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Quat'sous de luxe
Die Dreigroschenoper
en version concert

Théâtre des champs Elysées, 28 février

Par Frédéric Norac

LOndon Philharmonic orchestraLondon Philharmonic Orchestra.
Photograhie © Richard Cannon

L'œuvre la plus emblématique du duo Kurt Weill Bertolt Brecht pose de nombreux problèmes d'interprétation. Plutôt musique de scène que véritable opéra, à cheval entre langage savant et références à la musique de danse des années 20, elle n'a jamais vraiment appartenu au répertoire des théâtres lyriques. Pourtant ses exigences vocales dépassent souvent les compétences  de comédiens, même lorsqu'ils sont d'excellents chanteurs.

Le London Philharmonic Orchestra and choir a opté pour  une approche calquée sur les grandes versions discographiques :  l'intégralité de la musique, y compris certains morceaux souvent escamotés dans les versions théâtrales ou arrangés à cause de leur difficulté, le tout relié par les interventions d'un narrateur.

A l'exception de la Jenny féline à souhait de Meow Meow, venue directement de la musique pop et dont la belle voix rauque renvoie à  la tradition créée par Lotte Lenya, tous les interprètes sont de véritables chanteurs lyriques. Deux vétérans des scènes internationales incarnent avec beaucoup de relief le couple Peachum. Le baryton-basse John Tomlinson — un ancien Wotan — n'a rien perdu de sa puissance mais, hélas, la voix bouge désormais un peu trop. La mezzo Felicity Palmer en revanche reste très fiable et  joue habilement d'une certaine acidité du timbre pour caractériser son personnage. Allison Bell en Polly et le Macheath de Mark Padmore paraissent moins personnels et sont plus convaincants  dans les passages lyriques que dramatiques. En Lucy Brown, la soprano Grabriela Istoc laisse entendre un beau potentiel dans son air souvent coupé du 3e acte, une sorte de grand récitatif accompagné où se profile le souvenir de la Reine de la Nuit.

Le comédien Max Hopp, qui assume également le Morität d'ouverture — la fameuse complainte de Mackie Messer — dans un style qui rappelle le célèbre enregistrement de Brecht lui-même, se révèle un excellent animateur même si , souvent, l'orchestre sur le plateau a tendance à le couvrir. Un beau travail de mise en espace dû à Ted Huffman, allié aux lumières de Malcolm Rippeth, suffit à apporter  la touche théâtrale nécessaire.

Le chef d'orchestre Vladimir Jurowski.
Photographie © DR.

Ce que l'on perd en « swing », dans la lecture classique de Vladimir Jurowski, est compensé par la force qu'acquièrent certains numéros, comme le finale avec chœur du deuxième acte, où l'on est saisi par l'agressivité et le caractère expressionniste d'une musique dont certaines adaptations postérieures ont affadi le langage.  Dans cette version, la confrontation entre la crudité du texte,  la recherche harmonique, l'instrumentation si particulière — entièrement basée sur les vents et les percussions, auxquels viennent s'ajouter piano et harmonium — et l'écriture vocale lyrique produit un effet détonnant particulièrement réussi.

Si l'on peut préférer des approches plus authentiquement populaires de cet opéra des gueux, il faut avouer que cette version « de luxe » en donne une vision plus décalée et, par le fait, plus grinçante.

 

Frédéric Norac

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