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Maurice Mondengo Iyoka B.

La recherche hymnologique
Son intérêt pour l'Église
et ses institutions de formation théologique
Cas de l'Université Protestante au Congo

 

Les questions sur la raison d'être ou non de la recherche hymnologique dans le travail que fait l'Église protestante et ses universités au sont actuellement celles qui suscitent l'empathie ou l'antipathie des hommes et des femmes qui décident sur les priorités de l'Église par rapport à ses institutions de formation théologique dans le monde. Mais, loin d'être sans importance, ces questions constituent une grande préoccupation de tous les temps par rapport au lien qui, depuis toujours, existe entre le protestantisme et la musique en général. Cette relation montre aussi combien et comment les Églises issues de la Réforme se sont développées sur le plan ecclésial, théologique et sociologique dans le monde. C'est certainement un problème auquel l'Église doit se positionner, si au moins elle veut assurer la sauvegarde de son identité et de sa différence hymnologiques authentiques qui sont nées avec la Réforme. Mais une question mérite d'être posée : pourquoi soulever un tel sujet et plaider pour une ouverture, de l'Église et ses institutions, à la recherche hymnologique ? Sommes-nous les premiers à soulever ce problème ? La réponse, bien entendu, est non. Nous voulons simplement, par cette réflexion, attirer l'attention des décideurs de l'Église et de ses institutions de formation théologique sur le besoin pressant de voir l'avènement effectif de l'hymnologie, comme science de la théologie pratique, prendre de plein pied sa place de noblesse  dans le cursus de la formation théologique des pasteurs.

Et pour étayer notre argumentaire, nous avons pensé d'abord nous appuyer sur quelques figures de proue de l'hymnologie protestante allemande et française, de notre temps, qui ont su poser ce problème avant nous, aux fins de rendre attentif le monde protestant des pays francophones, en appelant leurs consciences à la prise en considération du couple hymnologie - théologie dans l'intérêt supérieur de l'identité de l'Église protestante. C'est dans le souci de voir le cursus des institutions de formation théologique de l'Église (re)donner à l'hymnologie la place qui lui revient auprès  de la théologie que nous faisons cette réflexion. Car, dans notre for intérieur, nous croyons que celle-ci répondra  à la fois,  à la question fondamentale qui est celle de savoir pourquoi avons-nous choisi ce domaine de l'hymnologie comme celui de notre prédilection.

Ainsi, la réflexion se fera autour de trois articulations suivantes :

  1. Pourquoi une ouverture profonde à la recherche hymnologique ?
  2. L'ECC, l'UPC et la recherche hymnologique
  3. Le pourquoi de notre passion pour l'hymnologie

1. 

Pourquoi une ouverture profonde à la recherche hymnologique ?

Cette question de réflexion nous exige de faire recours à deux auteurs qui ont beaucoup milité pour que les questions de la recherche hymnologique, bien gré, malgré soient aujourd'hui sur la table de décideurs de l'Église et de ses institutions de formation théologique dans les pays de la langue française. Nous parlons d'Édith Weber et James Lyon.  Nous commencerons par la compréhension d'Édith Weber par rapport à cette question et puis viendra le tour de James Lyon.

1.1

Édith Weber et l'ouverture à la recherche hymnologique

Dès l'avant-propos de son ouvrage La recherche hymnologique1  Édith Weber lance un cri d'alarme mais aussi de dernier espoir, par rapport à la réalité française,  dans ce que nous pouvons appeler « Le plaidoyer d'Édith »2  ;  elle le fait en ces termes et nous la citons abondamment :

    L'hymnologie, discipline encore peu pratiquée en France au sens scientifique, est largement développé dans les pays de langues allemande et anglaise. « Parent pauvre » des Sciences religieuses, elle peut être rattaché à la Musicologie historique et à la Théologie pratique dans les structures universitaires protestantes et catholiques. Les commissions chargées de l'élaboration de recueils ont tendance à ramener leur objectif au niveau du goût et de l'usage, se prononcent sur la fonctionnalité du répertoire, mais ne s'attachent généralement pas assez aux sources littéraires et mélodiques de première main, faute de connaître les ouvrages scientifiques de référence en langues étrangères, les livres et articles, le tout dernier état de la question et les centres de formation, de documentation et de recherche.3

De ce cri du cœur d'Édith Weber nous pouvons noter qu'au sens scientifique, les pays de langues allemande et anglaise ont, depuis toujours, une longueur d'avance par rapport aux pays de langue française dans les questions de la recherche hymnologique voire sur la pratique même de l'hymnologie comme science. « Parent pauvre » des Sciences religieuses, l'hymnologie n'est toujours pratiquement pas rattachée à la Musicologie historique ni à la Théologie pratique dans les structures universitaires protestantes et catholiques de pays de langue française. Dans les travaux de l'élaboration de recueils, pour ceux qui les renouvellent encore, la tendance est de ramener l'objectif au niveau du goût et de l'usage, se prononçant simplement sur la fonctionnalité du répertoire et non sur sources littéraires et mélodiques de première main.

Édith Weber trouve la raison qui explique ces faits dans l'hiatus de la connaissance. La connaissance des ouvrages scientifiques de référence en langues étrangères, les livres et articles mais aussi celle d'être informé, chaque fois, du tout dernier état de la question dans ce domaine, savoir situer les centres de formation, de documentation et de recherche capables d'apporter la lumière dans l'obscurité de ce domaine. Elle ne fait seulement pas remarquer que le fossé est donc grand entre « ceux qui savent » et « ceux qui pratiquent » mais encore qu'il est des chercheurs, auteurs, éditeurs, mêmes mélomanes qui abordent cette « discipline entre les disciplines »4 dans l'Église et ses institutions de formation théologique sans une solide formation préalable et complémentaire. C'est ici qu'à la suite de Charles Baudelaire, Édith Weber trouve qu'il y a malentendu. Elle renchérit même : « Entre praticiens et hymnologues : la distance est très grande : Magna est distancia »5.

Il faut avouer avec notre auteur que beaucoup dans ce domaine est encore à rassembler aux fins de créer l'esprit hymnologique dans ce qui se fait dans les pays du monde francophone. Weber trouve que « l'hymnologie, étant une science transdisciplinaire spécialisée, qui ne peut être abordée sans une solide préparation musicale, exégétique et théologique… »6  et que même  « un excellent organiste, un chef de chœur expérimenté, un théologien chevronné ne sont pas pour autant et automatiquement des hymnologues dignes de ce nom, au sens scientifique du terme[...]. Car le métier ne s'improvise pas, il exige une méthodologie spécifique »7 , et le futur hymnologue doit suivre une double formation musicale et musicologique8.

Avec Édith Weber, on peut encore se référer à ce qu'il se fait ailleurs. En Allemagne, p.ex, le musicien d'Église bénéficie d'une formation structurée, bien organisée, et aussi institutionnalisée. Il doit d'abord acquérir des connaissances en solfège et en théorie, avoir une bonne oreille entraînée à l'identification des intervalles et de rythmes, maîtriser la pratique du clavier (et d'un ou plusieurs autres instruments), avoir une certaine expérience de déchiffrage. Enfin, une initiation aux sciences religieuses : Bible, catéchisme, sacrements, ordonnance des cultes, liturgie, calendrier de l'année ecclésiastique, fonds mélodiques (chorals, Psaumes, prières…) est indispensable, de même que la pratique et la prononciation de langues étrangères (latin, allemand, anglais, français)9.

Il faut dire que ce modèle allemand pris entre mille - car on pouvait aussi bien citer le modèle anglo-saxon- montre combien il y a des valeurs à importer si l'on tient à un sérieux dans l'être, l'avoir et l'agir dans ce domaine cher à l'Église. La rigueur dans la formation qui ressort ici prouve à suffisance que l'identité hymnologique de l'Église  protestante dans les pays de langues allemande et anglaise peut encore résister à tout vent d'effacement ou d'introduction des chansonnettes  populaires qui ont tendance à envahir nos temples sans assurer à leur vie une longévité dans ce domaine.

Il se trouve que la problématique d'une formation adéquate reste à surmonter chez les protestants des pays francophones.  La formation générale qui se donne dans les pays de langues allemande et anglaise passe d'abord par un cursus qui impose les cours de base en solfège, théorie, harmonie, histoire de la musique dans les écoles de musique, les conservatoires municipaux, nationaux et que selon les possibilités locales, l'enseignement instrumental et vocal sont également suivis. Aussi, la participation à la chorale et également à la classe d'orchestre y est possible10.

En somme, ce qui se fait ailleurs devrait nous pousser à nous interroger par rapport à notre état de question et aussi à notre situation actuelle dans ce domaine dans les pays de langue française. Ce n'est pas étonnant si les premiers cités, c'est à dire les pays de langues allemande et anglaise, ne peuvent pas facilement voir notre retard et comprendre qu'il faille que nous appelions à la réduction de la distance qui nous sépare d'eux dans ce domaine cher à l'Église, à son identité et sa différence. Nous pouvons affirmer qu'ils ne savent pas trop sur les réalités de nos difficultés ni sur l'inadéquation de notre formation dans ce domaine.

Qu'est ce qu'il va falloir faire pour assurer un lendemain meilleur à la musique de l'Église ? Nous croyons qu'il faut rêver l'organisation des formations générale et spécialisée de musicien d'Église. Et, la faculté de théologie peut bien réfléchir sur cet enseignement pour l'intérêt de la science théologique de notre Église. Mais la théologie et l'hymnologie oeuvrent-elles ensemble dans le travail que font les formations théologiques et nos Églises ? C'est là toute la question.

Cependant, il faut toujours croire que le travail que font les institutions de formation théologique et nos Églises peut un jour faciliter l'avènement d'une symbiose utile entre la théologie et l'hymnologie dans la communication de l'Évangile de notre Maître Jésus-Christ. Car l'hymnologie, science par excellence des hymnes, véhicule bien la théologie de la Parole mais aussi l'identité de son Église. C'est ici que James Lyon, compagnon hymnologique d'Édith Weber, qui est notre deuxième figure retenue, peut bien nous apporter les raisons fondamentales qui exposent les enjeux théologiques et pastoraux de l'hymnologie.

1.2

James Lyon et l'ouverture à la recherche hymnologique

On peut noter que dans son cours d'Hymnologie, James Lyon dégage clairement un nombre des enjeux qui s'offrent à nous comme des raisons fondamentales d'une passion pour une profonde ouverture hymnologique toujours soutenue. Tout le monde qui tombe entre les pages de son cours de l'hymnologie, peut aussi facilement constater avec nous ces quelques points que nous relevons dans les lignes qui suivent.

En parcourant son cours, on y voit clairement que notre auteur dans son combat pour le développement de l'hymnologie dans les institutions de formation théologique, trouve pourtant que les liens entre l'hymnologie et la théologie sont naturels bien qu'on doit déplorer à la fois le fait que dans la vie pratique, au quotidien, cette réalité ne s'incarne pas toujours avec autant d'évidence11. Il précise, dès l'abord, que le terme hymnologie n'implique pas seulement la musique au sens conventionnel où il est généralement compris mais qu'il faille considérer aussi le sens et l'esprit que la théorie gréco-latine accorde à la musique. Car selon cette théorie, l'hymnologie  s'occupe aussi bien de source, de sens et non seulement d'esthétique12.

James Lyon comprend la source, en tant que « qualité » est ce qui renvoie à l'étymologie allemande du mot Qualität telle qu'elle a été proposée par le mystique silésien Jacob Böhme (1575-1624) : « l'étymologie du substantif féminin Qualität vient de quellen (« jaillir »), Quelle, et désigne une force jaillissante, une source qui s'élève et qui s'élance (eine quellende Kraft). Lyon veut que retienne que le mot « qualité » est aussi apparenté à Qual (« souffrance », « tourment », « torture »). Dans chaque qualité, soutient-il, il y a un fond de souffrance13.   De là provient le dynamisme intérieur et la lutte des qualités entre elles ». Pour ce qui est du sens, il prend comme DIRECTION évolutive et VALEUR vitale14. De ce fait, pour Lyon, l'hymnologie apparaît comme une discipline scientifique faisant partie du cursus de la théologie pratique où son objet d'étude est « l'hymne », en tant que « louange à Dieu ». C'est au sens où le concevait la tradition paulinienne qui demande : « Que la parole du Christ habite en vous richement ; instruisez-vous et avertissez-vous mutuellement en toute sagesse. [Sous l'inspiration de la grâce, chantez à Dieu de tout cœur]. Chantez à Dieu dans vos cœurs votre reconnaissance par des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés par l'Esprit » que notre auteur abonde15.

Il faut dire que James Lyon, sans trop s'abattre, ne s'étonne pas de ce que la théologie puisse ignorer l'hymnologie ou l'hymnologie ne pas faire, du tout cas, de la théologie dans la quotidienneté de leur vie de sciences. Car pour lui, il va falloir attendre que les obstacles soient surmontés et permettre l'évolution de cette problématique à la fois importante et grave. Il le dit mieux quand il écrit : « Il n'y a pas de fatalité à ce que la théologie et l'hymnologie s'ignorent davantage. Certes, quelques obstacles à surmonter subsistent pour l'évolution d'une problématique plus importante et grave qu'on ne pourrait le croire »16. Mais Lyon pense aussi que le « débat pour ou contre le chant » s'avère, de toutes façons, inutile à ces jours. Car la connaissance introduite par l'hymnologie devrait rendre vaines de telles discussions. Grâce à l'hymnologie, on sait dire que la compréhension de la Parole se fait par le « cœur » - siège de l'intelligence - dont le chant en est la manifestation la plus probante. Et dans un culte, le chrétien qui chante préserve un héritage vital entretenu, en toute solidarité, par le pasteur et le musicien d'église17 pour l'intérêt de la beauté du culte rendu à Dieu.

Il faut renchérir que l'avantage avec l'hymnologie dans le travail que font la théologie et l'Église est que le chant d'assemblée - le cantique - sera toujours considéré à la fois comme objet d'étude et phénomène culturel, dans la mesure où l'homme, puis le chrétien ont toujours eu le désir d'exprimer leur souffrance et leur joie à la divinité ; d'entretenir, de la sorte, une relation directe avec elle18.

Devant la complexité de la question qui constitue, aujourd'hui, l'un des enjeux essentiels afin de répondre à des questions - souvent mal formulées - relatives à la connaissance du chant d'église chrétien, sous toutes ses formes et empreintes, pour tous les temps. James Lyon propose, méthodiquement,  qu'il faille  poser les problèmes et réfléchir sur le concept « hymnologie » avant d'envisager ses principales missions, en accord avec la théologie. Ainsi, la connaissance et la juste définition du cantique, des recueils, de la musique d'église savante apparaît-elle comme fondamentale19.

Avant de tenter de porter une appréciation sur l'intérêt que la recherche hymnologique peut représenter à notre Église, en général et à notre université en particulier, il est avantageux de retenir l'essentiel de ce premier point. Les deux hymnologues retenus, à cause de leurs travaux, dans cette réflexion sont unanimes que l'hymnologie se rattachant aussi bien à la musicologie historique qu'à la théologie pratique, incarne bien celle-ci. Car les liens entre l'hymnologie et la théologie sont naturels. Seulement qu'au moment où les pays de langues allemande et anglaise sont, depuis toujours, très avancés par rapport aux questions de recherches hymnologiques voire les questions sur la pratique même de l'hymnologie comme science, les pays de langues française ne sont qu'à leurs premiers pas. L'hymnologie est restée « parent pauvre » des Sciences religieuses ; elle n'est toujours pratiquement pas rattachée à la Musicologie historique ni à la Théologie pratique dans les structures universitaires des Églises protestantes des pays francophones. Un hiatus demeure dans la connaissance de choses à faire. Le fossé est criant entre « ceux qui savent » et « ceux qui pratiquent ». Tout montre que la distance est très grande « entre praticiens et hymnologues ». La formation n'est toujours pas encore structurée et aucun modèle n'est encore institutionnalisé. Mais, parce que la vie de l'Église est inséparable du chant, l'assurance d'un lendemain meilleur à la musique d'Église n'exige-t-il pas qu'on rêve de l'organisation des formations générale et spécialisée de musicien d'Église ? Et, si c'est le cas, les facultés de théologie ne peuvent- elles pas aussi réfléchir profondément sur cet enseignement pour l'intérêt de la science théologique qu'organisent nos Églises ?

Le travail qui se fait au niveau des institutions de formation théologique de nos Églises une celles-ci acquises à la cause, ne peut-on pas précipiter l'avènement d'une symbiose utile entre la théologie et l'hymnologie dans la communication de l'Évangile de notre Maître Jésus- Christ ? Car l'hymnologie qui véhicule aussi bien la théologie de la Parole que l'identité de son Église offre beaucoup d'enjeux théologiques et pastoraux pour bien communiquer et réaliser la mission de l'Église. A présent, quel peut être l'état de lieux de notre Église et celui de notre université par rapport au besoin de la recherche hymnologique ? C'est là le point que nous tentons d'examiner dans les lignes qui suivent.

2.

L'Église, l'Université Protestante au Congo et la recherche hymnologique

Quel intérêt représente la recherche hymnologique à notre Église, en général et à notre université en particulier ? En abordant ce point, l'idée qui nous anime est celle qui porte à croire que l'Église du Christ au Congo avec l'aînée de ses filles des institutions de formation théologique, l'Université Protestante au Congo, d'une part et la recherche hymnologique de l'autre, sont obligées de cavalier ensemble et de resserrer même les liens pour l'assurance d'un lendemain meilleur dans le domaine de chant d'Église.

Comme nous avons eu à le dire dans nos précédentes études, l'Église du Christ au Congo traverse un moment très délicat de son histoire dans l'âme de ses cultes. Et c'est beaucoup plus, le terrain hymnologique qui porte sur la place publique les indicateurs de cette crise d'identité protestante. Les chants traditionnels des recueils protestants se voient menacés d'effacement dans le culte de leur propre maison. C'est un peu du « ôtes-toi et que je m'y mette » qui se pratique dans ce domaine. Et, ce fait qui se pose aujourd'hui, avec acuité, se pointait déjà à l'horizon, il y a près de deux décennies sans que, manifestement, cela inquiète l'Église ni surtout l'université qui, en principe, assure la formation des théologiens - pasteurs qui dirigent les églises locales dans les différentes communautés protestantes qui forment l'Église du Christ au Congo.

Aussi, force est de constater que les théologiens formés dans notre prestigieuse université, bien qu'après avoir suivi quelques notions de l'hymnologie, ne savent pas trop changer les choses dans ce domaine et regardent impuissant les cantiques protestants mourir dans leurs assemblées en prière. L'idée ici n'est pas celle de s'offrir une tribune pour donner de leçons à d'autres théologiens, pasteurs. Mais c'est beaucoup plus le souci de chercher à tirer des leçons pour préparer l'avenir de l'Église et de ses institutions de formation théologique par rapport à la curiosité et recherche hymnologiques.

Quand on observe de près l'attitude des théologiens, pasteurs de l'Église du Christ au Congo, mais aussi celle des étudiants en théologie de l'Université Protestante au Congo par rapport à la l'hymnologie et même la compréhension qu'ils ont de cette discipline, on ne peut s'empêcher de se poser un nombre de questions. Etaient-ils préparés ou sont-ils entrain d'être préparés aussi pour l'hymnologie de l'Église du Christ au Congo? Si oui, avaient-ils été préparé musicalement, exégétiquement et théologiquement pour une quelconque action à mener aux fins de rétablir l'ordre dans ce domaine au sein de l'Église? Le cours d'hymnologie, lui-même, dispensé pour eux, avait- il suivi un cursus cohérent capable de les armer et leur permettre de redonner une nouvelle valeur de choses dans ce domaine? Avaient-ils reçu réellement une formation adéquate sur le plan hymnologique pour porter un jugement sur eux ? Ce sont là des questions, tout à fait, génériques qui peuvent nous pousser à rentrer en nous- même et réfléchir pour un possible nouveau départ dans le travail de la formation qui se fait dans les institutions de l'Église.

Car  si, en principe le métier d'hymnologue ne s'improvise pas, en fait, dans notre contexte tout semble trop s'improviser. L'hymnologie bien qu'étant une science vaste et spécialisée, elle s'aborde encore sans aucune forme de préparation musicale, exégétique et théologique adéquate dans les institutions de formation théologique de l'Église du Christ au Congo. Ce n'est pas étonnant que nombre des théologiens issus de nos institutions de formation théologique soient, chantent, vivent…sur une terre étrangère20  par rapport à l'hymnologie savante d'abord et protestante ensuite.

Aussi, aujourd'hui, c'est connu de beaucoup que nos églises n'ont presque plus d'organiste, ni de chefs de chœur formés moins encore des théologiens adonnés à l'hymnologie au sens scientifique du terme. Et, dire que celles et ceux qui font quelque chose dans ce domaine pour la beauté de nos cultes dans nos églises ne le font que par pure débrouillardise. Alors que « déjà, le théoricien Guy d'Arezzo (peu avant 1000- vers 1050) avait attiré l'attention sur la grande distance entre musiciens et chanteurs21  :

    « Musicorum et cantorum magna est distancia
    ISTI DICUNT, ILLI SCIUNT, QUAE COMPONIT MUSICA Nam qui facit non sapit diffinitur bestia »

    « Entre les musiciens et les chanteurs, la distance est grande Entre ceux qui savent de quoi est faite la musique
    Et ceux qui se contentent de la pratiquer.  Or, faire ce que l'on ne  sait pas, c'est le propre de l'animal. »22

Les mots sont peut- être trop forts dans cette citation. Et même choquants. Mais la réalité est pire. Pire, car la distance est aussi grande entre les théologiens et l'hymnologie. Pire, car nombre des théologiens qui sortent de nos institutions de formation théologique pour aller paître le troupeau du Seigneur dans nos différentes églises qui forment l'Église du Christ au Congo ne savent pas trop de quoi est faite la musique. Pire, car ils sont pour beaucoup et très nombreux des théologiens qui sont dans le camp de celles et ceux qui se contentent de répéter même en simple mimétisme ce qui se chante par tous car c'est en vogue. Pire, car ils sont entrain de faire ce qu'ils ne savent pas. Choquant, ils font le propre de l'animal dans ce domaine pourtant lié au ministère pastoral quotidien. Doit-on demeurer dans l'hiatus de la connaissance par rapport à ce domaine cher à la pratique théologique, alors qu'il se pose déjà un problème d'identité dans le terrain hymnologique de notre Église ? Comment combler ce vide d'ignorance, si l'on ne se préparait pas un lendemain meilleur à partir de notre faculté de théologie dans un cursus cohérent du cours de l'hymnologie pour sortir le culte protestant de l'emprise de la dévalorisation du cantique aux fins de la cohérence de nos cultes?

De notre point de vue, affirmons que la recherche hymnologique s'offre aussi bien à notre Église du Christ au Congo qu'à l'Université Protestante au Congo- par sa faculté de théologie- comme une réponse à cette question du comment combler ce vide d'ignorance. Mais aussi, elle s'offre comme une antidote capable de soigner, même à longue thérapie, la crise qui asphyxie le culte protestant. Oui, cette crise fait que les pasteurs, les théologiens, les chefs de chœur, les choristes et les « musiciens » d'Église ne semblent plus trouver l'importance de la signification du cantique de son identité et de son héritage dans le déroulement du culte. Or il appartient au pasteur, théologien, chef de chœur, musicien d'Église de valoriser le cantique dans nos cultes et nos célébrations.

Nous pouvons encore partager ici l'idée de James Lyon et affirmer avec lui que l'importance de la signification du cantique - pour une assemblée, pour la cohérence du culte - n'est pas encore suffisamment valorisée jusqu'à ces jours dans l'âme de nos cultes et nos célébrations.  Il ne s'insère pas seulement dans le cadre du culte - par l'accord à la prédication et la réception de la parole prêchée- il revêt aussi une signification en soi23. Reconnaissons avec cet auteur que la musique exerce un rôle primordial dans le culte protestant ainsi ponctué par le chant des cantiques, autant d'étapes qui conduisent au sens. Une préparation - en amont et en commun - de tous les protagonistes s'avère particulièrement nécessaire24  pour un culte réussi.

Les décideurs de l'Église du Christ au Congo et ceux de l'Université Protestante au Congo peuvent être d'accord avec nous autour de ce fait : toute musique aujourd'hui s'invite au culte protestant et personne ne dit mot pour se prononcer clairement sur cette problématique. Devant cette réalité, les opinions des observateurs divergent. Les uns pensent que c'est par inattention, d'autres pensent que c'est l'indifférence, d'autres encore pensent que c'est la résignation devant une situation désespérée qui s'empare des uns et des autres dirigeants de l'Église.  Pourtant, James Lyon peut encore soulever le cas des questions qui n'ont pas toujours trouvé des réponses satisfaisantes à propos de la musique qui s'introduit au culte : de quelle musique, pour quelle Parole ? Pour tenter de répondre à une telle question, la théologie seule ne suffit pas. Il faut aussi et surtout recourir à l'hymnologie. Car l'hymnologie par l'effort de son herméneutique peut extraire la valeur et la qualité qu'incarne le chant.  Mais faut-il encore que l'hymnologie arrive à couvrir toute sa place dans un cursus  cohérent pour mieux servir l'Église et ses institutions de formation théologique dans les questions qui lui reviennent de droit.  Aujourd'hui, à titre d'exemple, de nombreux théologiens, pasteurs ne connaissent pas grand-chose sur l'exercice historique de la Liedpredigt (prédication sur un cantique) du temps de Martin Luther. Mais, l'hymnologie peut faire que cela soit restauré relativement à l'importance de la liaison entre une mélodie et un texte, pour mieux considérer l'herméneutique25  de l'une et de l'autre. Cette relation sera introduite et transmise.

D'aucuns se souviendront que le souci d'organiser un culte beaucoup plus participatif par le chant était déjà une grande préoccupation de Martin Luther. La théologie, on le sait, forme des théologiens et des pasteurs. On sait aussi que le culte et son organisation sont comme la prunelle de l'œil du ministère pastoral. La théologie pratique, le sait fort bien. Et, à propos, l'histoire ne nous dit-elle pas que dès 1523 et même en 1524, Luther, le Réformateur protestant, avait émis quelques considérations par rapport au chant et au culte ?

Dans ses écrits publiés dans De l'ordre du service divin dans la communauté et Formula missae et communionis Luther affirmait deux préceptes essentiels pour la musique religieuse où le service divin serait centré sur le sermon, l'exégèse des textes sacrés d'une part, et le culte qui devrait recueillir la participation de la collectivité des fidèles par le chant d'autre part. Il faut dire que dans ce sens d'organisation les cantates de Bach en observent très rigoureusement la recommandation. N'est-ce pas que pour Martin Luther, la musique du culte est le reflet de celle qui est entonnée au ciel, son écho, la reproduction terrestre de la musique céleste ? Comment est –ce que  les théologiens en formation accéderont-ils  à la connaissance hymnologique si celle-ci n'est pas dispensée de manière cohérente ? C'est ici que le sens de la formation s'impose à l'Église et son université. Faut-il avouer que les préoccupations luthériennes par rapport au chant dans l'âme du protestantisme à la Réforme, ont-ils cessé d'attirer l'attention des protestants d'après-Luther ? Peut-on  se dire protestant sans promouvoir la science hymnologique ?

Dans l'organisation des cours [dans une faculté de théologie, maire de science], James Lyon trouve qu'en tant que jeune rameau de la théologie, l'hymnologie propose un enseignement qui intéresse également les philologues, les historiens, les musicologues, les musiciens, les folkloristes et les pédagogues. Et, dans cet enseignement,  il estime que deux grands noms de l'hymnologie protestante méritent d'être cités et leurs propositions par rapport au sens d'une formation, retenues.  Il s'agit de Markus Jenny et Konrad Ameln26. Le premier, Markus Jenny (1924-2001), hymnologue, liturgiste et pasteur suisse alémanique, expliquait que l'hymnologie est une discipline théologique, considérée comme une branche de la liturgie, mais située au sein de la théologie pratique, avec une capacité à l'interdisciplinarité, tout en étant une discipline en soi, à part entière27.

De son côté, l'hymnologue allemand Konrad Ameln (1899-1994), le dernier cité, avait antérieurement proposé, dès 195928  - de façon pertinente - une rencontre entre l'hymnologie et la théologie, assortie d'une mise au point fondée sur les huit critères suivants :

  1. Développer une théologie du cantique
  2. Étudier les origines et l'histoire du cantique
  3. Apprécier le contenu et les éléments constitutifs du cantique
  4. Définir la forme et le style du cantique
  5. Analyser les fondements théoriques des mélodies de cantiques
  6. Envisager la pratique du cantique
  7. Connaître la vie et l'œuvre des poètes et de mélodistes
  8. Approcher l'histoire de l'hymnologie, la vie et l'œuvre des hymnologues et des théoriciens les plus représentatifs.

Il est aussi important de signaler l'apport de James Lyon qui, à la suite de Markus Jenny et Konrad Ameln, propose lui aussi sa compréhension de précédentes propositions. En ce qui lui concerne, il  propose d'incorporer à ces propositions précédentes - à partir d'un cursus de trois années - tout en insistant plus spécialement sur les six points suivants29  :

i

Enrichissement du catéchisme - par la formation des catéchètes - à partir de la mélodie seule jusqu'à son aboutissement dans la relation harmonieuse à un ou plusieurs textes, en relation aux événements tirés de la Bible ;

ii

Développement de la capacité à analyser un texte de cantique jusqu'à sa mise en perspective au sein du culte, c'est-à-dire de la prédication, des lectures et références bibliques ;

iii

Analyse herméneutique de la mélodie ;

iv

Etablir et définir le vocabulaire (mots-clés, concepts) ;

v

Formation du jugement critique sur la qualité d'un cantique, à partir des critères immédiatement reliés à la réflexion théologique - non d'abord, seulement, par l'esthétique, afin, par exemple, de ne pas tomber dans le piège du lieu commun concernant l'éternelle et vaine dispute entre les « Anciens » et les « Modernes » ;

vi

Prise de conscience en faveur de la pertinence du choix de tel ou tel cantique pour telle ou telle situation théologique et/ou liturgique. Prise de connaissance des concordances concernant le répertoire connu, fondé dans le recueil adopté en toute connaissance de cause.

Il serait honnête de reconnaître que c'est l'hiatus de connaissance qui nous fait défaut. Et nous avons beaucoup à apprendre pour mieux poser, avec des mots-clés, le problème hymnologique dans le protestantisme congolais hier, aujourd'hui et demain. Un tel cursus, ci -haut proposé, dans la formation qui se donne à l'Université Protestante au Congo par sa faculté de théologie ne peut que sécuriser l'Église du Christ au Congo d'aujourd'hui et de demain. Car une fois accessible, par l'hymnologie, le domaine de chants peut encore retrouver ses noblesses. Car comme le dit James Lyon, la musique ne saurait se réduire à un simple rôle utilitaire. Pour ce faire, l'hymnologie - science autant que principe - devra corriger ce lieu commun par la diffusion méthodique de son enseignement, à tous les niveaux, du théologien au paroissien, en passant par le pasteur, l'organiste et le choriste. Dans le meilleur des cas, renchérit-il, la musique enjolive et n'est considérée qu'à partir d'une éventuelle esthétique, elle-même non clairement définie ou selon des modes arbitraires30. Ainsi, pour James Lyon, la dualité « Musique et Évangile » repose sur le chant en tant que critère de la foi. Or la foi naît précisément de l'écoute ( fides ex auditu ) comme l'atteste Paul dans l'Épître aux Romains31  Mais la musique aide à mémoriser l'Évangile.

Aujourd'hui encore, avec James Lyon, nous pouvons penser que les théologiens et les musiciens partageront la compréhension de l'Évangile et sa mise en œuvre au quotidien. Ceci peut aussi s'enseigner dans les Facultés de théologie à défaut de l'être dans les écoles de musique. Car la prise de « responsabilité » de l'assemblée forme la « réponse » à la Parole que lui adresse le prédicateur. Une telle « réponse » correspond, en effet, à la louange et à la confession de foi. C'est ainsi que dans son analyse rigoureuse des « divers éléments du culte », le théologien luthérien Oscar Cullmann (1902-1999), cité par notre auteur, précisait que « l'habitude de chanter au cours des cultes remonte donc au tout premier temps de l'Église »32. Oui, l'hymnologie relie et réconcilie théologie et musique ; cette dernière en tant que kérygme forgeant et renforçant, à la fois, la spiritualité et la piété.33

Mais pourquoi avons-nous opté pour ce domaine dans l'océan de la théologie pratique ? Cette question se trouve être le dernier point de cette réflexion et nous essayerons d'être pragmatique.  

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Le pourquoi de notre passion pour l'hymnologie

Le pourquoi de notre passion pour l'hymnologie, nous le présenterons en 13 points que voici.

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Le domaine hymnologique dans la pastorale nous a toujours fasciné. Nous avons chanté à l'Église pour la toute première fois en Noël 1971, dans un chœur d'enfants et jusqu'à ces jours nous chantons. Nous aimons chanter en chœur ou en solo. Pendant plusieurs années, depuis 1984, nous avons toujours conduit des chorales liturgiques, comme Chef de chœur amateur ; nous avons conduit les cantiques dans les assemblées en prière et pendant les différents cultes comme Conducteur de chants et officié plusieurs cultes dominicaux ; nous avons été, pendant près de 6 ans, le pasteur en charge de la liturgie, musique et  chorales à l'Église Locale CBFC/ Gombe (Kinshasa).  Aussi, nous avons eu à écrire quelques chants liturgiques pour chorales ;  nous avons vu et soulevé, depuis quelques temps déjà, des questions dans ce domaine très cher à la théologie pratique, et cela, par rapport à la pratique théologique de l'hymnologie liturgique. Nous avons, grâce à nos grands-parents et parents, apprivoisé les chants de recueils protestants, chaque soir, depuis la maison familiale. C'est le refus d'accepter l'effacement de cet héritage hymnologique qui nous a toujours hanté et nourrit chaque jour notre passion.

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Il faut dire quand, dans nos cultes, nous vivons un christianisme de façade, une spiritualité d'emprunt et même une pastorale caractérisée et teintée du suivisme, nous nous retrouvons, bien que de la génération post-missionnaire, avec ceux qui avaient goutté hier les cantiques protestants, bien que très minoritaire, mais aujourd'hui, souffrent un peu d'une exclusion hymnologique relative. Le chant, le cœur du culte et la mémoire chantée de l'Église semble avoir quitté le cœur du protestantisme congolais. Cela fait que nous soyons en état de dissociation et de tension, au regard de ce qui se passe sur le terrain hymnologique. Car cela touche aussi bien à l'identité protestante dans ses marques déposées que sont les chants historiques du recueil qu'à nous même dans la reconstitution de notre background de protestant.

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C'est par la passion pour l'hymnologie que nous avons pris position pour une attitude qui soit capable de réveiller la conscience de décideurs protestants de l'Église du Christ au Congo et de notre institution de formation théologique dans tous nos travaux de fin d'études et dans nombre de nos réflexions.

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Mais c'est aussi par la passion qu'en tenant  à être honnête avec nous- même, nous avouons qu'il y a aussi hiatus dans notre propre cursus hymnologique. C'est cet hiatus qui a provoqué et continue à provoquer en nous, chaque jour qui passe, un grand intérêt pour une ouverture personnelle [et collective des théologiens] à la recherche hymnologique pour aider tant soi peu notre Église dans ce domaine pour celles et ceux qui sont sur le terrain d'une part, et notre université pour celles et ceux qui sont encore en formation.

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Par la passion pour l'hymnologie, nous croyons que c'est le savoir et non seulement le vouloir qui peut nous rendre capable. La recherche hymnologique peut ouvrir les horizons de connaissance de l'Église au travers de ses théologiens, pasteurs, chefs de chœur, musiciens et choristes. C'est un peu de « mon peuple périt faute de connaissance » qui favorise malheureusement la crise hymnologique d'identité protestante que connaît  notre Église protestante aujourd'hui. Notre passion est beaucoup plus dictée par le besoin du savoir ; savoir apprendre, savoir s'expliquer, savoir communiquer sur le terrain hymnologique. Or il y a de choses qu'on ne s'apprend tout seul ; on devra se laisser enseigner pour restituer un jour à l'attention des autres. Il n'y a pas mieux à faire que de chercher à se former et s'informer. Se former et s'informer dans un cursus cohérent qui, p.ex, offre, en plus des connaissances que nous proposent Markus Jenny, Konrad Ameln et James Lyon -comme relevées dans cette étude- des connaissances sur l'hymnologie et ses implications dans l'histoire et mais aussi la formation adéquate.

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Par la passion pour l'hymnologie, nous affirmons qu'il y a lieu de faire allusion ici à  des connaissances approfondies sur la recherche hymnologique au fil des siècles qui ont cavalier ensemble avec le protestantisme, les questions méthodologiques et les typologies des temps et couleurs liturgiques, typologie du répertoire hymnologique protestant, typologie de formes vocales concertantes, typologie de formes instrumentales ; les connaissances sur les éléments bibliographiques usuels, sources, histoire, pratique et autres34 pour une préparation musicale et musicologique adéquates.

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Par la passion pour l'hymnologie mais aussi par la raison, nous avouons que ces connaissances donneront, certainement, dans le chef de théologiens à former mais aussi à tous les protagonistes de nos cultes et nos célébrations, un peu plus de savoir qui sauve hymnologiquement notre culte au lieu et place de l'ignorance qui le tue.

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La passion qui nous habite pour l'hymnologie est grande.  C'est aussi  vrai que du fond du cœur, nous  portons, avec sérieux, un grand intérêt à l'hymnologie. Nous trouvons en cette sous discipline de la théologie pratique une autre caractéristique identitaire, non négligeable, de la Réforme. Car non seulement, elle véhicule, depuis toujours, les différentes théologies de la Bible, l'Ancien comme le Nouveau testament et les expériences religieuses des hommes et des femmes, mais beaucoup plus encore l'hymnologie en ses hymnes et cantiques s'offre à l'Église comme un ferment d'unité des cœurs humains qui se trouvent en train d'entonner un même cantique en chœur de sorte que l'unité des cœurs se réclamant du corps du Christ  soit toujours retrouvée.

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La passion de la recherche hymnologique nous hante encore davantage car il nous semble que les enjeux de cette discipline, comme d'aucuns le constateraient, malheureusement, ne sont souvent que mal envisagés dans la plupart de nos milieux issus de la Réforme, alors que « notre » Martin Luther devait continuer à nous être aussi utile par ses considérations dans ce domaine de l'Hymnologie. Malheureusement,  l'étroite relation que fondent la théologie et l'hymnologie est aujourd'hui caractérisée de relation difficile et sujette à quelques controverses entre les théologiens de la pastorale d'une part et les hymnologues voire les  musiciens d'église de l'autre alors qu'elles étaient et devraient toujours demeurer liées35.

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D'aucuns pourront donc penser que les controverses  ne se situeraient qu'au niveau de la place et de l'importance fondamentale de l'hymnologie dans le cursus théologique. Mais non, le problème est beaucoup plus grand et plus inquiétant : L'Hymnologie de notre identité protestante est persécutée. Son avenir est en danger. Il ne s'agit pas, ici, de nous laisser entraîner dans une peur du lendemain par rapport à l'hymnologie protestante. Mais il faut avouer que notre identité se perd lentement mais sûrement sur ce terrain. On sait que toute hymnologie est liée à une liturgie et la liturgie elle- même est une dimension de la religion comme la religion est  comprise comme étant  une dimension de la vie. Car, on ne comprend, ou, mieux, on ne peut comprendre la religion que par rapport à la vie qui l'influence. De cette manière, on est tenté de dire que la religion naît avec l'homme, la liturgie avec la religion dans la quête de l'identité cultuelle et l'hymnologie avec la liturgie. C'est pourquoi la religion, la liturgie et l'hymnologie sont  liées avec la vie sociale de la femme et de l'homme qui prient fut-il protestant ou non36. Ainsi, notre passion est celle d'en savoir plus sur l'influence qu'a aussi la vie sociale sur l'hymnologie et l'hymnologie sur la vie sociale et spirituelle de l'Église.

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Le pourquoi de notre passion se justifie aussi en ce sens que nombre de nos Églises protestantes aujourd'hui sont animés par des théologiens, pasteurs qui n'ont pas vraiment la connaissance de certains préceptes hymnologiques qui se donnent dans le cursus théologique sous d'autres cieux. Des enseignements qui soient très utiles pour des réflexions capables de provoquer « la remise en question » de ce qui se fait par rapport à ce qui devait réellement se faire  dans ce domaine cher à l'Église. C'est aux fins de voir arriver  la renaissance de l'hymnologie du protestantisme congolais que nous militons pour la recherche hymnologique.

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C'est le souci de faire quelque chose, dans le bon sens, afin de  redonner vraiment une nouvelle valeur à notre hymnologie dans son identité, notre identité protestante, que nous nous sentons concerné pour pousser nos Églises et leurs institutions de formation théologique, à réfléchir là-dessus dans leurs différents cercles théologiques. Les pousser à se rendre compte que cette  crise  vit avec l'Église, notre Église37.  Car comment donc affronter cette crise, aujourd'hui et demain, si les pasteurs- théologiens ou les mêmes les Professeurs de théologie protestante embrigadaient ou négligeaient carrément, encore pour longtemps, à leurs yeux, l'utilité pastorale et la dignité de l'apport historique de l'hymnologie comme connaissance tout aussi exigée à quiconque veut faire la théologie pour l'église de terrain où l'on est toujours appelé non seulement à mettre en application les grandes réflexions bibliques, historiques, missiologiques, œcuméniques, systématiques et pastorales de la théologie mais aussi à provoquer des réflexions autour de problèmes que l'église de terrain pose à l'Église ? C'est là toute la question38.

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 La passion pour l'hymnologie nous hante, c'est évident. Mais comment aussi combler cet hiatus qui vit avec nous ? Oui, un véritable problème serait celui de construction de notre  formation dans ce domaine. Mais arriver à avoir accès à un cursus cohérent, qui exigerait au moins une durée de trois années, par ex. c'est là tout le problème. Car celui-ci en appelle un autre problème qui est celui de la prise en charge financière et mais aussi, bien entendu, celui des sponsors. Il faut avouer que  même si, il est vraiment impérieux de réfléchir sur les questions de voir comment arriver, par la formation, à bien relier, la théorie et la pratique, le sentiment et l'idée aux fins d'envisager, pour un lendemain hymnologique meilleur de notre Église, à partir du lieu de l'institution de formation théologique jusqu'à celui de la pastorale, en vue d'une juste célébration et d'une compréhension des textes mélodiques et poétiques où intervient l'herméneutique, notamment celle qui concerne la mélodie ou les mélodies protestantes, les projets restent de fois trop souvent dans le monde des idées faute soutien approprié et d'autres considérations.

Il nous faut conclure. Cet essai sur la recherche hymnologique se voulait, certainement, une prise de position qui se propose comme une piste de solution à l'égard de la crise que connaît notre Église dans le domaine de chant liturgique dès le lieu de la formation théologique. La pertinence que cet essai livre à l'Église du Christ au Congo et à son université, réside dans son appel à l'ouverture de l'Église et de ses institutions de formation théologique à science hymnologique qui véhicule la théologie protestante dès la Réforme. Partenaire non négligeable de la théologie, l'hymnologie s'offre à notre Église et à notre université comme une antidote adéquate pour l'étude, l'analyse herméneutique de mélodies de cantiques protestantes en vue de leur revalorisation dans le travail que font les théologiens et les pasteurs que forme notre université. Mais faut-il encore que son enseignement soit adéquat et cohérent. Sa cohérence, exige un cursus de formation sérieuse. Le seul but poursuivi ici, est celui de voir comment ajouter à la théologie les connaissances hymnologiques dans le chef de théologiens et pasteurs. Renforcer les capacités intellectuelles des théologiens et pasteurs de l'Église protestante au Congo dans ce domaine. Pour y parvenir, il faut qu'il ait une expertise compétente dans ce domaine cher à l'Église. Or l'expertise, elle-même, est fruit d'une formation spécialisée et souvent coûteuse. Nous croyons que les décideurs de l'Église du Christ au Congo et ceux de notre université trouveront, comme nous, que la recherche hymnologique a quelque chose à donner à la formation théologique.

Voici pour boucler la boucle de cet essai, une parabole qui tombe comme un cheveu dans la soupe. D'ordinaire, on sait que devant un problème grave de banditisme de grand chemin, par ex. la politique, dans son rôle de prévoir et de gérer la cité, se trouve quelquefois dans l'embarras de grandes options à prendre. Souvent, il arrive qu'elle fasse un choix difficile pour le lendemain meilleur par rapport à cette situation inquiétante d'insécurité. Des questions souvent se soulèvent parmi les décideurs. Que faire pour sécuriser la cité, les personnes et leurs biens ? Quelle action mener à court, moyen et long terme ? Faut-il construire carrément des prisons en grand nombre pour éloigner les fauteurs par.ex ou construire les écoles, les universités et favoriser l'accès à l'éducation pour  les jeunes et les adultes et voir à moyen ou long terme le banditisme s'éradiquer ou simplement régresser ? Il est vrai que le premier choix agit souvent très vite mais à la fois il est toujours porteur de germe de son inefficacité dans le temps et dans l'espace. Le deuxième par contre exige un nombre de choses : la volonté, la détermination, l'argent, la patience… Mais ce choix n'agit qu'en long terme car il faut investir dans l'homme. De ce fait, ce choix qui impose volonté, détermination, argent, patience… est toujours porteur de germe qui sème dans le sol de la société la transformation caractérielle capable de faire récolter la sécurité dans cette société. Hélas, l'histoire peut bien nous renseigner du choix le plus souvent fait entre les deux.

Encore un mot. Avons- nous réussi à nous faire comprendre ? Nous ne saurons pas répondre à cette question. Seulement, que nous avons essayé de soulever, dans cette étude, ces quelques préoccupations aux fins d'étayer l'argumentaire de notre appréciation personnelle entre ce qui est et se fait par rapport à ce qui devrait réellement être et se faire dans l'univers de l'Église protestante et celui de ses institutions de formation théologique. Mais, avouons- que notre essai s'ouvre lui-même à la critique et à la polémique et qu'il en soit ainsi.

 

Maurice Mondengo Iyoka B.

Notes

  1. É. WEBER est Professeur émérite à l'Université de Paris- Sorbonne. Elle a dans son actif  plusieurs publications scientifiques autour de ce domaine. L'ouvrage sur  La recherche hymnologique, Guides Musicologiques Vol V,  publié à Paris, Beauchesne, en 2001 est le plus récent que nous disposons.
  2. C'est nous qui nommons ainsi les grandes idées de cet auteur pour la prise en considération de l'hymnologie dans le travail que fait la Théologie et la Musicologie historique.
  3. É. WEBER., op.cit., p. V.
  4. Ibid., p. 3.
  5. Ibid.
  6. Ibid., p.50.
  7. Ibid.
  8. Ibid.
  9. Ibid.
  10. Ibid., p. 51.
  11. J. LYON avec qui nous nous échangeons depuis quelques mois, est Professeur de l'Hymnologie à la Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris. C'est de ses cours que nous suivons sur l'Internet au  http://www.hymnologie.com que nous y puisons ces connaissances.
  12. Lire cet auteur, Cours de l'Hymnologie sur Internet http://www.hymnologie.com
  13. Ibid.
  14. Ibid.
  15. Ibid.
  16. Ibid.
  17. Ibid.
  18. Ibid.
  19. Ibid.
  20. Cette expression nous l'empruntons du Psaumes 137 où sur les bords du  fleuve de Babylone, dans les conditions difficiles de captifs, on demandait au peuple d'Israël de chanter quelques-uns de cantiques de Sion car réputé comme de bons chanteurs alors que ce peuple se trouvait dans les pleurs, la souffrance et la torture morale se souvenant de Sion. En principe, sans une préparation musicale adéquate, les théologiens issus de nos institutions de formation théologique devraient se sentir dans les conditions de captifs face à ce qui se fait domaine de l' hymnologie.
  21. J. LYON in Johann Sebastian Bach : Chorals, Paris, Beauchesne, 2005, p.VI.
  22. Cf. J. CHAILLEY cité par J. LYON op.cit., p. VI
  23. J. LYON., Cours déjà cité.
  24. Ibid.
  25. James Lyon comme des nombreux hymnologues trouvent en l'herméneutique - ou interprétation – une discipline qui permet de critiquer et définir, en l'occurrence, la valeur et la qualité d'une mélodie.
  26. J. LYON et E. WEBER reconnaissent sans cesse les mérites de ces auteurs dans leurs nombreux  travaux. Et WEBER a même dédié son ouvrage cité dans cette étude à la mémoire de Markus Jenny qui est mort la même année que celle de la parution de son ouvrage.
  27. Cf. Le cours déjà cité de J. LYON sur l'Hymnologie.
  28. Cette date est pourtant historique pour l' Église du Christ au Congo et son université, UPC. Car elle coïncide avec l'année de la création de cette grande institution, d'abord de formation théologique seulement, mais aujourd'hui plus vaste encore  avec les facultés de l'Economie, Droit et très bientôt la Médecine.  
  29. Cf. J. LYON Cours déjà cité.
  30. L'auteur expose sa réflexion sur les rapports entre théologie et l'hymnologie.
  31. Rm 10. 17.
  32. Cf. Cours de l'hymnologie déjà cité.
  33. Ibid.
  34. Nous relevons ici les grands traits thématiques traités par É. WEBER dans son ouvrage La recherche hymnologique déjà cité dans cette étude.
  35. Nous relevons ici les quelques extraits de notre réflexion inédite mais prête à paraître depuis Novembre 2005. Elle est intitulée La lettre à Monsieur LYON. Une apologie pour  l'hymnologie au coté de la théologie. Cette réflexion lui exprimait nos considérations sur l'état de la question de l'hymnologie dans le milieu protestant du Congo.
  36. Ibid.
  37. Ibid.
  38. Ibid.

©Références / Musicologie.org 2006