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Les Neue Vocalsolisten Stuttgart
Dijon, Grand Théâtre
17 février 2012

Par Eusebius

 

Neue Vocalsolisten Stuttgart

Par quel miracle Stuttgart est-elle devenue la capitale du chant collectif contemporain ? Clytus Gottwald en fut le premier fleuron, avec sa Schola Cantorum, pour qui furent composées la plupart des œuvres vocales/chorales du dernier quart du xxe siècle (Ligeti, Penderecki, Boulez, Kagel, Pousseur…). Et ce sont maintenant ces Neue Vokalsolisten qui occupent le devant de la scène, avec la génération suivante de compositeurs (Fedele, Strasnoy, Mantovani…).

Leur escale dijonnaise avait été orchestrée autour du madrigal et de Monteverdi, ce qui relevait d'une certaine ignorance, ou malhonnêteté intellectuelle. Evidemment, si le programme articulait dans sa première partie trois madrigaux de Monteverdi et quatre de Gesualdo, avec des œuvres de Sciarrino et de Fedele, c'était davantage pour illustrer la continuité du genre, proposer une confrontation fructueuse avec la musique de notre temps.

Sept, ils sont sept… (sans référence à Prokofiev) pour notre grand bonheur.

Certes, leur lecture de Monteverdi ne renouvelle pas le genre : c'est beau, propre, honnête, mais on peut s'interroger sur l'intelligence du texte, sur la vocalité italienne, et sur une certaine retenue dans l'expression. Les Gesualdo bénéficient d'une virtuosité technique héritée de leur pratique contemporaine. Le public qui s'était déplacé pour ces deux figures emblématiques a dû rester quelque peu sur sa faim. Et j'avais quelque appréhension sur les désertions possibles à l'entracte, puisque la seconde partie était exclusivement consacrée à A-Ronne, de Berio.

Sciarrino passe – à juste titre – pour un transcripteur hors du commun. Et sa familiarité à Gesualdo, sur lequel il a travaillé, est manifeste. L'Alibi della parole (1994), pour quatre voix d'hommes, est une œuvre majeure de notre temps. Et le public ne s'y est pas trompé. La partie centrale, homophone, percussive, d'une précision diabolique, avec l'esprit du scherzo, où le silence est plus que jamais musique, emporte l'adhésion dès la première écoute. L'homogénéité des voix est à l'égal des meilleurs quatuors.

L'Animus Anima (2000), pour sept chanteurs, de Ivan Fedele concluait la première partie. Chacune des parties (Incipit, Eros, Vox) sollicite la virtuosité des interprètes. Du texte parlé au chant, toutes les formes d'expression sont sollicitées dans cette œuvre fascinante.

Très peu de défections dans le public après l'entracte. A-Ronne, que Berio écrivit en 1974 pour « cinq acteurs », allait achever de le conquérir. Tout Berio s'y trouve résumé, avec génie : un sens dramatique permanent, les recherches sur le texte, sur les langues et la vocalité, les collages, les citations, et un sens parodique et ludique exceptionnel. Variations sur un texte (post-texte autant que prétexte, on pense aux Exercices de style de Queneau), c'est certainement l'œuvre la plus inventive de la soirée. Les chanteurs-comédiens s'en donnent à cœur joie et leur plaisir est contagieux.

Les Neue Vocalsolisten sont à la musique vocale ce que l'Ensemble Intercontemporain est à la musique instrumentale. Leur collaboration régulière autorise d'autant plus cette comparaison.

Un moment exceptionnel qui démontre qu'avec l'engagement et le talent, il est possible de produire des programmes audacieux qui rencontrent l'adhésion du public. Merci donc au Neue Vocalsolisten pour ce concert hors du commun.

Eusebius
(18 février 2012)

P.S. : le concert sera retransmis sur France-Musique le 13 mars 2012 à 20h.

D'autre part les trois œuvres contemporaines peuvent être réécoutées sur You Tube, par les mêmes interprètes.


Références / musicologie.org 2011

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