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Orfeo, de Monteverdi, par Paul Agnew et Les Arts Florissants : un opéra folk

Orfeo, Les Arts Florissants. Photographie © Théâtre de Caen.

Téâtre de Caen, 28 février 2017, par Alain Lambert ——

Le (presque) premier opéra de l'histoire reste aussi l'un des plus beaux, surtout dans cette version dépouillée, avec son cercle de pierres où seuls les jeux de lumière transforment le décor, diurne ou nocturne. Et où les costumes colorés façon Nicolas Poussin suffisent à transporter les chanteurs et musiciens 410 ans dans le passé. Et plus loin encore, dans l'un des mythes fondateurs de notre humanité, la puissance d'Orphée, qui, par le chant et la musique, va dépasser la mort et l'oubli.

Dommage que la fin du livret initial de Striggio, pour des raisons de convenance, ait été modifiée en happy end, Appolon menant son fils au ciel (« chantant ensemble la plus exquise des arabesques » écrit le programme ...) Pourquoi ne pas laisser les jalouses Ménades  le démembrer, comme le raconte Ovide ? Qu'il puisse enfin retrouver son Euridice aux Enfers.

Heureusement, le final musical nous fait oublier ce duo vocal  pas vraiment convaincant, dans une danse où chanteurs et musiciens se retrouvent au rythme des mains frappées, avant de se figer en scène pastorale, pendant que le rideau diaphane tombe sur eux.

Dans cette recréation coproduite par le théâtre de Caen, tout est réussi. Les musiciens et les chanteurs sont excellents, à commencer par Cyril Auvity et Hannah Morrison, Orphée et sa double muse. Ou Antonio Abete et Miriam Allan en hôtes des Enfers.  Sans oublier Lea Desandre  en messagère du malheur et dont la coupable détresse est forte et émouvante.

Dans la toccata d'ouverture, les trombones ne tonitruent pas comme une fanfare mais introduisent en douceur à la fête qui va suivre. Ils seront bien sûr plus acérés quand viendra le temps de la tragédie. Les violons virevoltent, les luths dialoguent d'un bord à l'autre, les flûtes à bec et les cornets à bouquin ajoutent leurs timbres joyeux ou intrigants aux étapes du drame.

Les voix ne sont jamais outrées, mais conservent naturel et fraîcheur. Le choeur est superbe, jouant de toutes les nuances du madrigal dont Monterverdi est un virtuose — et Paul Agnew aussi — mêlant le passé musical récent aux innovations de l'opéra à venir, particulièrement dans les lamenti d'Orphée, et ceux de la messagère et d'Euridice.

Orfeo, Les Arts Florissants. Photographie © Théâtre de Caen.

Un bel hommage pour célébrer le 450e anniversaire de la naissance du musicien, toujours bien présent par la puissance de sa musique.

En tournée en mars à Vienne, Katowice, Versailles (le 8) Madrid et la Philharmonie de Paris (le 20)

Au théâtre de Caen en danse, Pléiades d'Alban Richard avec les percussions de Strasbourg les 3 et 4 mars  et Orfeo de Luigi Rossi les 23 et 24 mars

Alain Lambert
28 février 2017

 

Alain Lambert : alain@musicologie.org - Ses derniers articles : Jan Lundgren, Potsdamer Platz : le nouveau souffle du jazz nordiqueLéa Castro 5tet, Roads : du jazz vocal à la croisée des chemins musicauxFaby Medina, « Following Love » : entre compos et standards Amazing Keystone Big Band, « Le carnaval jazz des animaux » : en fanfare ! — Sankai Juku « Meguri » : entre rituel cyclique et évolution du temps — ... Plus sur Alain Lambert, tous ses articles.

 

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