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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte —— La musique instrumentale de Beethoven à Schubert.

La sonate pour piano D 840 de Franz Schubert

Franz Schuber

L'œuvre instrumentale de Franz Schubert ; la musiqe de piano, les sonates ; D 157 ; D 279 ; D 459 ; D 164 ; D 537 ; D 557 ; D 566 ; D 567 ; D 568 ; D 571 ; D 575 ; D 613 ; D 625 ; D 664 ; D 784 ; D 840 ; D 845 ; D 850 ; D 894 ; D 958 ; D 959 ; D 960.

D’avril 1825, la dernière des sonates inachevées de Schubert a eu droit, bien après la mort de celui-ci, au surnom étrange de « Reliquie » et ce, du fait d’un éditeur qui, en toute bonne foi peut-être, entendait la faire passer pour l’œuvre ultime de notre Viennois, inachevée pour cause de décès. On sait qu’il n’en est rien, mais on continue à se demander, en le déplorant amèrement, pourquoi Schubert a laissé inachevé le menuet, et surtout abandonné le rondo final avant même d’arriver à mi-chemin. D’aucuns s’aventurent à y remédier en essayant d’imaginer la suite que Schubert lui aurait donnée, mais il est préférable, du moins au nom de la rigueur musicologique, de s’en tenir aux seuls deux mouvements achevés, le moderato et l’andante, tous deux de très vastes proportions. Cela fait de l’oeuvre une sorte de réplique de la symphonie « inachevée », rien moins toutefois qu’une œuvre propice aux succès d’estrade. En effet « l’expression de cette sonate est d’une ampleur peu commune. Elle se déroule dans un climat de sérénité et de paix profonde, presque métaphysique, et ses longues périodes mélodiques font alterner la méditation imprégnée d’indicible nostalgie de l’au-delà et une sagesse déjà comme détachée de ce monde. C’est l’une des œuvres de Schubert reflétant de la manière la plus frappante sa nature de pèlerin, d’homo viator. »21 Plus encore que l’andante, écrit dans la sombre tonalité d’ut mineur et tout habité d’un poignant lyrisme nostalgique, on y admirera un premier mouvement d’une rare puissance de souffle : ce moderato est à coup sûr l’un des mouvements de forme sonate les plus élaborés et plus parfaits de Schubert, lequel tire un parti magistral de deux thèmes étroitement apparentés sur le plan organique. On est particulièrement impressionné ici par « l’ampleur des progressions dynamiques et la richesse du plan tonal et modulant, [qui, associées à une] écriture pianistique très orchestrale, évoquent irrésistiblement les grandes architectures sonores d’un Bruckner que jamais Schubert n’a annoncé de si près. »22

Franz Schubert, Sonate en ut majeur « Reliquie », D 840, en do majeur, I. Moderato, II. Andante, composée en 1825, éditée en 1861 par Friedrich Whistling, par Paul Badura Skoda.

 

Franz Schubert, Sonate en ut majeur « Reliquie », D 840, en do majeur, I. Moderato, II. Andante, III. Menuetto, allegretto, trio (fragment), IV. Rondo, allegro (fragment), composée en 1825, éditée en 1861 par Friedrich Whistling, par Sviatoslav Richter, enregistré en studio à Paris, 19-20 octobre 1961.

 

plumeMichel Rusquet
7 mars 2020

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Notes

21. Harry Halbreich, dans Tranchefort François-René (dir.), « Guide de la musique de piano et de clavecin », Fayard, Paris 1998, p. 669.

22. Ibidem.


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