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Théâtre des Champs-Élysées, 26 mars 2019 —— Frédéric Norac

La compositrice, la soubrette et la diva : Ariane à Naxos revue par Katie Mitchell

Ariane à Naxos. Photographie © Vincent Pontet.

Il y a une tonalité féministe, en tous cas féminine, dans la production d’Ariane à Naxos de Katie Mitchell, créée à Aix l’été dernier et que reprend jusqu’au 30 mars le Théâtre des Champs-Élysées. Un féminisme sans acrimonie ni revendication qui est plutôt un regard de femme sur les femmes à travers celui de Strauss et de son librettiste Hofmannsthal.

La metteuse en scène britannique joue pleinement la carte de la mise en abyme. Au prologue, on démeuble un grand salon chic afin de faire place à un théâtre de fortune tandis que s’agitent les comédiens italiens et les chanteurs lyriques. Quelque chose se joue entre les personnages que nous ignorons, mais qui pourrait bien être la matière de l’opéra à venir. La prima donna est enceinte jusqu’aux yeux et à la recherche d’un comte qui pourrait être son Thésée et le père de son enfant. Elle accouchera en pleine représentation dans la deuxième partie et l’on se demandera pendant le finale si ce Dieu qu’elle attend et qu’elle célèbre n’est pas cet enfant que les Nymphes se refilent et qu’elle finira par assumer lorsque Zerbinetta  lui aura enlevé des mains ce revolver que lui a tendu le ténor, laissant à penser qu’il n’est pas Bacchus, mais bien ce Dieu de la mort qu’elle appelle dans le désespoir de son abandon.

Ariane à Naxos. Photographie © Vincent Pontet.

Toutes ces suggestions créent un climat d’incertitude où la seule réalité est celle d’une représentation improvisée, un peu minable, avec un accessoiriste sur scène et des changements de costumes et d’identité à vue et des spectateurs qui interviennent de façon inopportune. Les trois nymphes se transforment l’une après l’autre en Ariane, finissant par former la trilogie de ses identités, la fille, l’amante et la mère. On ne sait pas trop pourquoi le Mécène de la soirée est un superbe vieillard habillé en femme tandis que son épouse, elle, se présente en smoking, sinon pour rendre hommage aux échanges de genre si fréquent à l’opéra. Le prologue plus classique, nous présente un Compositeu (trice ?) — catogan et pantalon bouffant — qui ne renonce pas tout à fait à sa féminité, mais plutôt dans le registre garçon manqué et dont la brève idylle avec Zerbinetta au prologue reste bien chaste et sans ambiguïté. 

La réussite du spectacle doit sûrement moins à cette mise en scène absconse et pleine de sous-entendus à l’humour limité qu‘a un plateau épatant d’une remarquable homogénéité où jusqu‘au plus petit rôle chacun est parfaitement calibré et dessiné avec un relief étonnant, du majordome du prometteur Guilhem Worms à la prima donna de Camilla Nylund au timbre pulpeux et d‘une délicatesse expressive touchante en passant par la Zerbinetta d’Olga Pudova à l’abattage impressionnant, le maître de musique parfaitement timbre et idiomatique de Jean-Sebsstien Bou, le compositeur au timbre gracile de Kate Lindsey et l’excellent Arlequin de Huw Montague Rendall. À la tête de l’orchestre de chambre de Paris, Jérémie Rhorer donne une lecture précise, fluide, authentiquement chambriste de la foisonnante partition de Strauss dont il maîtrise à la perfection l’alliage de vivacité mozartienne et d’accents lyriques néo-wagnériens pour un résultat jubilatoire qui apporte à l’opéra de cette légèreté qui manque un peu à la mise en scène.

Ariane à Naxos. Photographie © Vincent Pontet. 

Frédéric Norac
26 mars 2019

 

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