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La presse parisienne est une vieille et importante
histoire. Le nom de Théophraste Renaudot est connu de tous, au moins par
le Prix Renaudot qui couronne une oeuvre littéraire. Ce médecin, né en
1586 et mort en 1653 est le fondateur en 1631 de la « Gazette de
France », l'organe officieux de la cour. Mais ce n'est pas le premier
périodique, et la censure, créée pour combattre la prolifération de
libelles, limite considérablement la liberté d'écrire. Au point que
des périodiques français sont édités depuis la Hollande.
Aux abords de la Révolution, on compte environ 70
périodiques. Muselés politiquement, ils traitent des sujets que l'honnête
homme du temps des lumières apprécie, des nouveautés scientifiques, de
celles de la République des lettres. On y polémique sur divers sujets, on
y publie de la musique, on fait de la critique théâtrale ou musicale. On y
publie aussi des annonces, on y fait de la publicité.
Les plus connus sont le Journal des Savants, les
Nouvelles de la République des lettres, le Mercure savant, le Mercure
galant, le Mercure de France, le Journal de Trévoux.
Qui s'intéresse à l'ancien régime, y compris le
musicologue, a un jour ou l'autre ouvert une de ces collections pour y
chercher des informations, voire pour y prendre l'air du temps. Il y a là
une authenticité, une proximité avec le quotidien, une spontanéité qui en
disent beaucoup sur la réalité immédiate de ces temps passés.
Beaucoup de lecteurs d'aujourd'hui ont certainement
remarqué qu'on y publiait des annonces de musique. Ils ont pu s'en
distraire, s'en étonner à titre anecdotique. En effet, éditeurs et
musiciens payaient des emplacements pour annoncer leurs nouvelles
parutions. Mais bien sûr on en questionne pas pour autant ces publicités,
on ne se demande pas nécessairement sur quoi ces annonces pourraient nous
renseigner, ou si elles ont une valeur nutritive, si on peut dire, quant à
la construction du sens historique.
Cette idée revient à François Lesure (1923-2001) qui a
eu l'idée d'un recensement systématique de ces annonces. Son
épouse, la musicologue Anik Devriès-Lesure a fait aboutir le projet.
Le corpus est impressionnant. Les deux tiers des publications musicales de
la seconde moitié du XVIIIe siècle auraient fait l'objet d'annonces dans
les journaux.
D'abord, on peut penser que ces annonces concernent des
musiques suffisamment commerciales, donc à la mode et jouables dans les
salons.
On peut donc se faire une idée des goûts musicaux de
l'époque, de leurs évolutions, des instruments que l'on joue.
De plus, ces annonces sont parfois accompagnées de
commentaires pouvant fournir des informations inédites, comme l'adresse du
compositeur, la destination première de l'oeuvre.
Mais encore, ces annonces témoignent d'oeuvres
disparues, de compositeurs inconnus, est sont la meilleure des sources
pour dater les éditions musicales.
On peut y apprendre par exemple que la seule édition
concernant les oeuvres de Vivaldi est un arrangement pour flûte de
Jean-Jacques Rousseau.
Les notices sont classées selon le nom des compositeurs
et sont de parfaites représentantes des originaux. C'est un travail
méticuleux de bibliographe soucieux de la pureté documentaire.
Mais peut-être manque-t-il à cet ouvrage une discussion
sur le sens, sur la qualité des informations que nous pouvons en tirer, en
fait sur la pertinence de mener un tel travail de bénédictin.
Pourquoi achète-t-on des partitions au XVIIIe
siècle ? Pourquoi passe-t-on une annonce ? Est-ce nécessairement
pour vendre ou pour jouer ? Il y a parmi les partitions proposées à
la vente des musiques suffisamment virtuoses pour n'être accessible qu'à
une élite assez infime, comme les livres de clavecin de Jacques Duphly
(1715-1789), dont le premier est annoncé dans le Mercure de France de
1744. Bien sûr, les amateurs de musique d'aujourd'hui ont chez eux des
collections de partitions dont ils ne joueront parfois laborieusement que
quelques mesures.
Cela pose un autre problème qui est de savoir à qui
s'adressent ces différents périodiques et quel en est qualitativement,
quantitativement, territorialement le lectorat. Le Français à l'époque est
une langue internationale, ces annonces ne sont donc pas uniquement
destinées à l'honnête musicien parisien.
Peut-être encore aurait-il été possible sans porter
atteinte à la pureté de l'information première, d'indiquer les dates et de
situer en quelques mots les compositeurs.
Ce livre peut donc être un sérieux et solide point de
départ de recherche. Pour qui est musicalement intéressé par le XVIIIe
siècle (français), il est entre utile et indispensable. Pour les fêtes qui
approchent, il peut être un beau cadeau, y compris pour l'honnête
curieux.
Jean-Marc Warszawski
27 septembre 2005
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