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Né à Montpellier l e15
novembre 1688 ; mort à Paris l e11 janvier 1757.
Son père est chirurgien à
Montpellier. Il effectue sa scolarité chez les jésuites de Toulouse.
En 1703, il intègre l'ordre
des jésuites et fait ses humanités de mathématiques et de philosophie.
En 1707, il enseigne à
Toulouse ; en 1711, à Clermont ; en 1714, à Aubenas ; en 1716, à Pamiers ;
en 1719, à Cahors.
Il désire être envoyé en
mission en Chine, mais Fontenelle et le père Tournemire l'appellent à
Paris, où il enseigne au collège Louis-le-Grand.
En 1724, il publie son
Traité de la pesanteur universelle, qu'il prétend être la « clef du
système de l'univers ». Il pense que la gravité des corps les pousse au
repos, tandis que les esprits rétablissent sans arrêt le mouvement.
1727, il publie son
Plan de mathématique abrégé, puis sa
Mathématique universelle abrégée à l'usage de tout le monde, dont
Saurin dit qu'il est « confusion, chaos et mal débrouillé ». Il est un
« anti-newtonien » actif.
Il gagne en notoriété en
Allemagne et en Angleterre. Il est admis à l'Académie royale de Londres,
en 1746, à l'Académie de Bordeaux, en 1748, à l'Académie de Rouen, et à la
Société royale de Lyon.
en 1758, il publie une
version augmentée de sa
Mathématique universelle
Voir : Telemann G. P.
(1681-1767); Weichmann C. F. (v. 1677-v. 1742) ; Haltmeier C. J. F. (v.
1692-v. 1747) ; Geminiani F. S. (1687-1762) ; Cartaud de la Vilate (v.
1672-1737)
Dans la livraison de novembre
1725 du « Mercure de France », Castel propose de réaliser un clavecin fait
pour les yeux qui « rende les sons sensibles et présents aux yeux, comme
ils le sont aux oreilles, de manière qu'un sourd puisse jouir et juger de
la beauté d'une musique aussi bien que celui qui entend ». « Vous voulez
de la pratique, ajoute-t-il, sa réalisation est assurée »;
Il part d'une interprétation
très personnelle des théories acoustiques de Kircher, et constate, que la
couleur est produite par des vibrations comme le son.
Á chaque note de la série
chromatique des sons musicaux, il attribue une couleur : Do = bleu ; Do# =
céladon ; Ré = vert ; Ré # = olive ; Mi = jaune ; Fa = fauve ; Fa# =
incarnat ; Sol = rouge ; Sol# = cramoisi ; La = violet ; La# = agathe = Si
= gris ; Do ; bleu.
Il ne fait pas l'économie
l'ancienne tradition de l'éthos, en supposant par exemple que « le vert
qui répond au ré est naturel, champêtre, riant, pastoral. ».
Dix ans plus tard, d'août à
décembre1735, chaque numéro mensuel du « Journal de Trévoux
» publie une série
de « nouvelles expériences » que l'on sent moins assurées.
Il prétend alors ne pas être
luthier, et n'avoir jamais eu le dessein de fabriquer un tel instrument.
Rousseau, curieux de son invention lui rend visite et laisse ce jugement :
« Cet homme est fou, mais bon homme au demeurant.», et l'abbé de
Saint-Pierre : « Il me paraît de ces esprits originaux dont il est
plus à propos d'encourager à démontrer de qu'ils découvrent, que les
encourager à faire de nouvelles découvertes. »
Écrits relatifs à la
musique
- Clavecin pour les yeux avec l'art de
peindre les sons et toutes sortes de pièces de musique. Dans « Mercure
de France » (novembre 1725) ;
Lettre du père Castel, jésuite, à M. de la Roque, écrite le 9 juin
1725. Dans « Mercure de France » (juillet 1726) ;
Démonstration géométrique du clavecin pour les yeux et pour tous les
sens. Dans « Mercure de France » (février 1726) ;
Difficultés du Clavecin pour les yeux. Dans « Mercure de France »
(1732)
- An extract : DK : København, Det
kongelige biblioteket - GB : Cambridge, King's College
- Méthode pour apprendre la musique en peu
de temps. Dans « Mercure de France » (mai 1732)
- Nouvelles experiences d'optique et
d'acoustique. Dans « Mémoires pour l'histoire des sciences et des
beaux-arts » dit « Journal de Trévoux » [6 articles de juillet 1735 à
décembre 1735]
- Lettre du p. Castel sur la lettre de M.
Rameau. Dans « Journal de Trévoux » (septembre 1736)
- Lettre de M.*** à Mme la princesse de ***
au sujet des « Essais historiques et critiques sur le goût ».
Paris, Prault père 1736
- Lettres d'un académicien de Bordeaux sur
le fonds de la musique, à l'occasion de la lettre de M. R.*** contre la
musique françoise. 1754
- B : Bruxelles, Bibliothèque du conservatoire
royal de musique - Bruxelles, Bibliothèque Royale - F : Ajaccio,
Bibliothèque municipale - Paris, Bibliothèque de l'Arsenal - Paris,
Bibliothèque de France - Troyes, Bibliothèque municipale - GB: London,
British Museum - SF : Helsinki, Yliopiston Kirjasto (Bibl. de l'Univ.) -
US: Baltimore, Md., John Hopkins Univ. - Chicago, Ill. Newberry library -
Washington, D.C., Music Division, Library of Congress
Autres écrits
- Traité de physique sur la pesanteur
universelle des corps. 1724
- Plan d'une mathématique abgégée et à la
portée de tout les monde. Paris, P. Simon 1727
- Discours Préliminaire pur le Nouveau
Sistème sur la manière de défendre les places par le moyen de
contremines. Paris, J. Clouzier 1731
- Discours préliminaire pour l'Analyse des
infiniments petits comprenant le calcul des intégrales dans toute son
étendue [.] traduit en français par M. Rondet [de Edmund Stone].
Paris, J.-M. Grandouin 1735
- Réponse à M. D'Anville. Dans Anville
Jean-Baptiste Bourguignon d', Lettre de Monsieur d'Anville [.] au sujet
des pays de Kamtchatka et de Jego et Réponse du R. P. Castel. Dams «
Journal de Trévoux » 1737
- Seconde lettre philosophique pour
rassurer l'univers contre les critiques dela première. En réponse à MM.
Les auteurs des Réflexions sur les ouvrages de littérature. Paris,
Prault père 1737
- Amusements du cour et de l'esprit,
Géométrie naturelle en dialogues, Dissertation philosophique et
littéraire. Paris et La Haye 1738
- Dissertation philosophique et
littéraire. 1738
- Géométrie naturelle en dialogues.
1738
- Optique des couleurs, fondée sur les
simples observations et tournée surtout à la pratique de la peinture, de
la teinture, et autres arts coloristes. Paris, Briasson 1740
- Le vrai système de physique générale de
M. Isaac Newton exposé et analysé en parallèle avec celui de
Descartes. Paris, C.-F. Simon Fils 1743
- Lettre d'un académicien de Bordeaux.
London et Paris, Claude Fosse 1754 (11 ex.)
- L'Homme moral opposé à l'homme physique
de Monsieur R***, lettres philosophiques, où l'on réfute de déisme du
jour. 1756
- L'Homme moral. Toulouse 1756
- Mathématique universelle abrégée à
l'usage et à la portée de tout le monde. Paris, P. Simon 1728; Paris,
Duchesne 1758
- Exercice sur la tactique ou la science du
héros. 1759
Bibliographie
Études
- ANONYME, (Parfois attribué à Joseph de la
Porte). Esprit saillies et singularités du P. Castel. Amsterdam, Paris,
Vincent 1763, p. 238-250: De la musique. 251-266: De la musique françoise.
266-271 De la musique italienne. 278-348 Clavecin pour les yeux
- ANONYME, Farben-Musik: das ist, die
sichtbare Musik. Oder Harmonia colorum et sonorum. Id est, musica
chromatica, aut etiam visibilis musica. S. l. 1784 [traduction de
l'optique des couleurs] (unique exemplaire, München, Musiksammlung der
Bayerische Staatsbibliothek)
- ANONYME, Réponse critique d'un académicien
de Rouen. à l'académicien de Bordeaux sur le plus profond de la musique.
Paris 1754
- Éloge historique du père Castel. Dans «
Journal de Trévoux » (avril 1757) second volume
- JACOBI ERWIN REUBEN (1909-1979), Ouvres
théoriques complètes de Jean-Philippe Rameau. American Institute of
Musicology 1967-1972. Miscellanea III/1-6. On y trouvera la correspondance
de Rameau avec le père Castel
- SCHIER DONALD STEPEN (1914-), Louis-Bertrand
Castel, Anti Newtonian Scientist. Cedar Rapids, Iowa, Torch Press
1941
- STONE EDMUND (-1768), analise des
infiniments petits, comprenant le calcul intégral dans toute son étendue.
Paris, J.-M. Gandouin 1735
- TELEMANN GEORG PHILIPP, Beschreibung der
Augenorgel oder des Augen-Clavicimbels, so der Berühmte... Herr Pater C.
erfunden u. Ins Werk gerichtet hat. Hamburg 1739. Egalement dans la Bibl.
Musicale de Mitzler II/2 1742
- WARSZAWSKI JEAN-MARC (1952-),
Le Clavecin oculaire du père
Louis-Bertrand Castel. Dans les actes du colloque « La couleur
Réfléchie », Paris, Université Paris VIII, mai 1999. L'Harmattan,
2001
- WELLEK ALBERT, Das Doppelfinden im 18.
Jahrhundert. Deutsche Vierteljahrschrift für literatur-wissenschaft und
Geistgeschichte(XIV) 1936, 75
- WELLEK ALBERT, Farbenharmonie und
Farbenklavier: ihre Entstehungsgeschichte im 18 Jahrhundert. Dans « Archiv
für die gesamte Psychologie » (XCIV) 1935, 347
Lexicographie
musicale
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Akademische Druck- u. Verlagsanstalt 1959 (11 v.)
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- MERSEBURGER CARL WILHELM (1816-1885, pseud.:
Paul Franck), Kurtzgefasstes Tonkünstler-Lexicon für Musiker und Freunde
der Musik. Regensburg, Gussov Bosse 1936
- MICHEL FRANÇOIS & LESURE FRANÇOIS &
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- RIEMANN HUGO (1849-1919), Musiklexikon,
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Lexicographie
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- BENEZIT E., Dictionnaire critique et
documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs. Paris,
Gründ 1948-1955
- BERTHELOT ANDRE (1862-1838) & DERENBOURG
HARTWIG (1844-1908) & altr., La grande encyclopédie. Paris, H.
Lamirault 1885-1901; Fromann, Bad Cannstatt 1966
- COULSON GILLISPIE C., Dictionary of
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- Dictionnaire de biographie française.
Paris, Le Touzey et Ané, à partir de 1933 [113 v., dir.: J. Balteau,
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- ESSARTS NICOLAS TOUSSAINT LE MOYNE DES
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- POGGENDORFF JOHANN CHRISTIAN (1796-1977),
Biographish-literarisches Handwörterbuch zur Geschichte der exacten
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- SGARD J., Dictionnaire des journalistes,
1600-1789. Presses Universitaires de Grenoble, 1976
- SOMMERVOGEL C., Bibliothèque de la Compagnie
de Jésus. Paris, Alphonse Picard 1890-1960; Bruxelles 1960 [article Le
père Castel, par Bertrand M.]
Document
Article de l'Encyclopédie
de Diderot et d'Alembert
CLAVECIN OCULAIRE, (Musiq.
& Opt.) instrument à touches analogue au clavecin auriculaire, composé
d'autant d'octaves de couleurs par tons & demi-tons, que le clavecin
auriculaire a d'octaves de sons par tons & demi-tons, destiné à donner
à l'ame par les yeux les mêmes sensations agréables de mélodie &
d'harmonie de couleurs, que celles de mélodie & d'harmonie de sons que
le clavecin ordinaire lui communique par l'oreille.
Que faut-il pour faire un
clavecin ordinaire ? des cordes diapasonnées selon un certain système de
musique, & le moyen de faire resonner ces cordes. Que faudra-t-il pour
un clavecin ordinaire ? [certainement oculaire ?] des couleurs
diapasonnées selon le même système que les sons, & le moyen de les
produire aux yeux : mais l'un est aussi possible que l'autre.Aux cinq
toniques de sons, ut, ré, mi, sol, la, correspondront les cinq toniques de
couleurs, bleu, verd, jaune, rouge, & violet ; aux sept diatoniques de
sons, ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, les sept diatoniques de couleurs,
bleu, verd, jaune, aurore, rouge, violet, turquin, bleu clair ; aux douze
chromatiques ou sémi-diatoniques de son, ut, ut, , ré, ré, , mi, fa, fa, ,
sol, sol, , la, la, , si, ut ; les douze chromatiques ou sémi-diatoniques
de couleurs, bleu, céladon, verd, olive, jaune, aurore, orangé, rouge,
cramoisi, violet, agate, turquin, bleu, &c. D'où l'on voit naître en
couleurs tout ce que nous avons en sons ; modes majeur & mineur ;
genres diatonique, chromatique, enharmonique ; enchaînemens de modulations
; consonnances, dissonnances, mélodie, harmonie ; ensorte que si l'on
prend un bon rudiment de Musique auriculaire, tel que celui de M.
d'Alembert, & qu'on substitue par-tout le mot couleur au mot son, on
aura des élémens complets de musique oculaire, des chants colorés à
plusieurs parties, une basse fondamentale, une basse continue, des
chiffres, des accords de toute espece, même par supposition & par
suspension, une loi de liaison, des renversemens d'harmonie, &c. Les
regles de la musique auriculaire ont toutes pour fondement la production
naturelle & primitive de l'accord parfait par un corps sonore
quelconque : soit ce corps ut ; il donne les sons ut, sol, mi, auxquels
correspondront le bleu, le rouge, le jaune, que plusieurs artistes &
physiciens regardent comme trois couleurs primitives. La musique oculaire
a donc dans ses principes un fondement analogue à la musique auriculaire.
Voyez COULEUR.
Qu'est-ce que joüer ? C'est,
pour le clavecin ordinaire, sonner & se taire, ou paroître &
disparoître à l'oreille. Que sera-ce que joüer pour le clavecin oculaire ?
se montrer & se tenir caché, ou paroître & disparoître à l'oeil ;
& comme la musique auriculaire a vingt ou trente façons de produire
les sons, par des cordes, des tuyaux, des voix, des violons, des basses,
des lyres, des guittares, des clavecins, des épinettes, des haut-bois, des
flûtes, des fifres, des flageolets, des bassons, des serpens, des
trompettes, des orgues, &c. la musique oculaire aura autant de façons
correspondantes de produire les couleurs, des boîtes, des éventails, des
soleils, des étoiles, des tableaux, des lumieres naturelles,
artificielles, &c. Voilà la pratique.
Les objections qu'on a faites
contre la musique & l'instrument oculaires se présentent si
naturellement, qu'il est inutile de les rapporter : nous osons seulement
assûrer qu'elles sont si parfaitement, sinon détruites, au-moins balancées
par les réponses tirées de la comparaison des deux musiques, qu'il n'y a
plus que l'expérience qui puisse décider la question.
La seule différence
importante entre les deux clavecins qui nous ait frappés, c'est que
quoiqu'il y ait sur le clavecin ordinaire un grand intervalle entre sa
premiere & sa derniere touche, l'oreille n'apperçoit point de
discontinuité entre les sons ; ils sont liés pour elle comme si les
touches étoient toutes voisines, au lieu que les couleurs seront distantes
& disjointes à la vûe. Pour remédier à cet inconvénient dans la
mélodie & l'harmonie oculaires, il faudroit trouver quelque expédient
qui liât les couleurs, & les rendit continues pour l'oeil ; sinon,
dans les airs d'un mouvement extrèmement vif, l'oeil ne sachant quel
intervalle de couleurs on va faire, ignorera, après avoir vû un ton où il
doit se porter pour appercevoir le ton suivant, & ne saisira dans une
batterie de couleurs que quelques notes éparses de tout un air coloré, ou
se tourmentera si fort pour les saisir toutes, qu'il en aura bien-tôt la
berlue ; & adieu la mélodie & l'harmonie. On pourroit encore
ajoûter que quand on les saisiroit, il ne seroit pas possible qu'on les
retînt jamais, & qu'on eût la mémoire d'un air de couleurs, comme on a
celle d'un air de sons.
Il semble que les couleurs
d'un clavecin oculaire devroient être placées sur une seule bande étroite,
verticale & parallele, à la hauteur du corps du musicien ; au lieu que
les cordes d'un clavecin auriculaire sont placées dans un plan horisontal
& parallele à la largeur du corps du musicien auriculaire.
Au reste, je ne prétend point
donner à cette objection plus de valeur qu'elle n'en a : pour la résoudre,
il ne faut que la plus petite partie de la sagacité que l'invention du
clavecin oculaire suppose.On ne peut imaginer une pareille machine sans
être très-versé en Musique & en Optique ; on ne peut l'exécuter avec
succès sans être un rare machiniste.
Le célebre P. Castel jésuite en est l'inventeur ; il l'annonça en 1725. La
facture de cet instrument est si extraordinaire, qu'il n'ya que le public
peu éclairé qui puisse se plaindre qu'il se fasse toûjours & qu'il ne
s'acheve point.
Jean-Marc Warszawski
Novembre 1995-21 mai 2009
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