À propos du site

S'abonner au bulletin
Collaborations éditoriales

Biographies
Encyclopédie musicale
Discographies
Articles et études
Textes de référence

Analyses musicales
Cours d'écriture en ligne

Nouveaux livres
Périodiques

Petites annonces
Téléchargements

Vu et lu sur la Toile
Presse internationale
Forums et listes

Colloques & conférences
Universités françaises
Quelques bibliothèques
Quelques Institutions
Quelques éditeurs

Bulletin Officiel
Journal Officiel
Bibliothèque de France
Library of Congress
British Library
ICCU (Opac Italie)
München (BSB)
Deutsche Nationalbib.
BN Madrid
SUDOC
Pages jaunes
Presse internationale


proposer un texte      s'abonner au bulletin      retour à l'index par auteurs

Alfred Schütz
Écrits sur la musique

Alfred Schütz, Écrits sur la musique
(Traduction, introduction et postfaces par Bastien Gallet et Laurent Perreau).
« Répercussions », MF, Paris 2007 [220 p. ; ISBN 978-2-9157-9415-4 ; 16 €]

 

Alfred Schütz (1899-1959), né à Vienne, a mené une double vie. Après des études de droit, économie et sociologie, et la soutenance d'un doctorat de philosophie en 1921, il est avocat d'affaires à la Reitler and Company, une banque de Vienne. Il fréquente également les cercles d'économistes et de sociologues viennois.  Dans les années 1760, il se rapproche de la phénoménologie, et publie une « introduction à la sociologie compréhensive », inspiré par ses lectures d'Henri Bergson, de Max Weber et d'Edmund Husserl qui lui propose de devenir son assistant à Fribourg. Pour des raisons pécuniaires, Schütz décline l'offre, et restera toute sa vie, selon les mots de Husserl, « un homme d'affaires de jour, un philosophe la nuit ».

En 1938, Schütz, est renvoyé de la Reitler and Company de Vienne, en raison de sa confession juive, alors qu'il est à Paris. Il est embauché à la succursale parisienne de la Reitler, puis émigre aux États-Unis, où il travaille, toujours pour la Reitler, à New York, tout en continuant des activités théoriques, au sein de l'International Phenomenological Society, ou comme enseignant à l'Université.

J'avoue ne rien partager de la pensée phénoménologique, qui est à mes yeux, un sauvetage des philosophies de l'être, et essentialistes, mises à mal par le fleurissement de la pensée matérialiste, de l'effort de compréhension du mouvement de la matière et du monde, au désavantage de la recherche des essences, tout cela propulsé par la vague d'industrialisation, qui prend son essor au milieu du XIXe siècle, et par conséquent au rapide développement des sciences et des techniques, qui se posent comme compréhension et transformation du monde, en concurrence (sans concurrence !), aux vieilles métaphysiques.

La phénoménologie prétend atteindre la pureté de l'objet, par une observation débarrassée des préjugés et de la « gangue » idéologique. Cela est aussi une idéologie, et aucune observation ne peut être envisagée hors idéologie. C'est pour cela, d'une part, que la phénoménologie se fonde sur une espèce de révélation intérieure, voire initiatique (Bergson a ici toute sa place), et d'autre part, que la simplicité recherchée de l'observation, se double d'un échafaudage théorique, qui se résout dans des constructions rhétoriques particulièrement embrouillées, recherchant l'autorité d'érudition, notamment chez les penseurs de la Grèce antique, dont l'éloignement chronologique et de contexte, permet une certaine souplesse et liberté d'interprétation et d'obscurité.

La phénoménologie aboutit à créer en parallèle au monde réel, un monde intérieur (révélé), qui en serait la représentance, et alors, tous les efforts sont portés sur ce « monde interne » et à son élaboration rhétorique. En général, les écrits phénoménaux sont exclusivement tendus vers la doctrine, elle-même, étant une méthode pour atteindre des vérités essentielles, des universaux, dont on ne peut que supposer l'existence. C'est en quelque sorte une métaphysique initiatique, qui n'a pour objet que de se prouver elle-même, c'est une pensée cérémonielle.

On retrouve, bien évidemment, cette idée de monde interne, chez Schütz, particulièrement par rapport à l'idée de temps. Il y aurait un temps interne, et un temps d'horloge. On confond ainsi une manière rationnelle de mesurer la durée, et le sentiment que nous avons de cette durée, qui ne mesure rien du tout. Malgré la modernisation du langage, souvent emprunté aux sciences et techniques, on est bien en présence d'une philosophie traditionnelle de l'être. On est dans un système de démonstration circulaire, puisque fondamentalement, il s'agit de signifier ce que mon sentiment des choses signifie (mon expérience interne de l'objet).

Mais il y a un intérêt chez Schütz : ses textes sur la musique ne sont pas exclusivement destinés à prouver la doctrine, ils interrogent la réalité, ils sont, pour une large part problématiques, car « il est possible de trouver dans un phénomène du monde extérieur, le mouvement en tant qu'événement en cours, un analogue à l'existence d'objets idéaux, telle que l'œuvre musicale, dans la dimension du temps » [p. 65].

C'est donc une double bonne idée que de les avoir publiés. Ils questionnent sur la manière d'entendre ou sur ce qu'on entend en musique, et fournissent, à corps défendant, une introduction, pour une fois simple, à la pensée phénoménale.

On sera particulièrement attentif à la conception qu'Alfred Schütz a des relations de la musique au langage. Contrairement aux développements ultérieurs que la musicologie a connus, et qui aboutiront dans les années 1970, à formuler une « sémiologie de la musique », Schütz affirme que « La musique est un contexte de sens qui n'est pas relié à un schème conceptuel » [p. 115], c'est-à-dire que la musique n'est pas un langage, même s'il « existe en musique quelque chose d'analogue à la syntaxe de la langue : l'ensemble des règles qui régissent la forme musicale » [p. 58]

C'est qu'il cherche une essence musicale qui serait au-delà des frontières culturelles. La notation musicale n'est pas une écriture de la musique, mais un ensemble d'indications d'exécution, qui ne représentent qu'une partie de la musique, et qui ne sont compréhensibles que dans le cadre d'une culture assumée, par le fait que le musicien, qui lit la musique, a la culture nécessaire, pour donner sens à la partition, en mettant en œuvre ce qu'elle n'indique pas. D'ailleurs, d'une manière bien plus générale, Schütz se demande si « le processus de communication est réellement le fondement de toutes les relations sociales possibles, ou bien si au contraire, toute communication présuppose l'existence d'un certain type d'interaction sociale qui, bien qu'étant une condition indispensable de toute communication possible, n'entre pas dans le processus de la communication, et ne peut être compris en lui » (p. 117).

On trouvera ainsi, tout au long de cet ouvrage des questions stimulantes, y compris de pure critique esthétique, quand il s'agit de comparer les musiques de Wagner et de Mozart, d'étudier comment chaque époque a inventé sa propre conception de Mozart. Cela est parfois moins stimulant, quand il s'agit de poser la question du temps, si chère à la métaphysique, depuis saint Augustin, de l'enchaînement des discontinuités et du flux continu, mais les interrogations sur la nature de la mémoire musicale restent posées. Schütz entrevoit parfaitement que la question de la tradition culturelle y joue un rôle important (on sait souvent d'avance une bonne partie de ce qu'on va entendre), mais il lui manque peut-être la prise en compte de la dualité de fonctionnement de notre cerveau, don, une partie perçoit les sons et l'autre procède à la mise en sens. Mais justement, la phénoménologie ne s'intéresse pas à ce que dit la science, et l'on voit mal comment on pourrait faire l'expérience phénoménale de notre propre cerveau, c'est-à-dire l'expérience de notre expérience.

Jean-Marc Warszawski
23 octobre 2007

Présentation de l'éditeur

Nous pouvons définir un morceau de musique — d'une façon très approximative et expérimentale en fait — comme une disposition significative de sons dans le temps interne. C'est l'occurence dans le temps interne, la durée de Bergson, qui est la forme même de l'existence de la musique (Alfred Schütz)

Philosophe et sociologue, il figure parmi les plus importants théoriciens de l'expérience musicale au XXe siècle. Il fait à Vienne des études de sociologie et de droit, devient avocat d'affaires tout en se consacrant à la recherche. Il publie en 1760 un livre très important de « sociologie compréhensive » : « Phénoménologie du monde social ». Il se lie au philosophe Edmund Husserl dont il utilise les théories pour repenser la sociologie et sa compréhension de l'action humaine.

L'occupation nazie et la guerre l'obligent à s'exiler à Paris puis à New York où il enseigna à la New School for Social Research, tout en poursuivant son travail d'avocat d'affaies à la Reitler company.

Grand lecteur de Bergson et pianiste averti, il n'a jamais cessé tout au long de sa vie de réfléchir et d'écrire sur la musique. Des années vingt au milieu des années cinquante, il revient régulièrement sur cette question dans des textes qui, pour la plupart, ne seront publiés qu'après sa mort.

En dehors de ses réflexions sur l'opéra comme forme d'art et particulièrement sur l'œuvre de Mozart, deux problèmes jalonnent son travail sur la musique : celui, sociologique, du type de relation sociale que l'expérience musicale met en jeu et celui, phénoménologique, de la constitution du sens musical dans et par la conscience.

Ce livre réunit, , pour la première fois en français, l'ensemble de ses écrits sur la musique.

©Références / Musicologie.org 2007