Les arts florissants « Rameau , maître à danser » : Une belle fin de saison « hors les murs » pour le théâtre de Caen

 

Rameau maître à danserRameau maître à danser. Théâtre de Caen. Sean Clayton et Magali Léger. Photographie © Philippe Delval.

Manège de l'Académie de la Guérinière, 4 juin 2014, par Alain Lambert ——

 

Une jolie soirée que ce double intermède aussi bien pour la musique, la danse,  la scénographie,  les effets spéciaux, dans ce nouveau lieu, peu confortable mais qui nous rend proches les musiciens, les chanteurs, les danseurs et les machines à tonnerre. Une première qui marque à la fois une nouvelle création des Arts Florissants, basés à Caen et dans la région. Ils iront d'ailleurs dans la Manche et dans l'Orne avant d'entreprendre une tournée européenne (Luxembourg, Moscou, Londres en passant par Dijon et Paris). Et une fin de saison réussie pour le théâtre en rénovation, qui ne rouvrira ses portes qu'en janvier prochain.

Mais surtout une belle revanche musicale pour Rousseau dont le bicentenaire il y a deux ans a été un peu expédié : un seul disque, de Jean Louis Petit [voir notre chronique]. Comparé à cette année Rameau fastueuse.

Et pourtant, Rameau mettant en pratique, un an après, les réformes proposées par Rousseau dans sa Lettre sur la musique française et dans son Devin du Village, quelle victoire ! Éviter les longueurs et les récitatifs inutiles, privilégier l'ouverture à l'italienne, soigner la mélodie pour redonner au français une chance d'être chantant, travailler l'art du duo pour faire dialoguer les chanteurs et non les superposer artificiellement, tout y est. Et quel plaisir sous la plume d'un maître musicien.

Rameau maître à danserRameau maître à danser. Théâtre de Caen. Photographie © Philippe Delval.

Quant aux personnages des deux pastorales, pas de princes ni de nobles, mais des villageois et des bergers, même si les librettistes ne peuvent s'empêcher de convoquer les prêtres et les dieux, et si l'enfant Osiris est en fait le futur Louis XVI. Un bel effort de simplicité toutefois.

Pour l'argument de Daphnis et Colette, pardon, Eglé, joué une fois le 30 octobre 1753, c'est quasiment celui du Devin, donné exactement  un an plus tôt, en octobre 1752, aussi à Fontainebleau. Qui fut un triomphe, avant de jouer son rôle scandaleux de traître à la musique française dans le dernier acte de la querelle des bouffons à sa reprise en mars 1753 à l'Académie royale de musique de Paris [voir notre entretien avec Monsieur Rousseau].

La seconde pièce, La naisssance d'Osiris, semble la suite de la première, avec la naissance de l'enfant de l'amour, et le quadrille des bergers annonce des airs à venir. Autre nouveauté, le rôle important de la musette, très bien jouée, comme dans les concertos comiques de Michel Corrette.

Rameau maître à danserRameau maître à danser. Théâtre de Caen. Photographie © Philippe Delval.

Une bien belle soirée, légère, musicale, chantante, dansante et colorée,  sans ennui et jamais monotone, à peine deux heures. De belles chorégraphies, simples et aériennes. Des interprètes remarquables (Magali Léger, Sean Clayton, Reinoud van Mechelen, Elodie Fonnard, Arnaud Richard, Pierre Bessière). Des chanteurs et danseurs souvent jeunes, toujours souriants et enthousiastes. On en oubliait presque nos sièges raides et la chaleur !

En attendant la réouverture du théâtre, dont le programme de la saison prochaine est riche de promesses. A commencer en octobre par le spectacle équestre Calacas de Bartabas.

Voir sur le site.

 

 

plume Alain Lambert
4 juin 2014

 

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