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Poème mystique : Sonates d'Ernest Bloch par Elsa Grether et Ferenc Vizi

 

poème mystique

Poème Mystique : œuvres d'Ernest Bloch, et d'Arvo Pärt. Elsa Grether (violon), Ferenc Vizi (piano). Fuga Libera 2013 (FUG 711).

Enregistré les 28-31 juillet 2012 à Flagey (Belgique).

 

Par Jean-Marc Warszawski ——

 

Ernest Bloch est un des compositeurs les plus marquants de la première moitié du xxe siècle. Peut-être l'admiration qu'il portait à Beethoven l'a-t-elle conduit à envisager son œuvre comme celle d'un artisanat singulier, plutôt que participation à un mouvement collectif. Sa musique est très individuelle et originale. Dans le très bon livret, Harry Halbreich a raison de relativiser l'idée que la musique d'Ernest Bloch serait juive, inspirée de la synagogue (qu'est-ce donc là ?). Manière de situer comme on le peut ce qui échappe à toute école ou sens de l'histoire explicite.

C'est avant tout une musique intellectualisée, voire souvent méditative ou introspective, qui semble plus tenir de la glose ou du commentaire, que de la description, ou comme disaient les anciens de l'imitation de la nature et des passions. Il a aussi retenu de Beethoven le goût du développement acharné et du dépassement.

Sa musique, au moins dans les deux sonates pour violon et piano, particulièrement dans la première, peut paraître austère et acide, notamment par l'emploi d'intervalles « grimaçants », comme le triton. Une musique presque toujours tendue sur des influences impressionnistes bien perceptibles. Libérée de la tonalité, mais polarisée (dans la résonance de notes privilégiées) ou évoluant dans un sentiment modal, la musique de Bloch est aussi lancinante, par le retour cyclique obstiné à l'excès de thèmes ou de notes longues à l'aigu. Elle peut se détendre, aller à l'imitation, avec des thèmes d'allure tsigane, orientalisés par l'insistance de l'intervalle de seconde augmentée, comme dans la musique yiddish.

C'est une musique exceptionnelle, mais qui est loin d'être évidente, pour un premier cédé, Elsa Grether ne donne pas dans la facilité, elle est même assez audacieuse.

Quand on connaît l'artiste à la scène, juvénile, apparaissant comme passant là par hasard, mais radieuse d'y être, on est surpris par ce choix et la maturité d'exécution — on ne pense pas à la virtuosité évidemment au rendez-vous, et aux très belles sonorités, mais à l'esthétique et à l'expression.

Elsa Grether et Ferenc Vizi (toujours délicat et à propos) semblent être entrés droit dans les partitions de Bloch, avec ce qu'on peut appeler en musique de l'authenticité et de la vérité, sans troubler cette musique très exigeante, qui laisse très peu l'occasion d'exhibition personnelle aux interprètes.

 

plume Jean-Marc Warszawski
27 août 2013

 

1. Ernest Bloch, Sonate pour violon et pinao no 1, « Poème lyrique ». Andante moderato ; animato ; L'istesso tempo ; Animato.

2. Ernest Bloch, Nigun, n° 2 du cycle Baal Shem, trois images de la vie hassidique).

3-5. Ernest Bloch, Sonate no 1, pour violon et piano, Agitato, Molto Quieto ; Moderato.

6. Arvo Pärt, Fratres.

Premières mesures de Nigun

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