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Philippe Gonin
Magma : décryptage d'un mythe
et d'une musique

Gonin Philippe, Magma, Décryptage d'un mythe et d'une musique.
« Formes », Le mot et le reste, Marseille 2010
[596 p. ; ISBN 9-78-2-360- 54000-6 ; 23 €]

Voici un ouvrage réussi, parce qu'il va à l'essentiel, c'est à dire à la musique, qui enthousiasme l'auteur.

Y a-t-il un mythe Magma ? La musique de ce groupe, émergeant dans les chambardements de 1968, en a sidéré plus d'un par sa facture, la technique d'exécution, le son, la frénésie. Leurs morceaux étaient, sont toujours, des objets inouïs, inimités. On aurait tendance à vouloir trouver des correspondances humaines chez les musiciens à l'origine du groupe, ou qui s'y sont succédés, voire des émanations éthiques ou philosophiques, pour nommer d'une certaine manière, l'émotion et l'étonnement que provoque l'audition de cette musique.

Or, de ce côté c'est plutôt assez décevant (par rapport à la musique). L'auteur relève en passant l'amusante histoire de Chet Baker offrant à Christian Vander sa première batterie, volée au Chat qui pêche, une boîte de jazz de la rue de la Huchette à Paris. L'entourage de Magma et du leader batteur Christian Vander est moin amusant. Il y a la haine névrotique contre le père (le pianiste Maurice Vander), un folklore flirtant avec les symboles nazis, il y a la « batterie de combat », une Asba (avant la Gretsch)  métallique, à petit fût de grosse caisse, une nouveauté pour l'époque, équipée de pics dirigés vers l'avant, le « peloton de cuivres », le « bataillon de choristes », les enfantillages, comme l'emblème, agressif, évoquant une griffe, imprimée sur les t-shirts et portée en collier... Même le Kobaiën, cette langue inventée, pourrait être mise au compte des puérilités, mais c'est un objet esthétique qui fait partie de l'œuvre... Des musiciens pas toujours sympas avec les collègues, souvent très suffisants... Enfin tant par le comportement que par la musique, on pouvait donc, tout en admirant la musique, ressentir une atmosphère sectaire, morbide et violente.

Philippe Gonin, enquêteur, relativise avec sagesse, et consacre une première partie à cadrer l'histoire du groupe, ses motivations, à juste titre sa cosmogonie, ses personnalités.

Il cite un article d'Yves Adrien dans Rock & Folk : « La musique de Vander est le combat d'un homme contre une planète. Il a été à maintes reprises traité de fasciste, le leader de Magma, parce qu'il y avait des croix gammées sur la pochette de son disque et que le ton de ses discours rappelait à certains un autre leader célèbre en son temps ; les gens se sont trompés : les croix gammées étaient détruites, tout comme les buildings, avions et autres pourritures que nous offre la Terre. » [p. 141-142].

Le malaise est justement dans cette atmosphère d'apocalypse et de jugement dernier, ce faire table rase de la pourriture terrestre : qui rase est aussi qui élabore la doctrine. Cette idée de purification par la destruction a de quoi heurter.

L'auteur a raison de relativiser, car c'est aussi là de la poésie, un peu fantastique, un peu morbide, que les adolescents, précoces et attardés, aimaient bien dans ces années-là (il y a quelque chose de « gothique »). On ne peut dire si Philippe Gonin décrypte vraiment un mythe, en tout cas il le réduit à rien, en s'attachant, dans la seconde partie, album après album publié à — cette fois, décrypter la musique. De « Kobaïa », en 1970 à « Ëmëhntëhtt-Rê » en 2009. Il nous fait suivre les premières esquisses, les abandons, les évolutions et les aboutissements, il est bien entendu attentif à la succession des musiciens (Magma a été une pépinière), et aux événements qui ont eu de l'importance dans les réalisations musicales.

Ni hagiographie, ni soumission à l'image (de com') suscitée par le groupe, un livre clair et limpide.

Jean-Marc Warszawski
11 novembre 2010

Présentation de l'éditeur

Depuis quarante ans, Magma traverse le paysage musical français hors des modes et des courants.

Baptisé zeuhl, ce croisement de chant choral, avant-garde, rock et jazz, innove par le biais de paroles chantées dans une langue imaginaire aux consonances germaniques et slaves, le kobaïen. Marqué par la personnalité charismatique de son compositeur, batteur et chanteur, Christian Vander, Magma a construit autour de sa musique tout un univers centré sur une quête spirituelle à travers les mythes et légendes de Kobaïa, la planète rêvée.

Philippe Gonin nous invite dans ce livre à décrypter ces mythes et analyser le fonctionnement des différentes formations du groupe Magma. C'est surtout à la musique qu'il s'intéresse, expliquant, album après album, titre après titre, comment une oeuvre se construit et évolue.

Guitariste, spécialiste de l'histoire et de l'analyse des musiques actuelles, Philippe Gonin enseigne à l'Université de Bourgogne.


Émission POP 2, 28 novembre 1970


Références / musicologie.org 2010