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Les Éditions « Connaissance et Savoirs » ont eu une
bonne idée en éditant à nouveau le livre « Gustav Mahler tel qu'en
lui-même », dix-sept ans après la première parution.
Cet ouvrage est organisé selon le système du collage.
L'auteur, Philippe Chamouard, a isolé dans l'ensemble des écrits de Gustav
Mahler, la correspondance, les interviews (une quinzaine de
collections ou sources), ceux qui se rapportaient à son projet : exposer
ce que Mahler a dit ou écrit sur lui-même et sur son rapport à son double
métier de compositeur et de chef d'orchestre.
Ces textes sont organisés en 4 chapitres. Le premier
généraliste, est intitulé « la carrière artistique ». Le second
chapitre concerne le chef d'orchestre, bien entendu, le troisième est
consacré au compositeur. Le quatrième expose, œuvre par œuvre, la
réflexions du compositeur. Enfin, le dernier chapitre tente, à partir des
propos du maître de formuler ses conceptions du monde en général, sa
philosophie.
Philippe Chamouard intervient, de manière discrète,
pour situer le cadre des citations, mais aussi pour dire l'admiration
qu'il porte à Mahler, voire parfois pour le « sauver », comme
par exemple pour banaliser le fait que le compositeur ait interdit à Alma,
son épouse, de composer.
On objectera que cela ne justifie pas tout à fait le
titre, et qu'encore il faudrait expliquer ce qu'est « être en soi-même »
et ce qui pourrait l'exprimer. En tout cas dire et écrire est déjà une
opération de mise en miroir, de mise en représentation qui est un rapport
aux autres plus qu'à soi-même, si cela peut être. Le soi-même est autant
ce qu'on ne peut exprimer que le regard des autres. Là ce sont des points
de vue de Mahler sur ce qu'il fait, et il est vrai qu'à travers eux, se
dessine un personnage à la manière d'un autoportrait.
Malgré, ici ou là, les sollicitations de l'auteur pour
arrondir les angles, Mahler apparaît comme une personne malade
d'égocentrisme. De cet égocentrisme qui empêche d'affirmer directement
sa personne, son idée, son goût, son opinion intime, mais qui a besoin
d'intercesseurs qualifiants ou d'intellectualisation, ou encore de
confrontations.
Mahler ne s'imagine donc pas être au service de ses
idées, mais comme il est courant à cette époque baignée de positivisme, il
pense être « au service de l'art », et la pertinence de ce service
est assurée par « un travail acharné ». C'est ainsi qu'on
se croit et qu'on peut faire croire être missionnaire de forces
supérieures.
Si on est impatient, coléreux, en furieux contre les
musiciens, ce n'est pas en raison de sa personnalité, mais parce que
« c'est [...] l'attitude indispensable pour le véritable chef
d'orchestre » [p. 57]. « J'ai marché sur des cadavres, mais tout le
monde savait que je le faisais uniquement pour servir une grande cause,
jamais pour une autre raison » [p. 59]. « Que faisais-je
d'autre, lorsque je poursuis un œuvre jusqu'au bout avec le plus grande
minutie et ne m'accorde aucun repos jusqu'à ce qu'elle soit telle que son
créateur l'a voulue et rêvée ?» [p. 59].
Je ne pense pas, comme le propose Joseph-François
Kremer dans la préface, que cela soit une nécessité de créateur.
Mais, ce n'est plus à établir, si ses relations avec
ses proches et ses collègues sont souvent épouvantables, il est amené à
chercher, plus que d'autres, à justifier, rationaliser, intellectualiser
ses choix et comportements.
Si la quête de soi de Mahler est trop dans l'esprit positiviste pour être
analytique, il reste que ce livre, agréable à lire, est d'un grand
intérêt, y compris et peut être même plus avec les contradictions dans
lesquelles Mahler s'emmêle parfois la dissertation.
« Il est impensable que je puisse me répéter (d'une
symphonie à l'autre) à l'image de la vie qui ne cesse d'avancer, je dois
prendre chaque fois un nouveau chemin [...] à chaque nouvelle œuvre on
doit toujours réapprendre [p. 107].
Mais « Ma vie physique évolue organiquement de manière
progressive plutôt que par bonds successifs ; l'enchaînement de mes
œuvres obéit à la même loi ; à chaque nouvelle création je reprends
plus ou moins là où je m'étais arrêté dans la symphonie précédente. Par
conséquent, je n'ai pas l'impression de prendre un nouveau fil mais celle
de continuer l'ouvrage que je viens de tresser » [p. 109].
Mahler et Mahler. Pour qui (moi), a un peu de mal
avec cette musique dans laquelle semblent se côtoyer des sommets
d'écriture romantique et trivialités enfantines, une précision
d'écriture de grande tradition et débraillement, la réponse est là,
parfaitement là.
Jean-Marc Warszawski
12 septembre 2006
La présentation de l'éditeur
Disséminé parmi sa correspondance, ses écrits, les
interviews et les témoignages de ses contemporains, l'essentiel de la
pensée artistique de Gustav Mahler, dernier grand compositeur
post-romantique, est enfin rassemblé dans un seul ouvrage, permettant
ainsi de mieux comprendre à la fois l'homme et l'artiste. Les principaux
textes de Mahler lui-même, évoquant les temps forts de sa carrière, ont
été regroupés ici. Nous suivons pas à pas le petit Juif de Bohème que son
acharnement et son talent vont conduire à l'âge de trente-sept ans à la
direction de l'Opéra de Vienne puis aux sommets de la gloire
internationale. Ses exigences artistiques, novatrices pour la plupart,
allaient être à l'origine des mises en scène lyriques du XXe siècle.
On découvre les visions personnelles du chef
d'orchestre qui lui permirent de devenir le plus grand interprète de la
mort de Wagner à l'avènement de Toscanini. Le compositeur révèle ses
doutes, ses angoisses, ses joies, ses buts. En nous faisant pénétrer au
coeur même de sa pensée, l'artiste semble nous rappeler que derrière
l'homme public, autoritaire et au profil d'acier, existe un être sensible,
généreux, tout simplement humain. Ce livre est un précieux témoignage.
Docteur ès-musicologie avec deux ouvrages sur Gustav
Mahler (Les éléments structuraux des mouvements lents des symphonies de
Gustav Mahler et Caractère et évolution de l'orchestre dans les symphonies
de Gustav Mahler), Philippe Chamouard est à la fois compositeur,
conférencier et professeur. Il enseigne l'écriture musicale à l'Université
de Paris IV-Sorbonne.
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