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Le trio Michael Wollny–Eric Schaefer au Conservatoire de Caen

21 mai 2013

Par Alain Lambert

 

Ce devait être [em] sur scène, « e » pour Eva et Eric et « m » pour Michael, ce jeune trio allemand de jazz actuel  reconnu partout depuis dix ans, moins en France cependant. Eva Kruse  étant en congé de maternité, le californien Tim Lefebvre tenait la contrebasse, avec un son bien rond, des pédales puissantes, même s'il ne semblait pas toujours à l'aise avec le répertoire, très complexe.

EMT alors, comme EST ? Dans la musicalité européenne pop et répétitive, un peu oui. Avec aussi de l'énergie rock du Bad + trio.

Mais surtout un son bien à eux, une rythmique souvent bass 'n' drum et cependant toute en finesse, percutante puis caressante, un pianiste danseur, des mains et des jambes, jouant aussi du piano debout et par dessus, pour en rendre la sonorité plus percussive,  un batteur virevoltant, bien « timbré » au sens musical du terme, qui ne rate jamais la petite clochette sur sa droite, et tire le maximum de sonorités de ses cymbales et fûts.

Une ballade pour commencer, et nous apprivoiser. Le morceau suivant Phlegma Phigther, démarre tambour battant, plutôt free, puis traverse divers climats, y compris une impro quasi romantique au piano, avant que le feu roulant des baguettes ne reprenne le dessus, dans une écoute et une complicité permanente et joyeuse. La berceuse appelle la tornade, et la balade n'aurait pas d'attrait sans la bourrasque soudaine (Wasted and Wanted). Pas de monotonie ni de somnolence possible dans cette alternance de douceur, de swing et d'énergie brute, mais des instants d'apaisement et de rêverie dans les moments de méditation harmonique élaborée que la grande  culture classique du pianiste lui permet de nous offrir.

Comme ce final en rappel, majestueux, entre la pavane et l'élégie, avec une ambiance à la Fauré, ou à la Satie, peut-être, comme dans une Fête donnée par des chevaliers normands à une demoiselle.

Quand on regarde la discographie de [em], cinq cédés dont un en public, on s'aperçoit que, quand elles ne sont pas du trio, les  compositions sont le plus souvent du batteur, puis du pianiste (ou de la contrebassiste), ce qui était le cas hier soir. Parfois de Malher, Berio ou Kraftwerk. Hier de Komeda (Vampire Killers), et de Schubert (The Bild), dont ils ont retenu le goût pour les morceaux « inachevés », stoppés dans leur élan une fois sur trois, mais toujours de façon inattendue et ludique.

Que dire de plus après un tel concert ? Le public était conquis, ravi au sens fort du terme, et les musiciens tout heureux de le ressentir. Michael Vollny nous avait d'ailleurs annoncé son plaisir de jouer à Caen, la « sister city » de Würzburg où il a fait ses études de piano. Non seulement annoncé, mais bel et bien confirmé, avec ses deux complices.

Allez donc les écouter jouer, ce trio ou l'autre, quand l'occasion s'en présentera, ne les loupez pas.

 

Alain Lambert

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