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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— La musique instrumentale de Beethoven à Schubert.

Les œuvres concertantes de Carl Maria von Weber  (1786-1826)

La musique pour piano ; la musique de chambre ; la musique concertante ; la musique symphonique.

Pianiste aux moyens impressionnants, Weber a consacré trois œuvres concertantes à son instrument d’élection, et tout autant à la clarinette pour laquelle, il semble avoir eu des affinités toutes particulières à partir de sa rencontre avec le virtuose Bärmann. C’est donc sur ces deux instruments que s’est largement concentrée sa production concertante, une production dont on remarquera que, pour la plus grande part, elle vit le jour autour des années 1810-1812.

Œuvres pour piano

Premières en date (1810 et 1812) des trois partitions dédiés au piano, le concerto no 1 en ut majeur (opus 11) et le concerto no 2 en mi bémol majeur (opus 32) font aujourd’hui un peu figure d’oubliés. Il est vrai qu’ils brillent beaucoup plus par la séduction virtuose que par l’imagination ou l’originalité, Weber y donnant l’impression d’être surtout désireux d’évoluer dans les traces de ses grands aînés. Le premier, notamment, ne parvient guère à mobiliser l’attention, alors que le second ajoute au brio un « naturel » plus conforme à l’image que l’on a du musicien, et séduit surtout par un adagio d’une très belle inspiration.

Carl Maria von Weber, Concerto pour piano no 2 en mi bémol majeur opus 32, II. Adagio, par Peter Rösel et la Staatskapelle Dresden, sous la direction d'Herbert Blomstedt.

 

Contemporain du Freischütz (1821), le Konzertstück en fa mineur (opus 79) bénéficie quant à lui d’une certaine notoriété. Là aussi, la virtuosité du soliste est hautement sollicitée, mais cela va de pair avec une certaine tendresse mélodique et quelques beaux accents poétiques. L’œuvre, en un seul mouvement divisé en quatre sections, est fondée sur un argument poétique (« Le Retour du Croisé »). Dans une succession d’ambiances contrastées qui contribue grandement à son attrait, elle obéit à un programme chevaleresque qui, en réalité, fait d’elle une sorte de poème symphonique avec piano obligé.

Carl Maria von Weber, Konzertstück en fa mineur opus 79 par Alfred Brendel et la London Symphony Orchestra, sous la direction de Claudio Abbado.

Concertos pour clarinette

On a là trois œuvres écrites au cours de la même année 1811, celle où, à Munich, Weber fit la connaissance du clarinettiste Heinrich Bärmann et s’enthousiasma pour le nouvel instrument à dix clés que celui-ci s’était procuré deux ans plus tôt. C’est donc pour Bärmann qu’il composa son concertino (opus 26)dont le succès fut tel que, sur commande du roi Maximilien, deux grands concertos allaient suivre, le premier en fa mineur (opus 73) et le second en mi bémol majeur (opus 74) ; deux concertos qui « exploitent avec adresse les pouvoirs expressifs de la clarinette et comportent, à cet égard, maintes trouvailles de colorations de timbre, notamment dans les registres graves et du médium. »17

Même si, dans ces deux concertos, Weber n’affiche aucune prétention à la profondeur (tout au plus trouvera-t-on quelques tentations de dramatisme orchestral), il « ne se contente pas d’y exploiter les possibilités techniques de l’instrument sous des doigts virtuoses au fil de mouvements d’une excitante allégresse comme le rondo de l’opus 73 ou l’Alla Polacca de l’opus 74 ;  il exprime en poète son goût pour un romantisme pastoral inspiré où passe, aussi bien dans le chant du soliste que dans l’ampleur chaleureuse de l’accompagnement orchestral (adagio de l’opus 73, Romanza de l’opus 74), comme une prémonition du Freischütz. Quant au concertino, il nous montre un Weber tour à tour aimable compagnon, débridé ou sensible, nourri au sein populaire, fils spirituel des musiciens d’Europe centrale de l’Ecole de Mannheim. »18

Carl Maria von Weber, Concertino, opus 26, par Walter Boeykens et le Rotterdam Philharmonic Orchestra, sous ma directrion de James Conlon.

 

Carl Maria von Weber, Concerto pour clarinette no 1, en fa mineur, opus 73, par Sabine Meyer et la Staatskapelle Dresden, sous la direction d'Herbert Blomstedt.

 

Carl Maria von Weber, Concerto pour clarinette no 2 en mi bémol majeur opus 74 par Ernst Ottensamer et la Wiener Philharmoniker, sous la direction de Sir Colin Davis.

Autres œuvres concertantes

Outre un concertino pour hautbois et vents d’une séduisante saveur instrumentale, il faut mentionner ici en priorité le concertino pour cor en mi mineur (opus 45), une œuvre écrite en 1806 et révisée en 1815 qui, dans le genre concertant, est restée l’unique partition dédiée par l’auteur du Freischütz à cet autre instrument avec lequel il avait d’évidentes affinités. Au bénéfice de la rareté, nous citerons également l’Andante e Rondo Ungarese en ut mineur, dévolu initialement à l’alto, puis, dans une seconde version, au basson, ainsi que le concerto pour basson en fa majeur (opus 75) qui mérite le détour notamment pour son bref mouvement lent. S’y ajoute une petite curiosité, l’Adagio et rondo en fa majeur pour Glasharmonica dans lequel, en 1811, Weber se laissa séduire à son tour par les douces sonorités de cet étrange instrument.

Carl Maria von Weber, Concertino pour cor, en mi mineur, opus 45, par Hermann Baumann.

 

Carl Maria von Weber, Concerto pour basson en fa majeur opus 75, II. Adagio, par Matthias Racz la Nordwestdeutsche Pholharmonie, sous la directrion de Johannes Klumpp.

 

plumeMichel Rusquet
21 janvier 2020

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Notes

17. Tranchefort François-RenéGuide de la musique symphonique, Fayard, Paris 2002, p. 850.

18. Hamon Jean, dans « Répertoire » (133), mars 2000.


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