Marc Coppey et les Solistes de Zagreb « La nuit transfigurée »

 

 

Caen, 11 décembre 2013, par Alain Lambert ——

Cette semaine, la commission européenne se posait le problème des salaires des travailleurs détachés, et ce mercredi soir à la Gloriette, la réponse était claire avec ces musiciens croates employés par un chef d'orchestre français : 3 € de l'heure pour quatorze musiciens pendant deux heures, vous voyez les économies budgétaires possibles pour la culture ?

Solistes de Zagreb$Les solistes de Zagreb.

Trêve de plaisanterie ! Les Solistes de Zagreb se sont fait un nom en soixante ans d'existence, même si la plupart des musiciens ne font pas si vieux. Quant au chef et violoncelliste Marc Coppey, il dirige l'orchestre depuis deux ans.

La lumière s'éteint dans Notre Dame de la Gloriette qui accueille ce spectacle pour cause de rénovation du théâtre, plus confortable, mais moins d'époque sans doute.

D'un de ses concertos pour clavecin, le plus connus des enfants Bach, Carl Philipp Emanuel, a fait un concerto pour violoncelle, pour notre plus grand plaisir. Quelle belle introduction, l'orchestre sonne baroque et profond, et le violoncelliste dialogue avec aisance et volupté dans cet ondoiement de cordes, tout en les entraînant de son archet.

On sent la transition entre deux époques musicales, comme dans le morceau suivant, un quatuor de Beethoven adapté pour orchestre par Malher. On est d'ailleurs un peu surpris au début par la multiplication des violons, mais Gustav a bien fait son boulot, le quatuor devient symphonie, et le deuxième mouvement fugué y gagne une belle ampleur.

Après l'entracte sonne l'Angélus du soir, un joli petit poème symphonique de Franz Lizt en prélude à l'obscurité, peut être  pour en apaiser les angoisses et autres peurs cachées.

Marc >CoppeyMarc Coppey.

Mais quand la nuit survient, elle est loin d'être calme. Les motifs musicaux se succèdent et s'entremêlent un peu comme nos pensées nocturnes, entre éveil et sommeil, entre romantisme tardif et dissonances futures. Une pièce entre deux époques musicales encore, comme la nuit entre deux jours qu'elle transfigure de sa clarté lunaire.

La nuit transfigurée, titre de cette oeuvre magnifique d'Arnold Schönberg, est aussi un titre possible pour ce beau programme  qui nous a fait voyager sur trois siècles en deux heures. En rappel, le troisième mouvement de la Simple Symphony de Benjamin Britten, la Sarabande sentimentale, un hommage au centenaire récent de sa naissance. Une fois encore, les Solistes peuvent donner toute la mesure et l'énergie de leurs multiples cordes pour cette musique, simple, à l'origine pianotée par un adolescent puis orchestrée par un jeune musicien de vingt ans. Et la faire revivre.

Prochain concert « hors les murs » du Théâtre de Caen, et dernier de l'année, le 14 décembre, au Conservatoire cette fois, avec  Les Arts Florissants, des airs de cours, « sérieux et à boire ».

Plus d'infos sur le site du Théâtre.

 

 

plume Alain Lambert
11 décembre 2013

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