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Zhu Xiao-Mei,
surprenante

Dijon, Auditorium, 12 janvier 2013

Par Eusebius

zhu Xiao-Mei Zhu Xioao-Mei

Zhu Xiao-Mei est une pianiste rare. Elle se produit peu en dehors des grands festivals dont elle est familière, et c'est une chance de l'écouter de nouveau à Dijon. Il est vrai que sa charge de professeur au C.N.S.M. l'absorbe considérablement.

Passionnée depuis toujours par l'œuvre de Bach — les Variations Goldberg et le Clavier bien tempéré en particulier — on ne la connaissait dans d'autres répertoires qu'à travers ses enregistrements.

Le concert s'ouvre sur la 38e sonate de Haydn, Hob XVI:23. D'emblée c'est un grand bonheur. Un premier mouvement limpide, primesautier, le deuxième teinté d'une émotion contenue et le finale jovial et débridé.

Cette excellente mise en bouche était prometteuse. Las, la Fantaisie en ut mineur (BWV 906) puis la Partita en si bémol (BWV 825) nous laissaient sur notre faim. La maîtrise en est exemplaire, virtuose, toute en souplesse, en fluidité. C'est du très beau piano. Mais l'interprétation déconcerte : le Bach de Zhu Xiao-Mei est magistral, mais affecté (on n'ose écrire « efféminé » !). Un Bach dont le pathos est surligné, revisité par Chopin et Cie, ou Schweitzer, aux antipodes de la vision du regretté Gustave Leonhardt. Surprenant.

C'est pour l'opus 111 que le nombreux public s'était déplacé. Il était précédé par l'Andante favori en fa majeur,  agréablement joué, bien sûr, mais superflu sans doute avant l'ultime sonate de Beethoven. Sommet aussi de son art avec ses deux mouvements aux caractères opposés, impétueux, véhément pour le premier, apaisé pour le second. « La sagesse est venue sur le vieux front ravagé » écrit Romain Rolland*. Tension, désespoir intense de l'ut mineur du premier mouvement, sérénité profonde de l'arietta et de ses cinq variations.

Zhu Xiao-Mei déclare combien de doutes l'ont assaillie jusqu'au jour où tout a basculé : « Je suis persuadée que c'est dans son opus 111 qu'il [Beethoven] nous livre au piano son message suprême sur la mort ». Opinion pleinement fondée et partagée, à laquelle on a peine à confronter son interprétation. Le premier mouvement paraît en retrait de son pouvoir prodigieux : autant Zhu Xiao-Mei excelle dans le registre aigu et dans les pianissimi, autant les basses paraissent relativement frêles dans une œuvre qui les sollicite plus qu'aucune autre. On attendait une puissante révolte, pathétique, virile voire sauvage, on n'en a que l'image.

L'arietta est abordée dans un mouvement allant — c'est pourtant un adagio —, dépourvu de la gravité naturelle de son thème. Les respirations, essentielles, sont à peine estompées. Alors que l'on devrait atteindre à une sorte de joie suprême, on reste sur terre. Comme toujours, le toucher est superbe. Mais il est insuffisant à faire oublier l'essentiel.

Deux bis, un Bach, toujours élégant et romantique, et la Chanson de printemps de Mendelssohn, exemplaire.

                                                                            Eusebius (13 janvier 2013) 

*Auquel on doit l'analyse la plus juste, la plus pénétrante de ce chef-d'œuvre. Pas moins de trente pages (dans Le chant de la résurrection, 1937 ; pp.787-817 de l'édition monumentale du Beethoven où sont rassemblés tous ses écrits relatifs au compositeur). On relira avec profit les analyses des sonates par Badura-Skoda & Demus, par Boucourechliev aussi, sans oublier Riemann et tant d'autres.

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