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Les oubliés du Grand siècle, avec Les Meslanges

Serpent

Châteauneuf-en-Auxois, église Saint-Philippe et Saint-Jacques, 20 août 2016, par eusebius ——

Pour clore leur seconde saison, les Musicales de Châteauneuf ont eu l'excellente idée d'inviter Thomas van Essen et ses Meslanges. Si le répertoire des opéras, des grands motets et — dans une moindre mesure — des airs de cour nous est devenu familier, l'extraordinaire et abondant répertoire diffusé par les Ballard, davantage représentatif des goûts du temps, reste à découvrir, pour l'essentiel. À la lumière des méthodes et traités contemporains1.  Les Meslanges nous offrent une vingtaine de pièces, fort variées, représentatives de toutes les facettes de cet art. Pièces italiennes — Mazarin oblige — pour commencer, avec Salomone Rossi, Giovanni Ghizzolo et Benedetto  Ferrari, on rencontrera Giovanni Bassano et Ignatio Donati ensuite.

Ils sont quatre, dont Thomas van Essen pour la voix, et Volny Hostiou au serpent. Les deux autres vont changer régulièrement d'instrument pour nous faire apprécier, de la guitare baroque à l'archiluth, toutes les cordes pincées (Jérôme Lefebvre), et, de la flûte sopranino, l'alto, la ténor, au cornetto et au cornettino (Eva Godard). Avec cette large palette et les combinaisons qu'elle offre, l'expression et les couleurs se renouvellent en permanence. Des textes particulièrement pertinents d'auteurs du XVIIe siècle. vont opportunément relier les pièces vocales ou instrumentales. Ils sont déclamés par Thomas van Essen, de façon souple et expressive, animée, avec un art consommé, dans une belle langue rythmée et colorée à souhait, celle du XVIIe siècle.

Mersenne

Que retenir particulièrement de ce beau programme ? Aucune pièce ne laisse indifférent. De François Dufault, luthiste dont ne sait pas grand-chose, Adieu délices de mes jours (de son Tombeau de Monsieur Blanrocher) et quelques pièces de luth suffisent à le distinguer : l'écriture en est très soignée, aux polyphonies riches. N'esperez plus mes yeux  doit sa célébrité tant à son auteur, Boësset2, qu'à Marin Mersenne qui en publia des exemples de diminutions dans son Harmonie universelle. Celles de Bassano sur le célèbre madrigal Vestiva i colli de Palestrina, ici confiées au cornet et à l'archiluth, ne méritent pas moins d'éloges. Il faudrait citer le Gloriosa Domini, de Donati, avec de beaux effets d'échos, et une spatialisation bienvenue3, la chaconne finale de Bousset4, sur sa quarte descendante…

Mersenne

Inlassable défricheur, Thomas van Essen chante avec conviction des textes chargés de sens : l'émission est sonore, articulée, d'un timbre séduisant, avec tout le soutien et la conduite requis, sans compter le respect scrupuleux du style, de l'ornementation. Ce dernier éloge vaut pour chacun de ses amis, dont la technique instrumentale est consommée. La clarté d'émission, l'indépendance des lignes sont à signaler, particulièrement pour le luth de Jérôme Lefevre. Quant aux cornets et flûtes d'Eva Godard, c'est un plaisir de les entendre. Volny Hostiou, écouté récemment5, est incontestablement le virtuose de cet instrument davantage connu pour son nom et sa forme que pour ses qualités musicales. Le programme comportait une pièce de plain-chant en faux-bourdon de Bournonville, illustrant son domaine d'élection. L'émission ronde et veloutée du serpent, qui se conjugue si bien à la voix, fait regretter que les musiciens baroques de notre temps n'y recourent pas davantage. Même si nos oreilles ne sont pas accoutumées au fait de confier la basse continue au serpent, il faut reconnaître que le résultat est pleinement convaincant.

Le bonheur de la découverte de ce répertoire, si rare, d'une veine mélodique et contrapuntique riche et colorée, appelait un bis, auquel le public est invité à participer, fort joyeux (et coquin) réunissant tous les musiciens.

Eusebius
21 août 2016

1. ainsi l'Harmonie universelle (1636-1637) du Père Marin Mersenne, dont les diminutions d'un air de Boësset seront interprétées, ainsi Jean Millet, qui publia à Besançon sa Belle méthode ou l'art de bien chanter, en 1666, à laquelle le programme emprunte un Ave Verum.

2. Successeur de Guédron, son beau-père, Anthoine Boësset , le maître de l'air de cour au temps de Louis XIII, nous en laisse plus de 200 (7 livres pour voix et luth, et 9 d'airs de cour à 4 et 5 parties), où, curieusement, la basse n'est pas notée.

3. la voix dans le transept Nord, le cornet dans le Sud, l'archiluth et le serpent dans le chœur.

4. Jean Baptiste Drouart de Bousset laisse de nombreux Airs spirituels et Airs sérieux et à boire, dont « Oiseaux si tous les ans », qui sera mis en musique par Mozart (K 284d), plus de soixante ans après.

5. Volny Hostiou participait à la recréation de trois grands motets de Blanchard, avec Les Passions, dont Musicologie a rendu compte. Signalons également  la richesse harmonique singulière du serpent : sans y prêter attention, on  perçoit distinctement les 3 premiers harmoniques des finales, particulièrement lorsqu'elles sont dans le registre grave.

 

Eusebius, eusebius@musicologie.org, ses derniers articles : L'opéra autrement, avec Rigoletto à SanxayLes Musicales de Châteauneuf s'ouvrent magistralement avec Juliette MazerandAntoine-Esprit Blanchard : la révélation d'un sous-maître — Sonya Yoncheva, merveilleuse Iris candide et solaireFestival Radio France Montpellier : Bach J.-S. et C.P.E., ou Die Kunst der SonateGabriel Tchalik et Deborah Nemtanu : la virtuosité comme on l'aimeSaint-Saëns et Zemlinsky, inégalement servisComme un air de famille, Gabriel et Dania Tchalik, violon et pianoPlus sur Eusebius.

 

 

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bouquetin

Mercredi 24 Août, 2016 14:16