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Alexis Salatko « Folles de Django » Biographie ou roman historique ?

 

folles de djengo

Salatko Alexis, Folles de Django. Robet Laffont, Paris 2013 [276 p. ; ISBN 2-221-13219-X ; 20 €]

 

Par Alain Lambert, 10 décembre 2013 ——

Voilà un livre qui se situe justement à la frontière entre les deux genres puisque ce « roman » débute avec les premiers pas de Jeannot Reinhardt et se termine un peu après sa mort, racontée de deux façons différentes. Biographie donc  !

Mais roman historique aussi puisque l'auteur a voulu incarner la muse (occidentale) du musicien dans une dynastie de trois femmes : Maggy, Jenny et Dinah, mère, fille et petite fille, dont le rôle, surtout les deux premières, est fondamental pour sa carrière et son inspiration, à tel point que la mort accidentelle de la seconde, à la fin de l'hiver 1953, annonce celle du guitariste, et permet de passer presque sous silence les derniers enregistrements « électriques » de Django.

Pourtant, le livre, bien écrit et plaisant, essaye aussi de conter le besoin de renouvellement du virtuose manouche, sa recherche du « bi bop » (comme il l'écrit en sous-titre de Babik, morceau dédié à son fils en mai 1947). Et le désir de sortir de son image légendaire, trop étouffante.

Sans doute l'auteur apprécie-t-il plus le Django d'Épinal, mais les enregistrements de 1947, 1951, 1952 et 1953, après sa tournée américaine avec Duke Ellington, ne peuvent pas être mis aux oubliettes de l'histoire de la musique et du jazz, parce que sa deuxième muse vient de disparaître, à la page 265 d'un roman, d'une fiction.

Alors que tous sont passionnants, très modernes, particulièrement celui du 10 mars 1953, en quartet avec Maurice Vander au piano, Pierre Michelot à la contrebasse et Jean louis Viale à la batterie. Le prise de son est remarquable, le jeu de Django somptueux, épuré et apaisé, dans les standards comme dans ses propres compositions, Blues for Ike, Manoir de mes rêves, Nuages, toutes sublimées. On sent qu'il a trouvé son deuxième souffle, et Jimmy Raney n'a qu'a bien se tenir. Django, ce n'est pas de la mandoline !

Le livre cite cette séance d'abord en la situant en janvier, ensuite en lui déniant toute qualité musicale :  Il enregistra avec [Norman Granz] un disque de longue durée, qui devait servir de prélude à la tournée programmée pour l'automne à travers les États-Unis, le Japon et l'Europe. Django laissait dire. [p. 263]. C'est tout, et bien peu !

Jenny n'est pourtant pas encore morte fin janvier, il faut attendre de tourner la page. Quant à l'ultime séance chez Decca,  tout aussi intéressante, avec Martial Solal et Sadi Lallemand, même si le son est moins bon,  il n'en est même pas question, la mort de Jenny l'a effacée.

Difficile problème, donc, ce mélange de biographie et de fiction, docufiction et documenteur. Mais jusqu'où l'auteur peut-il aller dans le «  mentir vrai », qui ne devrait servir qu'à reconstituer ce dont on a plus de traces ?

 

plume Alain Lambert
10 décembre 2013

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013

131210

Dimanche 15 Décembre, 2013 22:22

 

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