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Michel Rusquet
Trois siècles de musique instrumentale
Un parcours découverte

Table des matières

III. Le temps de Bach

 

Pietro Antonio Locatelli

1695-1764

France - Italie - Allemagne - Autres nations

Autre brillant représentant de cette génération de violonistes compositeurs, le fantasque bergamasque voua totalement sa vie à son instrument et, à la différence de Tartini et de Geminiani, ne manifesta aucun goût particulier pour la spéculation ou la théorie. Tout à ses prouesses de virtuose, ce « Paganini du xviiie siècle » ne trouva pas non plus à s'illustrer dans des affaires de mœurs, mais plutôt par les innombrables casses qu'il fit subir à ses instruments trop souvent soumis à la torture.

Après Bergame, c'est à Rome qu'il se forma, sans que l'on sache bien s'il fut ou non l'élève de Corelli. C'est également à Rome qu'il conquit ses galons de virtuose, prélude à une carrière qui devait bientôt le conduire à se produire avec un succès grandissant à Venise, à Munich, à Berlin, à Kassel, puis à Amsterdam où il allait s'établir définitivement en 1729. Pendant trente-cinq ans, il tiendra un rôle important dans la vie musicale de cette ville, notamment à travers les concerts publics réguliers qu'il y organisait, tout en soignant sa réputation de virtuose hors pair.

C'est également à Amsterdam qu'il publiera l'essentiel de ses œuvres, une production qui tient en huit numéros d'opus (on saluera au passage la belle retenue de notre fougueux violoniste) et se partage sans surprise entre sonates et concertos, avec au beau milieu un recueil particulièrement emblématique de son art, L'arte del violino.

Les Sonates

Sur les quatre recueils de sonates publiés par Locatelli, l'un — le tout premier, publié en 1732 sous le numéro d'Opus 2 — est constitué de 12 Sonates pour flûte traversière et basse continue. Des œuvres aimables, bien dans l'air du temps, où cependant apparaît ça et là la personnalité propre du compositeur.

En 1736 et 1737 suivront deux recueils : l'Opus 5 d'abord, avec 6 Sonate a tre pour deux violons ou flûtes et basse continue, des œuvres dont l'écriture capricieuse dispense une belle variété de sensations et d'émotions fugitives ; puis l'Opus 6 avec ses 12 Sonate da camera pour violon et basse continue, des pages étonnamment peu fréquentées — hormis la sonate sous-titrée « Le Tombeau » dans l'arrangement d'Ysaÿe — alors qu'elles révèlent bien des traits du génie singulier de leur auteur.


Sonate a tre en sol majeur opus 5 no 6 « Bizarria »
I. Largo andante, II. Vivace, III. Gavotta, IV. Largo, V. Minuetto
Jed Wantz (flûte), Manfred Kraemer (violon) & Musica ad Rhenum.

 


Sonate en fa mineur opus 6 no 7 « Le Tombeau », Arrangement Ysaÿe
I. Lento assai e mesto
Leonid Kogan & Andrei Mytnik


Sonate en mineur opus 6 no 12
Fabio Biondi & Europa Galante

La série se conclut avec l'Opus 8 de 1744 comportant dix sonates dont 6 pour violon et basse continue et 4 pour deux violons et basse continue. C'est sans doute dans cet opus, et pas seulement dans les sonates nos 7 à 10, celles pour deux violons, qu'on trouvera les meilleurs moments de musique de chambre de Locatelli.


Sonate en majeur opus 8 no 2
Gottfried von der Goltz & les membres du Freiburger Barockorchester

L'Arte del violino opus

C'est l'opus de référence du musicien, celui qui occulte — certainement un peu trop — le reste de sa production. Publié en 1733, ce recueil se révèle en fait assez singulier puisqu'il comporte d'une part 12 concertos et de l'autre 24 capricci pour violon, des caprices qui ont vocation à être intégrés en tant que cadences à l'intérieur même des concertos auxquels ils sont reliés.

Si cet Opus 3 attire à ce point l'attention, et s'il continue d'effrayer une majorité de violonistes, c'est bien parce qu'il accumule les curiosités les plus folles et les acrobaties les plus hallucinantes, ce qui explique d'ailleurs que Paganini se soit emparé plus tard de ce « modèle » pour essayer de faire aussi bien dans ses propres Caprices. En réalité, l'auditeur est vite gagné par une  impression, celle d'être convié par Locatelli à un spectacle qui serait celui de ses propres concerts : « À chaque concert (dont l'entrée était interdite à ses collègues violonistes), il était comme possédé, débordait d'imagination et réconciliait exploit technique et pure musique, transformant les diaboliques exercices où il est facile d'entrer, mais plus difficile d'en sortir en petits drames expressifs, générateurs d'images musicales étonnamment vivantes. »1


Concerto opus 3 no 1 en ré majeur
( I. Allegro capriccio)
Giuliano Carmignola & Venice Baroque Orchestra (Andrea Marcon)

 


Concerto opus 3 no 9 en sol majeur
I. Allegro capriccio ; cadenza)
par Giuliano Carmignola & Venice Baroque Orchestra / Andrea Marcon

Autres Concertos

Hormis une œuvre isolée (Sinfonia composta per le esequie della sua Donna che si celebrarono in Roma), les autres œuvres que Locatelli a destinées à des formations orchestrales se limitent à trois opus : l'Opus 1 de 1721 avec ses 12 Concerti grossi typiques de l'école de Corelli, dont les deux derniers ne sont pas loin de figurer parmi les chefs-d'œuvre du genre ; l'Opus 4 de 1735 contenant d'une part 6 Introduttioni teatrali et de l'autre 6 Concerti, des œuvres dans lesquelles le musicien s'affranchit largement des vieilles conventions pour laisser s'exprimer sa fougue et sa fantaisie ;  enfin l'Opus 7 de 1741, avec ses 6 Concerti, parmi lesquels le justement célèbre no 6 Il Pianto d'Arianna.


Concerto pour 4 violons en fa majeur opus 4 no 12
(II. Largo – III. Allegro)
Musica Antiqua Köln (Reinhard Goebel)

 


Concerto a quattro en mi bémol majeur opus 7 no 6 « Il Pianto d'Arianna » (4 premiers mouvements)
Concerto Köln

Notes

1. Roger-Claude Travers, « Diapason » (385), septembre 1992.

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013
Wednesday, 27 November, 2013 15:22

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