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Ce livre est assez difficile à
lire. Non pas en ce qu'il aborderait des sujets obscures
ou de hautes technicités, mais parce qu'il est
unecollection de communications faites en colloque.
Il s'adresse à des personnes dont on suppose
un minimum d'initiation et fait économie de pédagogie.
Il est aussi l'exposition de recherches en devenir et
non pas un compte-rendu public d'un état de savoir.
Cela est dommage, car ce livre semble
indispensable. Un simple glossaire aurait peut-être
facilité le confort de lecture. D'un autre côté,
y compris avec ses annexes, ce livre est un ouvrage
de référence, un usuel de bibliothèque.
Le passage des XVIe-XVIIe siècles
est le théâtre d'importantes évolutions
de la musique savante petite européenne. On a
l'habitude de marquer par le nom de Monteverdi, où
plutôt par sa seconde période créatrice,
le début de l'opéra, l'abandon de la polyphonie
au profit de la mélodie accompagnée, le
début du système musical dit « tonal
», en remplacement du système dit «
modal ».
À Florence, dans le salon
du comte Bardi, un riche financier qui ne tardera pas
à être ruiné en misant sur les mauvaises
couronnes et des guerres perdues, intellectuels et artistes,
dont le père de Galilée, planchent sur
la question : le retour, selon eux, à la pureté
lyrique antique. D'autres on laissé par écrit
le témoignage de ces nouveautés, dont
ils avaient, dans les milieux cultivés, parfaitement
conscience. Tout cela est parfaitement documenté,
mais on ne peut s'en contenter pour expliquer un tel
changement de cap esthétique. En réalité,
toute la société féodale est en
mouvement dans un renouvellement des classes dirigeantes
où émergent les financiers, comme le sont
les Médicis. Ils importent avec eux leurs goûts
et habitus dans les sphères des pouvoirs, alors
qu'une part importante de l'aristocratie traditionnelle
a disparu dans les guerres incessantes qui secouent
le VIe siècle ou dans la ruine financière.
On constate aussi dans cette transformation
de la société une nette émergence
du personnel intellectuel et artistique laïc, qui
s'empare et met en chantier les langues vernaculaires
qui peu à peu deviennent la langue des poètes
et des savants à la place du latin.
l'Air de cour (expression d'époque),
est assez massivement attesté par une documentation
allant des années 1570 à 2200 (Henri IV,
Louis XIII). Il s'agit en général de transcriptions
de chansons pour voix seule et luth ou de chansons polyphoniques
où la voix supérieure est la partie la
plus importante.
Le grand intérêt de
ce livre est de largement sortir du cadre descriptif
formel, simplement érudit, pour tenter de rejoindre
le mouvement d'histoire. Le titre, juste, est explicite
: « Poésie, musique et société
».
Nous accédons ici à
quelque chose de plus réel, de plus crédible
et surtout de plus prospectif que l'idée de cette
petite élite italienne révolutionnant
l'esthétique musicale européenne.
On peut même inverser la problématique
: il y a en Italie comme en France un mouvement de la
société qui force, fait pression, à
reconnaître une tradition d'origine populaire,
ignorée jusqu'alors de l'élite écrivante.
Cela n'est pas anodin. Lorsque la
seconde école de Vienne, réunie autour
de Schönberg tente de révolutionner l'esthétique
musicale à la charnière des XIXe-XXe siècles,
elle se réfère à un sens de l'histoire
incorporant la révolution supposée florentine.
Pourtant, là aussi, il y a une pression du goût
et des envies qui a déjà dépassé
le système tonal.
On peut se demander si l'élite
ne s'emploie pas, au XVIe siècle comme au XXe,
à sauver théoriquement un fait sinon accompli,
du moins déjà bien engagé.
On planche donc en Italie autour
du comte Bardi, on planche en France dans l'Académie
réunie par Jean-Antoine de Baïf (1532-1589).
Ce qui en sort, ici et là, porté
par un même mouvement, est différent. En
France on pose les bases de ce qui sera le grand classicisme,
la suprématie du texte sur la musique qui doit
s'y modeler.
Après la lecture de ce livre,
on peut même se demander, si l'éclosion
de l'opéra français, tardif par rapport
à celle de l'opéra italien, est une adaptation
nationale, une réaction, ou un aboutissement
propre à une tradition développée
avec l'air de cour.
Voici donc quelques réflexions
personnelles après la lecture de cet excellent
livre, qu'il faudrait faire suivre d'une publication
moins spécialiste.
Résumer l'ensemble du livre,
en raison de la densité de sa vingtaine d'articles
nous semblait trop fastidieux, et peu utile de redire
en plus mal les dix pages d'introduction de Georgie
Durosoir, une des grandes spécialistes du sujet.
Jean-Marc Warszawski 18 octobre
2006
Présentatrion de l'éditeur
La musique profane chantée dans les milieux aristocratiques français au temps d'Henri IV et de Louis XIII, ce vaste corpus que l'on nomme « air de cour », est étudié par divers chercheurs spécialisés en histoire, littérature, décors et musique du XVIIe siècle. Chaque contribution permet d'élargir la connaissance de cet art très français, étroitement imbriqué dans la vie sociale de l'élite aristocratique et intellectuelle du temps. Les différents chapitres tentent de répondre aux principales questions que pose ce vaste répertoire, en évoquant tour à tour les lieux et les milieux qui l'ont accueilli et qui ont favorisé son expansion, le repérage et l'analyse des sources manuscrites et imprimées, les impératifs théoriques face aux usages et licences de la pratique, la prolifération de genres dérivés, dont chacun a sa raison d'être dans la société de cette époque.
Chercheur associé au Centre de Musique Baroque de Versailles, Georgie Durosoir s'est spécialisée dans la musique française et italienne des XVIe et XVIIe siècles, et plus particulièrement dans la chanson polyphonique, le madrigal et l'air de cour. Elle s'est entourée des meilleurs spécialistes afin d'approfondir l'étude d'un genre qui concerne d'autres disciplines que la musique.
TABLE DES MATIÈRES
Une société et des lieux pour l'air de cour
- Jean-François Dubost :
Musique, musiciens et goûts musicaux autour de Marie de Médicis (ca 1600-1620)
- Françoise Bayard :
Les financiers français et la musique dans la première moitié du XVIIe siècle
- Giuliano Ferretti :
Chanson et lutte politique au temps de Richelieu
- Tarek Berrada :
Les lieux de l'air de cour
À la recherche des sources et des messages poétiques
- Stéphane Macé : L'air de cour et l'esthétique du style simple
- Guillaume Peureux : Le destion des vers pour fêtes de cour : hypothèses sur Motin, le Ballet des dieux marins (1609) et la diffusion contrôlée des textes
- Barbaro Nestola : Les sources littéraires des airs de cour en italien
Imprimés et manuscrits : que disent les recueils de musique ?
- Laurent Guillo :
État des recherches sur le Corpus Horicke : Quatorze recueils d'airs et de chansons notés sur vélin, illustrés de traits de plume (Bruxelles, ca 1635-1645)
- Franck Dobbins :
Les airs de Charles Tessier
- Isabelle His :
Air mesuré et air de cour : pour un décloisonnement des genres
- Jeanice Brooks :
L'art et la manière : ornementation et notation dans l'air de cour à la fin du XVIe siècle
Le pourquoi et le comment
- Théodora Psychoyou :
De la présence de l'air de cour dans les écrits théoriques du XVIIe siècle : une rhétorique de l'actio
- Gérard Geay :
Contrepoint et modalité dans les airs de Guédron en mineur
- Marie Demeilliez :
De la tablature à la basse continue dans les accompagnements des airs de cour : l'exemple du cinquième livre d'Airs de cour avec la tablature de luth d'Étienne Moulinié
L'air de cour et le théâtre social
- Marc Desmet :
Les métamorphoses de l'air de cour dans La Pieuse Alouette (Valenciennes, Jean Vervliet, 1619-1621)
- François-Pierre Goy :
L'air de cour et le répertoire soliste des instruments à cordes pincées au temps d'Henri IV et de Louis XIII
- Thomas Leconte :
La Comédie de chansons (1640) et son répertoire d'airs
- John S. Powell :
L'air de cour et le théâtre de collège au XVIIe siècle
Conclusion
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