Renaud Garcia-Fons et Ibrahim Maalouf, les jazz du monde du festival Moz'aïque

 

Le Havre, 17 juillet 2014, par Alain Lambert ——

Pour rejoindre le Havre de Caen, une fois passés Honfleur et le pont de Normandie, il y a encore plein de zones portuaires et industrielles à traverser avant d'arriver à la ville reconstruite par Auguste Perret, toute colorée du soleil de juillet.
On en profite pour voir la superbe expo consacrée à Nicolas de Staël au Musée Malraux, ce lieu étonnant dont les hauts stores laissent deviner le port et les grands bateaux en mouvement. Avant de rejoindre les « jardins suspendus », sur la colline, d'où le panorama est saisissant.

Le HavreLe Havre. Photographie © Alain Lambert.

Aux quatre coins, des plantes de tous les continents, et des musiques de tous les pays pour ce festival Moz'aïque qui va durer cinq soirs. A l'entrée, une « machine inutile d'intérêt public »  fait tournoyer et s'ouvrir des parapluies multicolores. Son créateur, Paulo Beaudoin, un Havrais, est bien content pour une fois de présenter son œuvre près de chez lui, à la belle saison. Sa machine est censée chasser la pluie, et tout à l'heure, dans la nuit, avec ses pépins éclairés, elle sera encore plus rayonnante. Pour ce soir, c'est gagné, il fait beau.

Festival MozaïqueLa machine à parapluies de Paulo Beaudoin. Photographie © Alain Lambert.

Renaud Garcia-Fons et son groupe Linea Del Sur nous invitent sur une ligne qui va de « Téhéran à Rio de Janeiro », en croisant les couleurs et les rythmes, tout en gardant la liberté du jazz. Le son est clair, impeccable, et les musiques envoûtantes.

La contrebasse à cinq cordes peut sonner comme un oud, l'archet sautillant, ou un violoncelle, l'archet caressant, ou une basse bien jazzy, sans lui. Le groupe fonctionne un peu comme un sextette, même s'ils ne sont que quatre, et tous très bons. Kiko Ruiz à la guitare flamenca, David Venitucci à l'accordéon, Pascal Rollando au cajon et aux percussions.

Une silhouette danse la valseria, mi musette mi buleria, sur la ligne du sud en s'enivrant de l'eau de la vie, dans ce voyage à la fois intimiste et entraînant, qui se termine en rappel par une gigue irlandaise en solo.

Renaud Garcia-FonsRenaud Garcia-Fons et son groupe Linea Del Sur. Photographie © Alain Lambert.

La deuxième partie revient vers le Moyen-Orient, en mixant les influences libanaises avec le jazz électrique de Miles Davis et le rock progressif de Led Zeppelin.

Ibrahim Maalouf  joue en deux endroits de la scène, soit en retrait avec sa section de trompettes (Youenn Le Cam, Martin Saccardy, Yann Martin), avec laquelle il multiplie les riffs rutilants, sur le principe des chansons à répondre. Et sur le devant de la scène où il redevient le soliste inouï dans l'univers du jazz, avec sa trompette à quatre pistons, ondoyant sur les quarts de ton, entre errances mélodiques et chuchotements, par exemple dans la reprise de Beirut du disque Diagnostic.

Mais derrière la mélancolie de l'orient blessé, l'ensemble, celui du dernier album, Illusions, est très festif, avec les solos bien rock de François Delporte à la guitare, Franck Woeste aux claviers, Laurent David à la basse et Stephane Galland à la batterie. Ou en duo, en trio, à cinq, à  huit, pour varier les ambiances musicales.

Le public, très nombreux, est content, d'écouter, de bouger, de reprendre un riff en sifflant, de tenir le rythme en claquant des mains, sur lequel le batteur s'amuse à répondre et à jouer dans un long solo étourdissant, ou de chanter les thèmes de Beirut ou de Lily, Will Soon Be A Woman  autre reprise de Diagnostic, avec juste les arpèges de guitare et la trompette qui improvise.

Ibrahim MaloufIbrahim Maalouf. Photographie © Alain Lambert.

Les quatre Caennais de Bul Mazette vont faire danser les noctambules jusqu'au bout de cette première nuit moz'aïque, pendant que les dernières notes de Lily, berceuse pour une petite fille, accompagnent notre retour de l'autre côté de l'estuaire de la Seine, à soixante mètres au dessus des eaux mêlées.

Bul MazetteBul Mazette. Photographie © Alain Lambert.

 

plume Alain Lambert
18 juillet 2014

 

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