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Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis, 26 juin 2018 —— Frédéric Norac.

Les jeux de l'amour et du hasard : Erismena de Francesco Cavalli

Erismena de Cavalli au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. Photographie © Jeremie Cuvillier.

On reconnaît dans Erismena, opéra de Cavalli créé à Venise en 1655, tous les topoï de l’opéra baroque naissant : travestissement, subterfuge, disparitions, retrouvailles, un roi trompé par une esclave dont il est amoureux, une femme abandonnée en quête de son amant sous un déguisement masculin et bien sûr l’éternelle vieille, moquée de tous et qui ne peut se résoudre à renoncer à l’amour et au plaisir. L’histoire sur le papier est si compliquée qu’elle paraît incompréhensible et impossible à résumer. Et pourtant, sur la scène par le miracle du théâtre, rien n'est plus évident que cet imbroglio et son chassé-croisé amoureux à neuf personnages autour d’une unique « figure féminine », Erismena, avec son lot d’exaltations, ses joies et ses désillusions. Significativement les sommets de la partition sont les duos qui célèbrent les mystères de l’amour et du désir.

Créée au festival d’Aix-en-Provence 2017, la mise en scène de Jean Bellorini fait la preuve que réussir une production n’est pas affaire de moyens, mais d’imagination. Avec un grand châssis mobile suspendu aux cintres évoquant une situation en perpétuel déséquilibre, une sorte de mobile lumineux et coloré qui tient du lustre et du planétarium et une dramaturgie entièrement basée sur la lumière, sa direction d’acteurs au cordeau, mais non sans fantaisie, donne vie à cette intrigue improbable, chair et humanité à ses personnages et réussit même à nous émouvoir au final avec la scène pourtant bien téléphonée des retrouvailles d’Erismena et de son amant.

Erismena de Cavalli au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. Photographie © Pascal Gely.

Le plateau est aussi épatant au plan théâtral que musical et fonctionne comme une véritable équipe, porté par la direction attentive de Leonardo García Alarcon à la tête de sa Capella Mediterranea en effectif réduit. De Francesca Aspromonte dans le rôle-titre au plus petit rôle, ils sont tous impeccables et complémentaires comme ces trois contre-ténors aux timbres parfaitement différenciés et aux personnalités bien tranchées, plus sensuel chez Carlo Vistoli (Erineo), plus éthéré chez Jakub Jozef Orlinski (Orimeno) et plus terrien chez Paul-Antoine Benos-Djian. Deux excellentes basses, deux autres figures féminines, un ténor en travesti, tout ce petit monde fort bien costumé par les soins de Macha Makeieff avec un sens tout personnel de la caractérisation, tous en fait méritent d'être cités pour leur engagement et leur musicalité.

Décidément, au fur et à mesure, que l'on redécouvre l'œuvre profuse de Cavalli, on s'aperçoit de son importance dans l'histoire de l'opéra. Chacune de ses œuvres possède sa personnalité et sa tonalité propres au-delà des stéréotypes et, avec cette Erismena, c'est le travail de caractérisation des personnages qui frappe le plus et une façon très particulière de traiter le récitatif de façon quasi mélodique qui tranche avec les opéras déjà connus.

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'être à Aix ou d'accéder à ces deux reprises proposées par le Festival de Saint-Denis avec le TGP, Culturebox a capté l'année dernière ce spectacle enchanteur, avec une distribution légèrement différente, et il peut encore être visionné gratuitement jusqu'au 12 juillet.

 

Frédéric Norac
26 juin 2018

 

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norac@musicologie.org

 

 

 

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