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En musicologie, la mode semble être
aux livres qui montrent beaucoup et qui n’expliquent
pas grand-chose. Maladie infantile de l'informatique
? Agonie de la musicologie qui n'aurait plus rien à
dire ? Refus ou interdiction d'avancer des idées
personnelles ? De s'engager ? C'est un vrai et urgent
problème. Bref !
Hervé Gouriou quant à
lui, de ce point de vue, rame à contre-courant.
Il a bien entendu sous la main une importante documentation,
il est aussi un homme de terrain, un homme de clocher,
si je peux dire, mais il a pris le parti de rédiger.
Il nous présente donc un livre qui explique beaucoup
et montre très peu. Le monde des cloches a peu
changé au cours des derniers siècles,
dit-il. On voudra bien se reporter à l'Encyclopédie
de Diderot et de d'Alembert pour voir les images. Et
là c'est un peu dommage parce qu'on aimerait
bien avoir un peu plus de dessins, de photos pour faciliter
la compréhension d'un propos parfois technique,
mais aussi parce qu'on nous révèle des
choses que nous avons toujours eu sous les yeux et dans
les oreilles, et que l'on connaît assez peu, et
la curiosité pressée aimerait avoir en
images ce que les mots disent.
Les cloches ont occupé une
grande place dans l'organisation de la vie courante,
militaire et cérémonielle. Elles ont marqué
les temps religieux et civils, le temps psychologique
et celui des flambeaux du ciel comme l'écrivait
saint Augustin. Elles ont donné l'alerte, guidé
les égarés, rythmé la journée
de travail, la durée du sommeil, rassemblé.
Elles ont été des enjeux
politiques dans les affrontements opposant les pouvoirs
spirituels et temporels. Affrontements dans le partage
du paysage sonore, mais aussi dans la maîtrise
du temps, entre le clocher de l'église et le
beffroi civil.
Elles ont été menacées
et en partie détruites à la Révolution
Française, et malheureusement, l'auteur nous
sert à ce propos le discours type sur les destructions
révolutionnaires, sans prévenir de ce
qu'on appelle la violence des temps, celle de l'ancien
régime, de l'engagement politique de l'église
et de la haine suscitée. L'idée que les
richesses extravagantes de l'Église puissent
servir aux besoins de la nation n’est pas a priori ni
condamnable ni ridicule. D'autant qu'il faut se garder
des effets rétroactifs et ne pas affubler le
XVIIIe siècle du véritable culte, peut-être
inquiétant, que nous cultivons quant à
la conservation du patrimoine muséographique.
Mais heureusement pour les cloches,
en raison de leur composition métallique, le
recyclage est apparu plus difficile que prévu,
et qu'elles ont été aussi défendues
et protégées par des actes de résistance.
Elles sont des objets identitaires
dans les villages. Elles ont donné lieu à
des imbroglios, quand elles devaient être sonnées
selon les cas par l'église ou la mairie et qu'on
devait se partager l'accès au clocher.
Ce livre nous informe sur la technique
de fabrication, son histoire, sur les quelques familles
de fondeurs encore en activité, parce qu'il s'agit
de dynasties.
Il nous informe sur les manières
de faire sonner les cloches, l'art de sonner des mélodies
(avec les cloches de volée), sur la manière
de les accorder, sur les problèmes de leur entretien.
Au bout du compte, la lecture de
ce livre nous rend attentifs et curieux d'un monde encore
sonore, mais dont la part devenue silencieuse nous entoure
encore par de nombreux témoins et vestiges.
On écoute et on regarde les
clochers, la façade et les toits des édifices
publics — ou simplement anciens, d'une autre manière.
C'est que nous y avons appris.
Jean-Marc Warszawski
Présentation de l'éditeur
Lorsqu'on évoque l'art campanaire, on pense d'abord aux carillons à clavier de type flamand que l'on peut entendre dans de nombreuses villes de France et d'Europe, ou bien aux fonderies de cloches, que tout un chacun peut avoir eu l'occasion de visiter un jour. Or le domaine de la campanologie est beaucoup plus vaste. L'étude des cloches, instruments de musique au statut bien particulier, croise quantité de domaines de connaissance, aussi divers et variés que l'histoire, la musicologie, l'héraldique, l'acoustique, l'ingénierie des bâtiments, l'anthropologie, etc. En France, plus de 95 % des effectifs campanaires est constitué par les cloches dites « de volée », c'est-à-dire aptes à se balancer, qu'elles soient isolées, ou regroupées en ensembles plus ou moins importants appelés « sonneries ». C'est avant tout à ce très vaste domaine qu'est consacré le présent ouvrage. Articulé autour de plusieurs grands axes, tant techniques et historiques que sociologiques ou musicaux, ce travail présente des facettes parfois totalement méconnues de l'art campanaire. Passionné et arpentant les clochers depuis l'âge de 12 ans, l'auteur met ici à la disposition du lecteur vingt années d'expérience de terrain, doublées par de longues études universitaires essentiellement consacrées à la campanologie.
Hervé Gouriou est docteur en musicologie et expert en campanologie auprès du ministère de la Culture et de la Communication ; il enseigne à l'université Paris-VIII.
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