musicologie

6 février 2020 —— Jean-Marc Warszawski.

Une cathédrale Saint-Louis à cordes et altos

L'orchestre à cordes de la Garde républicaine, Adrien La Marca, Paul Zientara, sous la direction de Sébastien Billard, cathédrale Saint-Louis des Invalides, 6 février 2020. Photographie © V. F.

Espérons que notre fidélité aux cycles des concerts du musée des Armées nous vaudra de l’avancement : une ou deux barrettes sur les épaulettes de ma chemisette l’été prochain, j’ose à peine imaginer l’effet !

Ce soir, il y a concert dans la cathédrale Saint-Louis, deux altistes et les cordes de la Garde républicaine, sous la direction de Sébastien Billard, pour entre autres introniser le jeune Paul Zientara, qui vient de fêter ses dix-neuf ans.

L’alto a obtenu ses galons de soliste sur le tard, notamment grâce à des instrumentistes tels que Lionel Tertis (1876-1975). Le répertoire en a la mesure. Notons au passage que les altistes sont la cible d’un répertoire, cette fois inépuisable, de blagues taquines et assassines, circulant parmi les musiciens.

Paul Zientara est passé du Conservatoire de Paris au National supérieur de la même ville, où il est toujours étudiant. Depuis 2018 il collectionne les lauriers de concours, se produit en soliste dans différents orchestres, et joue en formations chambristes.

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de l’entendre l’été dernier dans le cadre de Musique de Chambre à Giverny, qui rassemble la crème de futurs grands musiciens, déjà égaux à leurs maîtres, sinon plus, en termes de musicalité, de technique et de répertoire, où il s’est fait remarquer par le public.

Il y avait joué dans Métamorphoses, le septuor de Richard Straus, le Quatuor no 1 « De ma vie » de Bedřich Smetana, la Musique funèbre de Witold Lutosławski, le quintette à cordes K 516 no 4, de Wolfgang Amadeus Mozart,  le sextuor no 1 opus 18 de Johannes Brahms.

Paul Zientara, Musique de chambre à Giverny, 28 août 2019. Photographie © musicologie.org.

La bonne idée pour cette soirée est d’avoir convié Adrien La Marca, comme parrain, plus âgé de seulement onze ans, mais qui jouit comme altiste d’une reconnaissance mondiale. C’est une démarche tout à fait louable et saine pour aider à la reconnaissance, mais aussi mettre au défi les jeunes musiciens. Bien mieux que la pacotille médiatique et autres Victoires de la Musique, qui donnent du monde musical une vision perverse, d’où il ressort que seuls celles et ceux qu’on porte artificiellement à la gloire médiatique mériteraient le déplacement. On prétend aider le monde de la musique classique, mais on en pourrit ainsi la perception et le sens de ce qu'est la simplicité d'un concert. On fait en sorte que le concert doit être une chose exceptionnelle, phénoménale, sacrée, labellisée par les paillettes télévisées et les superlatifs pâmés d'un présentateur, ou rien, c'est à dire dans un autre monde que celui du commun des mortels. Aujourd'hui, les musiciens atteignent des niveaux faramineux, nos villes, villages, quartiers devraient en être enchantés, dans la simplicité et le plaisir. Un musicien comme Paul Zientara peut, à 19 ans, tout envisager : écumer le monde comme soliste ou comme chambriste des plus recherchés, peut-être, préférant une vie plus stable ou plus familiale, comme super soliste d'un grand orchestre. Son niveau lui permet tous les rêves, reste ce que permettra le monde.

Le programme est sans aspérité, mais pas sans intérêt, avec des pièces qui ne sont pas tant souvent programmées.

En ouverture et très grand public, du pur Vivaldi de Vivaldi, avec la Sinfonia alla rustica, comme son nom l’indique, aux rythmes et accents populaires. En milieu de première partie, La belle mélodie d’Henri Duparc, « Aux étoiles », extraite du Poème nocturne, en trois mouvements, dont une partie est aujourd’hui perdue. Duparc eut une longue vie, mai arrêta de composer à l’âge de 39 ans, pour passer à l’art de la gouache et du pastel, avant de sombrer dans la neurasthénie et le mysticisme. Le concert se clôt dans la nostalgie ensoleillée de la troisième suite d’Ottorino Respighi (1879-1936).

Paul Zientara a fait chanter son alto dans un concerto de Jean-Chrétien Bach, en réalité un excellent pastiche d’Henri Casadessus (1879-1947), en demi-teintes, qui met plus en valeur la qualité sonore, la tenue du son et la justesse, que la maîtrise de traits virtuoses. Au contraire de l’Andante et rondo ungarese de Carl Maria von Weber, extraverti, et tout en exubérance, assuré cette fois par Adrien La Marca.

Paul Zientara et Adrien La Marca se retrouvent dans le concerto pour deux altos de Georg Philipp Telemann, le moment certainement le plus intense  et poétique de cette soirée, dans le fond, peut-être plus duo accompagné (par un ensemble à corde de haut niveau)  que concerto, ou parrain et filleul sont à armes égales, sous la direction incisive, souple et attentive du chef Sébastien Billard.

Je me demande si une pièce comme Viola Viola de Georg Benjamin n’aurait pas amené quelques éclats lumineux dans un programme un peu en demi-teinte et clair-obscur.

 

 Jean-Marc Warszawski
6 février 2020

© musicologie.org


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Dimanche 9 Février, 2020 16:42