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Une Turandot de Busoni,
qui fait perdre la tête, à Dijon
(13 mars 2011)
Par Eusébius

Largement et injustement méconnue, surtout par rapport à celle — postérieure  — de Puccini, malgré la réalisation lyonnaise de Kent Nagano, et l'enregistrement — de peu antérieur, il y aura bientôt vingt ans — de Gerd Albrecht, cette Turandot était attendue avec impatience et curiosité.

Inscrite dans un projet pluriannuel consacré à Gozzi (le rival de Goldoni), la réalisation en a été particulièrement soignée.

Une mise en scène originale, intelligente et provocatrice (de Cisco Aznar), que n'auraient pas renié Buñuel ni Almodovar, où le cinéma muet s'invite avec les arts du cirque, des solistes de première catégorie (Sabine Hogrefe en Turandot, après Isolde à Bayreuth, et Thomas Piffka en Calaf, sans nommer toute la distribution), un chef remarquable, Daniel Kawka, attentif à chacun de ses chanteurs, qui galvanise l'orchestre local et le conduit à soutenir la comparaison avec les meilleurs, tous les ingrédients étaient réunis pour une production d'exception.

La narration s'effectue d'abord sur l'écran en fond de scène, et résume l'action: on découvrira ensuite que les protagonistes sont les chanteurs eux-mêmes. Germanique et espagnole, cette parodie grand-guignolesque un peu longue nous prévient : la Chine est une fiction, de même que chacun des personnages relève d'un imaginaire onirique. Ce sera ma seule réserve : l'accumulation, la débauche de références de cette mise en scène inventive sollicite tant l'attention que la musique s'en trouve reléguée parfois au second plan. Et c'est dommage, car la partition de Busoni mérite d'être traitée autrement qu'en musique d'ameublement. Héritière de la vocalité italienne, mais aussi de l'écriture germanique du début du siècle, elle est moins séductrice pour l'amateur d'émotions lyriques que celle de Puccini, mais ô combien subtile, construite, distanciée, et — en cela — plus fidèle à Gozzi. Et sous ce rapport, on pense naturellement à L'Amour des trois oranges, de Prokofiev.

Les solistes sont pleinement engagés et l'on chercherait en vain une faiblesse ou une défaillance. L'embonpoint de Turandot, qui doit nuire à sa crédibilité scénique en Isolde, ne la dessert pas dans ce cadre, et ses qualités vocales sont admirables. Le ténor, Thomas Piffka, est splendide, d'une voix puissante, bien timbrée. L'empereur de Chine et son serviteur sont également superbes. On se souviendra longtemps d'eux, ne serait-ce que visuellement : l'empereur promené dans un fauteuil médicalisé, sous perfusion, et Barak — noir — en soutane d'évêque, tenant en laisse trois taureaux-danseuses, correspondant aux trois énigmes, que Calaf terrassera tour-à-tour dans une parodie savoureuse. On ne peut passer sous silence les artistes de cirque interprétant les corps décapités des prétendants malheureux.

Un régal, donc, que ce spectacle complet, où l'imagination débordante du metteur en scène occulte parfois la merveilleuse musique de Busoni.

Eusébius


Références / musicologie.org 2011