Zad Moultaka : « où en est la nuit »

Zad Moutalka, Où en est la nuit, Nouvel ensemblre moderne, Lorraine Vaillanbcourt (direction), Alexendru Sura (cymbalum), Pablo Marquez (guitare). MFA, Empreinte digitale 2014 (ED 13238).

1er novembre 2014, par Alain Lambert ——

Où en est la nuit ? Cette question peut s'entendre d'au moins trois points de vue. Celui de tout humain qui la voit descendre sur son monde, en atténuer les images et les bruits vers le noir et le silence, qui a leur tour vont diminuer jusqu'à l'aube. Ou celui de notre planète que la nuit survole comme un banc de nuages créant l'ombre et la lumière sur le rivage. Enfin, celui symbolique de la barbarie qui toujours renaît de ses cendres, ici et là.

D'où cette musique mouvante et oscillante, intrigante, aux paysages sonores en clair obscur, entre cri et murmure, se déployant en trois longs mouvements, parsemés de sirènes cuivrées et de percussions énervées.

La première pièce, court poème symphonique, donne le titre, la matière et le ton à l'ensemble, même si elle en est la plus récente (2013). Selon son auteur, Zad Moultaka, compositeur franco-libanais né en 1967, Où en est la nuit est né d'un son, celui d'un silence, inquiet, angoissé par sa propre disparition, le son d'un espace respirant fébrilement dans le cœur de la violence humaine... Dansant sur les craquelures du silence. Puis son effritement. Le vide...

La seconde, plus ancienne (2004), est un concerto pour cymbalum, instrument rare, percussion mélodique riche de possibles, et chœur scandé, avalé, chuchoté sur un  poème en russe, Fanariki, d'Ivan Silinski (sept chants de guerre) où la rumeur se prépare longuement à enfler en escaladant les degrés de la gamme métallique, au milieu des vents coléreux, avant de s'estomper lentement dans le  silence.

La dernière, Hambleceya (2012), est un concerto pour guitare. Son titre réfère à un ancien rite d'initiation Lakota qui signifie implorer le rêve. La guitare semble se dédoubler dans l'orchestre, comme un reflet inversé — ainsi fonctionne le poème d'accompagnement écrit en miroir — ou comme des gouttes de son provoquant des irisations ou même des vagues sonores de plus en plus fortes, puis espacées.

Alexandru Sura et Pablo Marquez sont les deux solistes invités du Nouvel Ensemble Moderne de Montréal, dirigé par Lorraine Vallancourt. Tous sont à la hauteur de ce questionnement métaphysique et musical, qui n'est agréable qu'en apparence, quoiqu'en dise un des auteurs du livret, puisqu'il nous plonge dans des vertiges insoupçonnés mais bien réels, dont le silence final n'est qu'un écho oppressant de la fuite du temps.

Voir le site du compositeur (avec en particulier la traduction du poème d'Ivan Silinski)

 

 

plume Alain Lambert
1er novembre 2014

 

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