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Mikhaïl Pletnev et Nikolaï Lugansky
Dijon, Auditorium, le 24 mars 2012

Par Eusebius

 

Ce n'est pas la première fois que l'Orchestre National de Russie, dirigé par Mikhaïl Pletnev, son fondateur, et Nikolaï Lugansky se produisent à Dijon. Tout naturellement dans un programme russe encadrant le 3e concerto de Rachmaninov par deux œuvres rares de Glazounov.

Nikolai Lugansky
Nikolaï Lugansky

Ardent défenseur de la musique russe — ce qui vaut à son orchestre d'être la seule formation non gouvernementale subventionnée par l'État — Mikhaïl Pletnev dirige Glazounov par cœur. Manifestement, il s'investit avec conviction dans ces œuvres qui s'écoutent sans déplaisir, mais qui pâtissent de la comparaison à celles de Tchaïkovsky, ou à celles de Rimsky-Korsakov. Glazounov est né trop tard dans un monde trop jeune : son académisme l'entrave, trop souvent perceptible. L'orchestration, sauf exceptions, n'a pas la magie de celle de Rimsky. Mais quelque part, on pense parfois à une forme de filiation à Chostakovitch symphoniste…

La suite Moyen-âge (1902), dont nous avons écouté le prélude n'a de « Moyen-âge » que le titre, un peu comme Il Trovatore pouvait avoir un rapport à la lyrique médiévale. Mais ceci n'est rien. Le discours, post-romantique, est remarquablement conduit par Pletnev. Direction sobre, efficace, attentive à chacun, tout en modelant chaque phrase avec un souci constant de clarté, c'est magistral. Et les effusions russes sont contenues dans un certain classicisme, ce qui n'est que tant mieux.

Le concert s'achevait sur la monumentale 6e symphonie de Glazounov. J'en retiens surtout la belle écriture du 2e mouvement : l'exposition de son thème par les cordes seules n'est pas sans suggérer l'écriture remarquable des quatuors de son auteur. Les quelques déhanchements du finale paraissent bien timides par rapport à l'invention de certains de ses contemporains ou aux rythmiques des Balkans et d'Europe centrale.

En bis, la Danse espagnole du même compositeur, musique tonique, colorée, qui ravit le public.

J'ai gardé le meilleur pour la fin : Le 3e concerto de Rachmaninov, où Mikhaïl Pletnev et Nikolaï Lugansky forment le couple idéal. Une sorte de duo Rachmaninov-Horowitz du xxie siècle. Un amour partagé de Rachmaninov, une entente parfaite, un sommet. Sans boursouflure aucune, sans la moindre outrance, un jeu limpide, d'une suprême clarté : Lugansky est au meilleur de sa forme, toujours éblouissant. Tout juste ce soupçon de pathos sans lequel cette musique ne serait pas russe. L'orchestre, en formation réduite, possède de remarquables solistes (le corniste et le hautboïste en particulier), un pupitre d'altos qui chantent avec profondeur et sensibilité. C'est maintenant une formation de référence que cette phalange, et la complicité qui l'unit à son chef, Mikhaïl Pletnev*, se rencontre rarement ailleurs.

La démarche lente et — semble-t-il — hésitante de ce dernier lors de son entrée en scène inquiétait : comment, si jeune encore, serait-il prématurément usé par les carrières (pianiste, chef, compositeur) qu'il conduit simultanément ? Par bonheur, sa direction, alerte et mûre… et sa sortie de scène apportaient un démenti à cette crainte. En se remémorant la précédente apparition de nos deux merveilleux musiciens, on mesure le chemin encore accompli : Un très grand chef et — certainement — le plus grand interprête de Rachmaninov.

Eusebius
(25 mars 2012)

* Bien que familier du 3e concerto, qu'il connaît à la fois comme pianiste et comme chef, il dirige avec la partition, ce qui doit être porté à son crédit : il paraît si facile de jouer de certains effets à l'endroit du public !


Références / musicologie.org 2012

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