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Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte : La musique instrumentale de Wolfgang Amadeus Mozart

Introduction ; musique pour clavier ; musique de chambre ; musique symphonique ; musique concertante.

Les concertos pour piano 17 à 19 de W. A. Mozart

Avril, septembre et décembre 1784 : un nouveau palier est atteint avec ces trois nouveaux concertos, et tout particulièrement avec le dix-septième, le K 453 en sol majeur. Pour Olivier Messiaen, c'est « l'un des plus beaux écrits par Mozart. L'Andante central, à lui tout seul, suffirait à rendre son nom immortel ». Reprenant cette citation à son compte, Jean-Victor Hocquard poursuit : « De fait le compositeur arrive ici à une perfection qu'il ne dépassera jamais dans l'art du concerto. Mais c'est sur le plan de la pensée qu'il occupe une place importante… » Et de citer à nouveau Olivier Messiaen : « Ce concerto révèle la partie la plus secrète de l'âme du musicien, son charme, ses sourires, ses tristesses, ses découragements, ses alternances de désespoir et de folle gaieté… »110 Rien n'est plus poignant en effet que l'introspection douloureuse de l'Andante, avec ses silences et ses soupirs lourds d'interrogations inquiètes auxquelles les vents s'efforcent de répondre par des appels répétés à l'apaisement et à la lumière. Cette page d'une profondeur abyssale succède à un premier mouvement (Allegro) hautement personnel, marqué lui-même, sous des dehors plutôt affables, par une réelle instabilité émotionnelle. La détente (une délivrance bienvenue…) est apportée par le mouvement final, un superbe Allegretto à variations qui se conclut (comme à l'opéra !) par un Presto triomphal et déchaîné. Particularité de ce Finale, qui ne pouvait qu'aller droit au cœur d'Olivier Messiaen : son thème aurait été dicté à Mozart par un petit oiseau qu'il venait d'acheter et d'adopter…

Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto no 17 en sol majeur K 453 (II. Andante) par Maurizio Pollini et le Wiener Philharmoniker.

Le concerto suivant, K 456 en si♭majeur, peut paraître moins inspiré, en tout cas moins intensément personnel. Pourtant, entre deux allegros de haut vol, il comporte un Andante d'une belle intensité expressive, qui est le premier écrit en mode mineur depuis le Concerto Jeunehomme. En cinq variations successives, Mozart y exploite une mélodie proche d'une ariette française qu'on retrouvera, simplifiée, dans l'air qui ouvre le quatrième acte des Noces de Figaro. Aux côtés du soliste, dont la voix exprime la tristesse et l'accablement, interviennent deux compagnons de route aux rôles bien différenciés : l'orchestre au complet qui, notamment dans l'impressionnante 3e variation, semble vouloir l'entraîner vers les ténèbres, et le sous-ensemble des vents qui, au contraire, lui adresse de touchants appels visant à l'en extirper et à lui faire entrevoir la lumière. Tout un programme, serait-on tenté de dire, mais rien ici ne sent l'artifice, car Mozart ne fait qu'y exprimer, et de la façon la plus intelligible, la démarche spirituelle profonde qui est si souvent la sienne.

Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto no 18 en si♭majeur (III. Allegro) par Martha Argerich, engegistrement public de juin 1973.

Peut-être plus parfait encore que les précédents, et d'une splendeur orchestrale exceptionnelle, le concerto en fa majeur K 459 ne donne lieu en revanche à aucune effusion particulière, même s'il est bien difficile d'échapper à la subtile mélancolie de son Allegretto médian. S'il y perd  un peu en « pouvoir d'accroche », ce dix-neuvième concerto demeure « une œuvre de première grandeur ; aucune humeur chagrine n'en assombrit les mouvements, qui sont du Mozart joyeux et populaire et dont l'écriture n'a rien de superficiel  pour autant. Comme pour préparer l'Allegro assai terminal— synthèse complexe de fugue — de rondo-sonate et de style opera buffa —, les deux premiers mouvements sont déjà surchargés de séquences et d'imitations contrapuntiques. Mais si les forces les plus massives et les plus légères de la musique se trouvent fondues dans ce finale d'un éclat incomparable, il est difficile de déceler l'influence du théâtre dans le premier mouvement dont la texture, essentiellement instrumentale et symphonique, présente une certaine ressemblance avec les futurs développements beethovéniens. »111

Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto no 19 en fa majeur K 459 (III. Allegro assai), par Alfred Brendel et The Academy of St. Martin-in-the-Fields, sous la diorection de Neville Marriner.

Notes

110. Hocquard Jean-Victor, Mozart, de l’ombre à la lumière. Jean-Claude Lattès, Paris 1993, p. 231-233.

111. Szersnovicz Patrick, dans « Le Monde de la musique »

 

 

 

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bouquetin

Dimanche 28 Janvier, 2018 1:58