlir une étoile,
Une ombre assombrit la beauté,
C'est que Dieu de nous se retire,
C'est qu'il attend la mort du criminel,
Mais je veux retrouver ton sourire,
Oui, je veux retrouver ton sourire,
Et dans tes yeux, et dans tes yeux
Je veux revoir le ciel!

Le cœur rempli d'ardentes fièvres,
J'ai voulu t'écouter dormir!
Un rêve passait sur tes lèvres
Et je voyais ton front rougir.
C'est que Dieu de nous se retire,
C'est qu'il attend la mort du criminel
Mais je veux retrouver ton sourire,
Oui, je veux retrouver ton sourire
Et dans tes yeux,
Et dans les yeux je veux revoir le ciel!

No. 9bis. Récitatif

LAKMÉ

Ah!
C'est de ta douleur que je me sens émue,
Ma gaîté reviendra!
Vois,
Elle est revenue.

NILAKANTHA

(d'une voix contenue)

Si ce maudit s'est introduit chez moi,
S'il a brave la mort pour arriver à toi,
Pardonne-moi ce blasphème,
C'est qu'il t'aime!

(avec beaucoup de sentiment)

Toi, ma Lakmé,
Toi, la fille des dieux.
Il va triomphant par la ville,
Nous allons retenir cette coule mobile,
Et, s'il te voit, Lakmé,
Je lirai dans ses yeux!
Affermis bien ta voix!
Sois souriante,
Chante!
La vengeance est là!

No. 10. Scène et légende de la fille du Paria
(Air de cloches)

LAKMÉ

(senza rigore di tempo)

Ah!

(Les Hindous se rapprochement peu à peu.)

NILAKANTHA

Par les dieux inspirée,
Cette enfant vous dira
La légende sacrée
De la fille du Paria…

LES HINDOUS

Ecoutons la légende, écoutons!

LAKMÉ

(presque en récitatif)

Où va le jeune Indoue,
Fille des Parias,
Quand la lune se joue
Dans les grands mimosas?
Quand la lune se joue
Dans les grands mimosas?
Elle court sur la mousse
Et ne se souvient pas
Que partout on repousse
L'enfant des parias.
Elle court sur la mousse,
L'enfant des parias;
Le long des lauriers roses,
Rêvant de douces choses,
Ah!
Elle passe sans bruit
Et riant à la nuit à la nuit!

Là-bas dans la forêt plus sombre,
Quel est ce voyageur perdu?
Autour de lui des yeux brillent dans l'ombre,
Il marche encore au hasard éperdu!
Les fauves rugissent de joie,
Ils vont se jeter sur leur proie
La jeune fille accourt et brave leurs fureurs,
Elle a dans sa main la baguette
Où tinte la clochette, où tinte la clochette
Des charmeurs.

(imitant la clochette)

Ah! ah! ah!

L'étranger la regarde,
Elle reste éblouie,
Il est plus beau que les Rajahs!
Il rougira s'il sait qu'il doit la vie
A la fille des parias.
Mais lui, l'endormant dans un rêve,
Jusque dans le ciel il l'enlève,
En lui disant: ta place est là!
C'était Vishnou, fils de Brahma!
Depuis jour au fond des bois,
Le voyageur entend parfois
Le bruit léger de la baguette
Où tinte la clochette,
Où tinte la clochette
Des charmeurs.

(imitant la clochette)

Ah! ah! ah!

No. 11. Scène

NILAKANTHA

(récit.)

(à part)

La rage me dévore,
Il n'est pas venu,
Je l'aurais reconnu!

(à sa fille)

Chante! Chante encore!

LAKMÉ

(hésitante)

Mon père!

NILAKANTHA

Chante! Chante encore!

LES HINDOUS

Ah! chante encore!

(Quelques officiers paraissant au fond. Gérard et Frédéric sont avec eux.)

NILAKANTHA

(à mezzo voce)

Chante! chante!

LAKMÉ

(récit.)

Où va le jeune Indoue,
Fille des parias,

(Elle aperçoit Gérard qui ne l'a pas encore vue.)

(très émue)

Quand la lune se joue
Dans les grands momosas…

NILAKANTHA

Encor!

LAKMÉ

Elle court sur la mousse et ne se souvient pas…

NILAKANTHA

Encor!

LAKMÉ

(se troublant de plus en plus)

…ah!

NILAKANTHA

Chante!

LAKMÉ

…ah!

NILAKANTHA

Encor!

LAKMÉ

(Poussant un cri en voyant Gérard qui s'approche)

Ah! ah!

GÉRARD

(s'élançant pour la soutenir)

Lakmé

NILAKANTHA

(s'emparent de sa fille)

C'est lui!

LES HINDOUS

Qui la trouble ainsi!

LAKMÉ

(cherchant à maîtriser son émotion)

C'est un mal que j'ignore,
Ce n'est rien!
C'est fini…
Je veux…
Je veux chanter encore.

(d'une voix faible)

Ah!

GÉRARD

La fille du Brahmane!

FREDERIC

Ici!

LAKMÉ

Ah!

NILAKANTHA

(à sa fille)

Ah! Brahma t'inspirait, l'étranger s'est trahi!

LAKMÉ

(faiblissant)

Ah!

GÉRARD

(avec émotion)

C'est Lakmé, c'est elle!

FREDERIC

Sois prudent.

GÉRARD

Laisse-moi!
Laisse-moi la revoir.

FREDERIC

On nous appelle!

GÉRARD

Attends!

LES HINDOUS

Les soldats! Les soldats!

FREDERIC

Par cette enfant es-tu donc retenu?

GÉRARD

Non! non!

(Ils s'éloignent.)

NILAKANTHA

(récit)

Je le connais!
Je le connais!
Dieu nous est revenu!

(Des soldats Anglais défilent au fond du théâtre, fifre et tambours en tête.

La foule les accompagne et s'éloigne lentement.

Le Brahmane et les conjurés se groupent sur le devant de la scène.)

No. 12 Scène et Chœur

NILAKANTHA

(mystérieusement aux conjurés)

Au milieu des chants d'allégresse,
Quand la foule suivra
Le cortège de la Déesse,
Mon regard le désignera.
Des siens séparant le coupable,
Sans bruit, pas à pas, vous irez.

CONSPIRATEURS

Des siens séparant le coupable,
Sans bruit, pas à pas, nous irons.

NILAKANTHA

Et dans un cercle infranchissable,
Lentement vous l'enfermerez.

CONSPIRATEURS

Et dans un cercle infranchissable,
Lentement nous l'enfermerons,

NILAKANTHA & CONSPIRATEURS

Lentement nous enfermerons.

CONSPIRATEURS

Lentement nous l'enfermerons.

NILAKANTHA

Alors éloignez-vous sans crainte.
Je serai là!
J'ai préparé mon bras pour cette tâche sainte,
Et c'est moi qui le frapperai!
Et c'est moi qui le frapperai!

CONSPIRATEURS

Des siens séparant le coupable,
Sans bruit, pas à pas, nous irons,
et dans un cercle infranchissable,
Lentement nous l'enfermerons,
Lentement vous l'enfermerons!

LAKMÉ

O mon père,
Je te suivrai.

NILAKANTHA

Non! mon cœur, qui n'a jamais faibli,
Se troublerait près de toi…
Non!
Reste, reste avec Hadji!

(Les conjurés et le Brahmane sortent lentement; Lakmé reste seule avec Hadji.)

No. 12bis. Récitatif

HADJI

Le maître ne pense qu'à sa vengeance.
Il n'a pas vu couler tes larmes, ô maîtresse, mais Hadji étiat là.
Hadji sait lire sur les visages: il sait quelle trace y laisse la douleur.
Il t'apparient et la vie d'Hadji ne compte pas.
Quand tu étais enfant, j'allais défier les tigres dans les forêts sauvages pour cueiller la fleur que tu aimais…
J'allais au fond de la mer chercher pour toi une perle plus belle que toutes les perles.
Aujourd'hui tu es femme, ta pensée a d'autres caprices, ton cœur a d'autres désirs.
Si tu as un ennemi à punir, parle!
Si tu as un ami à sauver, ordonne!

No. 13. Duo

GÉRARD

Lakmé! Lakmé!
C'est toi!
C'est toi qui viens à moi!

(avec ferveur)

Dans le vogue d'un rêve,
Je t'ai vue en passant,
Le voile se soulève
Et l'idole descend,
Je subis ta puissante,
Par ton charme enchaîné,
Et je vais sans défense
Vers le ciel entraîné.

LAKMÉ

(tristement)

Mon ciel n'est pas le tien
Le Dieu que tu révères
N'est pas celui que je connais;
Au mien si je te ramenais,
Tout les Hindous, nos frères,
Devraient te protéger.

(en hésitant un peu)

Tu me courrais aucun danger!

GÉRARD

Viennent tous les dangers du monde!
Dans l'ivresse profonde
Où ma raison se perd,
Verrais-je sous mes pas
Un abîme entr'ouvert.
Quand de tes longs cheveux
doucement tu m'effleures?

LAKMÉ

(résolument)

Je ne veux pas que tu meures!

GÉRARD

(avec passion)

Ah! c'est l'amour endormi
Qui de son aile t'effleure,
Et ton cœur s'est raffermi,
Tu ne veux pas que je meure!
Ah! c'est l'amour endormi
Qui de son aile t'effleure,
Et ton cœur s'est raffermi,
Tu ne veux pas que je meure!

LAKMÉ

Hélas! c'est un ennemi
Dont le souffle ardent m'effleure,
Tout mon être a frémi,
Mais je ne veux pas qu'il meure!
Hélas! c'est un ennemi
Dont le souffle ardent m'effleure, ah!
Je ne veux pas qu'il meure!

GÉRARD

Ah! ton cœur s'est raffermi,
Tu ne veux pas que je meure!

LAKMÉ

(mystérieusement)

Dans la forêt près de nous,
Se cache toute petite,
Une cabane en bambous
Qu'un grand arbre vert abrite,
Comme un nid d'oiseaux peureux,
Dans les lianes posée
Et sous les fleurs écrasé,
Elle attend des gens heureux,
Dans les lianes posée,
Et sous les fleurs écrasée,
Elle attend des gens heureux.
Elle échappe à tous les yeux,
Dehors, rien ne la révèle,
Le grand bois silencieux
qui l'enferme est jaloux d'elle,
C'est là que tu me suivras.
Toujours à l'aube naissante
Je reviendrai souriante,
Et c'est là que tu vivras!

GERALD

(répétant les paroles de Lakmé)

Toujours à l'aube naissante,
tu reviendras souriante

LAKMÉ

Je viendrai souriante

GÉRARD & LAKMÉ

Et c'est là que tu vivras!

GÉRARD

(avec passion)

O douce enchanteresse,
Parle, parle toujours!

LAKMÉ

Ah! viens! viens! le temps presse
et les instants sont courts!

GÉRARD

Tu veux que je me cache,
Tu ne peux pas savoir
Qu'ici l'honneur m'attache,
L'honneur et le devoir.

LAKMÉ

Lakmé t'implore et te supplie!

GÉRARD

Demande moi plutôt ma vie!

LAKMÉ

Ai-je donc perdu mon pouvoir?

GÉRARD

Ah! Lakmé, tu pleures!

LAKMÉ

(avec beaucoup d'élan)

Je ne veux pas que tu meures!

GÉRARD

Ah! c'est l'amour endormi
Qui de son aile t'effleure,
Et ton cœur s'est raffermi,
Tu ne veux pas que je meure!

Ensemble

LAKMÉ

Hélas! c'est un ennemi
Dont le souffle ardent m'effleure, ah!
Je ne veux pas qu'il meure!

GÉRARD

Tu ne veux pas que je meure!
Ah! ton cœur s'est raffermi,
Tu ne veux pas que je meure,
Lakmé, que je meure!

LAKMÉ

Ah! je ne veux pas qu'il meure, qu'il meure!
C'est fini, les nôtres sont là!
Voici la déesse Dourga!

No. 14 Finale

Chant des Brahamanes

BRAHAMANES

(Basses)

O Dourga, toi qui renais
Dans les flots du Gange,
A nos yeux, viens apparais
Toi par qui tout change.
Dourga, entends nos voix!
Dourga, entends nos voix!

Déesse d'or, entends nos voix,
Que ton bras nous protège.
Tu nous souris et tu nous vois
Saluant ton cortège.

O Dourga, toi qui renais
Dans les flots du Gange,
A nos yeux, viens apparais
Toi par qui tout change.

(Les Brahmanes et les Bayadères entrent dans la Pagode.)

ELLEN

Voyez cette ville en fête!

ROSE

Et ces cris, ces cris et ces hourras.

MISS BENTSON

Ils ont tous perdu la tête
Pour leur déesse aux dix bras!

ELLEN & ROSE

Ils ont tous perdu la tête
Pour leur déesse aux dix bras!

FREDERIC

(qui rejoint Gérard)

C'est pour admirer la Déesse
Que tu nous as quittés ainsi?

GÉRARD

(préoccupé)

Oui! leur fête m'intéresse.

FREDERIC

(souriant)

La fille du Brahmane a passé par ici.

GÉRARD

(éclatant)

C'est un fête, une folie
qui passe et qu'on oublie,
Mais dans mon cœur révolté
Je sens avec épouvante
Que Lakmé seule est vivante,
Je n'y vois que sa beauté!

BRAHAMANES dans la Pagode

(Basses)

O Dourga, toi qui renais
Dans les flots du Gange,
A nos yeux, viens apparais
Toi par qui tout change.

(Sopranos et Ténors)

Dourga, entends nos voix!
Dourga, entends nos voix!

FREDERIC

(gaîment)

Je te ferais une belle morale,
Si nous ne partions pas demain.
Mais le guerre a du bon,
Cette fille idéale
Ne sera plus sur ton chemin.

(Le cortège sort de la Pagode, escortant la statue de la Déesse Dourga.)

ELLEN, ROSE & MISS BENTSON

Comment fuir ce tapage?
Ils ont juré tous je le gage,
De nous étourdir du soir au matin!

BRAHAMANES

(Basses)

O Dourga, toi qui renais
Dans les flots du Gange,
A nos yeux, viens apparais
Toi par qui tout change.

Dourga, entends nos voix!
Dourga, entends nos voix!

Déesse d'or, entends nos voix,
Que ton bras nous protège.
Tu nous souris et tu nous vois
Saluant ton cortège, ton cortège.

O Déesse, viens encor,
Viens, que ton bras nous protège.
Apparais, apparais ô Dourga! viens! entends-nous, ô Dourga!

(Nilakantha désigne Gérard aux conjurés.)

GÉRARD

C'est un rêve, une folie
Qui passe et qu'on oublie,
Mais dans mon cœur révolté
Je vois avec épouvante
Que Lakmé seule est vivante,
Je n'y vois que sa beauté!

(Gérard frappé par Nilakantha pousse un cri et tombe.)

LAKMÉ

Ils l'ont tué!
Hadji!
Chut!

(Elle s'approche de Gérard et voit qu'il est seulement évanoui..)

Ils croient leur vengeance assouvie!

(se penchant vers Gérard)

Tu m'appartiens pour toujours,
Je ne vivais que de ta vie,
Dieu protège nos amours!
Dieu protège nos amours!

-- ACTE 3 --

Entr'acte

No. 15. Berceuse

(Une partie de forêt de l'Inde, dans laquelle on aperçoit une sorte de cabane en bambous perdue sous les lianes et les fleurs. Gérard est étendu sur un lit de feuillage. Lakmé épie son sommeil.)

LAKMÉ

Sous le ciel tout étoilé
Le ramier blanc au loin s'en est allé.
Ah! reviens, ma voix t'appelle,
Mon doux ami, reviens, ferme ton aile,
Sous le ciel tout étoilé
Le ramier blanc au loin s'en est allé.
Il dort!
Puisse encor un moment
Ma naïve chanson le bercer doucement.
Puisse-t-il de moi reposer un moment!
Sous le ciel tout étoilé
Le ramier blanc au loin s'en est allé.
Sa compagne qui l'appelle,
N'entendra plus jamais battre son aile.
Sous le ciel tout étoilé
Le ramier blanc au loin s'en est allé.
Ah! reviens! Ah!

No. 15. Récitatif

GÉRARD

(ouvrant les yeux)

Quel vague souvenir alourdit ma pensée?
Et sur ma poitrine oppressée
Quel rêve s'est appesanti?
Sous un charme accablant…je reste anéanti.
Je me souviens, la ville était en fête,
J'allais dans mon extase, à demi réveille,
Quand l'éclair d'un poignard à mes yeux a brillé
Et la nuit s'est faite.

LAKMÉ

(se penchant vers lui)

Alors Hadji, dans l'ombre se glissant,
T'a transporté sous ce toit de verdure.
J'ai ramené la vie à ton front pâlissant,
Les filles de ma caste apprennent en naissant
Comment le suc des fleurs guérit une blessure.

GÉRARD

Je me souviens, sans voix, inanimé,
Je te voyais, sur mes lèvres penchée,
Mon âme à tes regards toute entière attachée,
Revivait sous ton souffle, ô ma douce Lakmé!

No. 16. Cantilène

GÉRARD

Lakmé! Lakmé!
Ah! Viens, dans la forêt profonde
L'aile de l'amour a passé,
Et, pour nous séparer du monde,
Sur nous le ciel s'est abaissé.
Ah! Viens, dans la forêt profonde
Pour nous faire oublier le monde
L'aile de l'amour a passé.
Ces fleurs courant capricieuses
Ont des senteurs voluptueuses
Qui jettent au cœur a molli
L'ivresse et l'oubli.
Ah! viens dans la forêt profonde,
Pour jamais faire oublier le monde
L'aile de l'amour a passé,
L'aile de l'amour a passé!

No. 17. Scène et chœur

LAKMÉ

Là, je pourrai t'entendre,
Nous vivrons tous les deux
Et je pourrai t'apprendre
L'histoire de nos Dieu;
Nous chanterons en semble
Ces Dieux fois bénis,
Devant lesquels tout tremble,
Qui nous ont réunis,
et ton âme enflammée
De bonheur s'emplira
Sur la terre charmée
Que protège Brahma!

CHŒUR DES COURTISANS

(dans la coulisse)

Ah!

GÉRARD

Ecoute!
On passe sur la route
Qui longe la forêt.

LAKMÉ

Personne ici ne nous découvrirait!

CHŒUR
(COUPLES D'AMOUREUX)

Descendons la pente
Doucement
La source qui chante
Nous attend
Près de son murmure,
Deux à deux,
Puisons l'onde pure
Sous les cieux.
Descendons la pente
Doucement,
La source qui chante
Nous attend.

AUTRES COUPLES

Ah!

GÉRARD

Quel est ce chant plein de tendresse
Qui passe comme une caresse?

LAKMÉ

Ce sont des couples amoureux
Qui par les doux chemins ombreux
Vont à la source vénérée,
Pour puiser l'eau sacrée,
Chère aux amants heureux.

(gravement)

Quand ils ont effleuré, de leurs lèvres brûlantes,
La même coupe, ils sont unis, ils sont unis et pour toujours.
Et les déesses bienfaisantes
Veillent sur leurs amours.

Ensemble

GÉRARD

Et les déesses bienfaisantes
Veillent sur leurs amours.

LAKMÉ

Les déesses bienfaisantes
Veillent sur leurs amours.

CHŒUR
(COUPLES D'AMOUREUX)

Descendons la pente
Doucement
La source qui chante
Nous attend
Près de son murmure,
Deux à deux,
Puisons l'onde pure
Sous les cieux.
Descendons la pente
Doucement,
La source qui chante
Nous attend.

AUTRES COUPLES

Ah!

LAKMÉ

Nous ne pourrions sans crainte
Suivre ces amoureux
Tous les deux,
Mais à la source sainte
J'irai seule pour toi.
Attends-moi!

GÉRARD

O douce tentatrice!

LAKMÉ

Attends-moi!

(Elle s'éloigne.)

GÉRARD

(la suivant des yeux)

Je vis de ton caprice
Et de ta volonté.

FREDERIC

(paraissant)

Vivant!

GÉRARD

(parlé)

Ah!

FREDERIC

(avec émotion)

J'ai marché sous les hautes fougères
Qu'on venait de froisser, j'ai vu sur les bruyères
Et sur la mousse au reflet blanc,
Des gouttes de sang!
Je t'ai cru mort!
Que fais-tu là?

GÉRARD

Je rêve!

FREDERIC

Quand les nôtres vont partir?

GÉRARD

Laisse-moi me souvenir…

FREDERIC

Quand le pays tout entier se soulève!

GÉRARD

Hier, on m'a frappé!
Lakmé m'a sauvé!

FREDERIC

La fille du Brahmane?

GÉRARD

Elle m'a fait revivre dans un monde où je reste éperdu…sans force…ivres
De son charme et de son amour!

FREDERIC

Ah! je connais ces ivresses d'un jour!
Elle te parait charmante,
Livrant toute son âme aux amours inconstants,
Cette fille de l'Inde, ardente et frémissante, ardente et frémissante
Sous les caresse du printemps!

GÉRARD

(avec passion)

Non! c'est un cœur qui s'éveille et se donne,
C'est un amour naissant que la pudeur étonne.

FREDERIC

Allons, il faut la fuir, la fuir à l'instant même!
Garde-toi d'un remords, si tu crois qu'elle t'aime…
Ces enfants-là ne savent pas souffrir.

GÉRARD

Je l'envelopperai si bien de ma tendresse…

FREDERIC

Et miss Ellen?

GÉRARD

Je subis le pouvoir d'une enchanteresse…

FREDERIC

Et…ton devoir?

GÉRARD

Mon devoir?

FREDERIC

(avec chaleur)

Et notre passion, à nous tous, la meilleure;
Notre honneur de soldat!
C'est demain qu'on se bat!

GÉRARD

Demain!

FREDERIC

Nous partons…nous partons dans une heure!

GÉRARD

(avec résolution)

J'y serai!

FREDERIC

Je t'ai retrouvé! retrouvé!

GÉRARD

J'y serai!

(regardant au fond)

C'est Lakmé! C'est Lakmé qui m'apporte l'eau sainte!

FREDERIC

Oh! maintenant tu peux la voir, je suis sans crainte
Et je t'attends!

(en sortant)

Il est sauvé!

No. 19. Duo

LAKMÉ

Ils allaient deux à deux
Et les mains enlacées,
Les jeunes amoureux.
Moi, je marchais près d'eux,
Seule avec mes pensées.
L'allais, le cœur tout en émoi,
Comme eux de tendresse altérée.
Et maintenant écoute-moi.

(religieusement)

Quand à la même coupe on a bu l'eau sacrée,
Ou reste pour toujours unis!

(Elle le regarde attentivement.)

(frappée de stupeur)

Ce n'est plus toi!
Ce n'est plus toi!

GÉRARD

Lakmé!

LAKMÉ

Ah! Ce n'est plus toi!

Quand tu parlais, ton âme
Sur tes lèvres se posait,
Ton regard n'a plus la flamme
Qui m'embrasait,
Sur ton visage un nuage a passé
Et l'a glacé!

GÉRARD

N'es-tu plus l'enfant charmante
Pour qui j'ai tout oublié?

LAKMÉ

Ce n'est plus toi!

GÉRARD

Es-tu moins belle et moins aimante!

LAKMÉ

Ce n'est plus toi!

GÉRARD

Moins belle et moins aimante!

LAKMÉ

(gravement)

Veux-tu qu'à mon destin ton destin lié?

GÉRARD

Je veux ce que tu veux,
Je veux ce que t'inspire
Ton caprice, je veux, je veux te voir sourire.

LAKMÉ

Quel que soit le Dieu clément
Dont tu bénis la puissance,
Quelle que soit ta croyance,
Tu sais ce que vaut un serment!

GÉRARD

(presque parlé)

Ciel!

(Fifres dans la coulisse)

CHŒUR DES SOLDATS

(au lointain dans la coulisse)

Alerte!

GÉRARD

Nos soldats!

CHŒUR DES SOLDATS

Alerte!
Courage!

LAKMÉ

Jure!

CHŒUR DES SOLDATS

Courage!

GÉRARD

Ce sont eux!

CHŒUR DES SOLDATS

Marchons le cœur content.
Marchons en chantant.

LAKMÉ

Jure!
Et tu m'appartiendras!

GÉRARD

Lakmé!

LAKMÉ

Tu n'oses pas!

CHŒUR DES SOLDATS

Hardi voyage,
Chansons et combats
Sont le partage
Des vrais soldats.
Vers notre mère
Allez triomphants
Vers l'Angleterre
Voyez, nos chants!

LAKMÉ

C'est là-bas que va sa pensée!
Son cœur a tressailli,
Et sa patrie à ses yeux s'est dressée!

(avec déchirement, après avoir essayé vainement d'attirer son regard. Pendant que Gérard écoute, Lakmé va cueillir une fleur de Datura et la mord en souriant, sans que Gérard aperçoive.)

GÉRARD

Lakmé! Lakmé! Qu'as-tu?

LAKMÉ

(avec tendresse)

tu m'as donné le plus doux rêve
Qu'on puisse avoir sous notre ciel,
Reste encore, pour qu'il s'achève,
Ici, loin de monde réel.
Tu m'as dit des mots de tendresse,
Que les Indous ne savent pas,
C'est toi qui m'as appris l'ivresse
Des aveux murmurés tout bas, murmurés tout bas.
Ah! Tu m'as donné le plus doux rêve
Qu'on puisse avoir sous notre ciel
Reste encore pour qu'il s'achève,
Ici, loin du monde réel,
Loin du monde réel!

GÉRARD

Ce que je lis sur ton visage,
Ma Lakmé, me glace d'effroi!
De tout, mon âme se dégage
Et je ne serai plus qu'à toi!

LAKMÉ

Ah! maintenant je veux te croire.
Voici la coupe où je vais boire.

(Elle y trempe se lèvres.)

(lui tendant la coupe)

Prends!

GÉRARD

(le prenant)

A toi! Lakmé, et pour toujours!

LAKMÉ

(avec mélancolie)

C'est la fête de nos amours!

(Gérard boit.)

GÉRARD

(avec exaltation)

Qu'autour de moi tout sombre,
Je ne veux pas une ombre.
Je ne veux pas une ombre
Sur ton front enchanté,
Je reste sous le charme,
Que jamais une larme
Que jamais une larme
Ne me voile ta beauté!

LAKMÉ

C'est la fête de nos amours,
C'est la fête de nos amours.

GÉRARD

Qu'autour de moi tout sombre,
Je ne veux pas une ombre,
Je ne veux pas une ombre
Sur ton front enchanté!

Ensemble

GÉRARD

Je reste sous le charme,
Que jamais une larme
Que jamais une larme

(en élargissant)

Ne me voile ta beauté!

LAKMÉ

C'est ma première larme…
Et je meurs sous le charme

(en élargissant)

Par l'amour apporté!

GÉRARD

Toujours à toi, je te le jure!

LAKMÉ

(défaillante)

C'est un serment que tu pourras tenir.
Je ne crans pas, va!
Que tu sois parjure!
Je vais mourir…

GÉRARD

Mourir!

LAKMÉ

(souriante)

La mort ne sépare pas,.
C'est elle qui nous lie,
Je te donne ma vie,
et je meurs dans tes bras…

GÉRARD

Lakmé!

LAKMÉ

Et je meurs dans tes bras!

GÉRARD

Non! ce n'est pas la mort,
C'est la vie ardente
Qui coule à plein bord
Sur ta lèvre frémissante.
Ah!
Qu'autour de moi tout sombre,

Ensemble

LAKMÉ

Adieu!
Rêve qui sombre,
Hélas, quelle ombre en mon cœur attristé!
C'est ma première larme
Et je meurs sous le charme
Par l'amour apporté!
Par l'amour apporté!

GÉRARD

Je ne veux pas une ombre,
Je ne veux pas une ombre
Sur ton front enchanté.
Je reste sous le charme,
Que jamais une larme
Que jamais une larme
Ne me voile ta beauté!
Ne me voile ta beauté!

N° 20 Final

NILAKANTHA

C'est lui! C'est lui!
Lui! près de Lakmé!

LAKMÉ

Ciel! mon père!

GÉRARD

Frappez! Frappez! Je suis désarmé!

NILAKANTHA

Tu mourras! Tu mourras!

LAKMÉ

Ecoutez-moi!
Nous avons bu tous deux à la coupe d'ivoire,
Il est sacré pour vous!

NILAKANTHA

Lui!

LAKMÉ
(d'une voix faible)

S'il faut à nos Dieux
Une victime expiatoire,
Qu'ils m'appellent vers eux!

GÉRARD

Quel éclair dans ses yeux brille!

LAKMÉ

(avec extase)

Ils m'ont parlé!

NILAKANTHA

(la saisissant éperdu)

Lakmé! ma fille!

GÉRARD

Grand Dieu!

(avec de sanglots)

Elle meurt pour moi!

LAKMÉ

(défaillante)

Tu m'as donné le plus doux rêve
Qu'on puisse avoir sous notre ciel,
Reste encore, pour qu'il s'achève,
Ici, loin du monde réel,
Loin du monde…

(Elle meurt.)

GÉRARD

(poussant un cri)

Ah! morte!

NILAKANTHA

(avec exaltation)

Elle a l'éternelle vie,
Quittant cette terre as servie,
Elle porte là-haut nos vœux.
Elle est dans la splendeur des cieux!

GÉRARD

Ah!

 

Jean-Marc Warszawski
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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2014

Vendredi 20 Mars, 2015 2:32

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