Un  superbe concerto pour violon de Jean Louis Agobet, et un dimanche avec Thierry Escaich au piano. Deux [aspects] du festival des musiques d'aujourd'hui

 

 

Caen, 25 et 30 mars 2014, par Alain Lambert ——.

Une « expérience auditive » à laquelle nous étions invités, sur un principe d'ailleurs assez exceptionnel : une première audition du concerto de Jean Louis Agobet, une présentation par le compositeur accompagné par l'Orchestre de Caen pour une quinzaine d'exemples commentés. Ensuite une reprise de l'œuvre.

Jean-Louis AgobetJean-Louis Agobet.

Au violon, Marie-Stéphanie Degand emmène l'orchestre de son archet, tel une flamme qui se propage dans des paysages sonores inattendus et parfois inentendus, où les bois et les vents sont accompagnés de percussions en terre, ce qui fait déjà au moins quatre éléments. Et s'il manque l'eau, le xylo grave peut aussi l'évoquer, pour compléter ce jeu passionnant de sonorités élémentales, où le son se prolonge d'un coin de l'orchestre à un autre, en jouant sur les timbres, les accords, l'immobilité ou la mobilité rythmique, le sous-entendu et l'explosion sonore. Et sans abuser de cette dernière, sur le simple principe du contraste.

Le violon propose et l'orchestre développe, guidé par son chef Vahan Mardirossian, tous très attentifs à ce qui se construit, dans la continuité des trois mouvements (vif, lent, vif), sans interruptions mais avec de multiples ruptures et décalages. Le son premier, dans les aigus éthérés, du violon, reviendra s'éteindre dans un souffle de flûte et une caresse de terre, après de multiples développements et variations.

stépanie maris dugandMarie-Stéphanie Degand.

Un travail passionnant sur la matière sonore de l'orchestre traditionnel, et la relecture de sa tradition classique, sans intervention électronique ou informatique, mais en tenant compte de toutes les nouvelles palettes sonores, avec juste trois pots de fleur ajoutés aux percussions.

Au gré des auditeurs, on peut y entendre des hommages à Varèse, à Berg, à Zappa peut-être aussi ... L'auteur, qui a enseigné trois ans la composition ici, connaît bien l'orchestre et la soliste, on a bien ressenti la complicité ambiante dans cette (double) création (mondiale).

Le dimanche, retour à des formes plus simples, trois solos et un quintette le matin, et un ciné-concert avec piano l'après midi.

Thierry EscaichThierry Escaich. 

Si les deux pièces de Henri Dutileux et de Gilbert Amy, pour violoncelle d'abord, puis alto, étaient intéressantes dans leur (dé)construction et leur expérimentation sonore, et très bien interprétées, la pièce pour violon de Thierry Escaich Nun Komm, avec son retour à la mélodie gagne en sensiblité, par son équilibre entre recherche et musicalité, du moins pour l'auditeur moyen, même ouvert à toutes les expériences.  Avec aussi  le plaisir de retrouver la violoniste du concerto d'Agobet, Stéphanie-Marie Dugand, toujours aussi sensible et virtuose.

Mais le clou de la matinée, dans cette progression vers la musicalité réinventée, c'est le quintette avec piano, La Ronde, du même compositeur, dans laquelle est repris le principe narratif du texte éponyme de Schnitzler, où le motif secondaire d'une séquence devient le principal de la suivante. Mais aussi le motif mélodique du film d'Ophüls, comme une rengaine de limonaire, qui se transforme et se réinvente tout au long de cette subtile et magnifique pièce, remarquablement jouée par Stéphanie-Marie Dugand, Jasmine Eudeline, Christophe Desjardins, Raphaël Chrétien, et Thierry Escaich, le compositeur, au piano.

Cerise sur le gâteau, c'est le même pianiste qui accompagne l'après midi un ensemble de films d'animations proposés à un public familial dans le cadre des « mini-concerts » au conservatoire.

Une belle réussite, très applaudie, pour deux raisons : le choix des films, rares et anciens, est excellent, et réussi à maintenir l'attention d'un public nombreux et souvent minuscule. L'improvisateur, lui,  est à la hauteur de la qualité des images, inventif, drôle, coloré, contrasté, poétique... Une belle expérience musicale et visuelle pour clore ce festival, et l'ouvrir à un plus grand public.

plume Alain Lambert
25 et 30 mars 2014

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ISSN 2269-9910

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Mardi 1 Avril, 2014 10:35

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