musicologie

18 janvier 2020 —— Jean-Marc Warszawski.

Les musiciens et la Grande Guerre, Sous la pluie et le feu

Philippe Hersant, sous la pluie et le feu ; Lucien Durosoir, Funérailles, Taurida International Symphonie Orchestra, sous la direction de Mikhaïl Golokov ; Hélène Collerette (violon), Nadine Pierre (violoncelle), orchestre de Radio-France sous la direction de Pascal Rophé ; . Hortus 2019 (HORTUS 736).

Funérailles, enregistré en juillet 2017 à Saint-Pétersbourg ; Sous la pluie et le feu, enregistré le 16 novembre 2018, en concert de création par France-Musique.

Le violoniste Lucien Durosoir menait une carrière de soliste, principalement en Europe orientale, quand la Seconde Guerre mondiale enflamme l’Europe et les cœurs avant de rapidement les meurtrir et les endeuiller. À 36 ans, le virtuose est au front, où il aura l’occasion de rencontrer et de jouer avec André Caplet ou le violoncelliste Marcel Maréchal.

Lucien Durosoir écrit chaque jour une, voire deux lettres à sa mère, relatant l’horreur de la guerre et aussi sa colère, à sa manière un peu de vieux garçon méticuleux, précise et réaliste. De son côté Maurice Maréchal tient un journal. Ces écrits qui témoignent de situations humaines sidérantes ont fait l’objet de publications dont Maurice Maréchal et Lucien Durosoir, Deux musiciens dans la Grande Guerre (Tallandier, 2005).

Après-guerre, Lucien Durosoir,  ne sentant pas la possibilité de reconstruire une carrière et assez dégoûté du monde, se retire dans un village du Pays basque et se consacre à la composition, Maurice Maréchal de 15 ans son cadet mène quant à lui une brillante carrière internationale.

Hortus clôt donc sa vaste collection commémorative « Les musiciens et la Grande Guerre », avec un 36e album consacré à ces deux musiciens, avec une œuvre symphonique de Philippe Hersant leur rendant hommage et une autre de Lucien Durosoir lui-même.

Funérailles de Lucien Durosoir, composées en 1930, est une œuvre en quatre mouvements dont chacun porte en exergue un fragment poétique des Cantilènes (1886) et des Syrtes (1884) de Jean Moréas. Cette pièce d’une écriture très dense, ne laissant aucune place au silence, évoluant au résultat sonore en plusieurs couches sonores parfois autonomes est d’un effet fantomatique et flou, d’où le travail thématique peine à surgir d’un continuum clair obscur. Il y a des accents debussystes, liés à l'air du temps et à l'enseignement d'André Caplet (au front).

Le titre de l’œuvre de Philippe Hersant est emprunté à la thèse d’André Pézard : Dante  sous la pluie de feu, Enfer chant XV (Vrin 1950). C’est un double concerto pour violon (Lucien Durosoir) et violoncelle (Maurice Maréchal). C’est une pièce beaucoup plus aérée, aux figures acérées et aux rythmes précisément découpés. Fidèle à lui-même, le compositeur travaille sur les réminiscences fragmentaires de musiques du passé, de ses propres œuvres, ou en prolifération thématique interne. Cette pièce fait appel au choral Ach gott, vom Himel sieh darein (Ô Dieu, du ciel, regarde ici), mis en musique par Mozart dans la Flûte enchantée et la fureur apocalyptique de ses propres Cinq poèmes de Trakl, il est aussi difficile de ne pas penser au Sacre du Printemps dans certains épisodes à la motoricité exacerbée. Cette œuvre de 2018 est une commande de plusieurs orchestres français à l’occasion des commémorations du centième anniversaire de la Grande Guerre.

Philippe Hersant, sous la pluie le feu, premières mesures, plage 5.

 

1-4. Funérailles, 1. « Roses de Damas, « où sont vos parfums », 2. « Je me souviens », 3. « Voix qui revenez », 4. « Toc, toc, le menuisier des trépassés »...

5-7. Sous la pluie de feu.

 Jean-Marc Warszawski
18 janvier 2020

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Samedi 18 Janvier, 2020 3:55