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 Encyclopédie
du Fantastique

Tritter Valérie (coordination), Encyclopédie du fantastique.
Éditions Ellipses, Paris 2010
[1098 p. ; ISBN 2729853855 ; 49 €]

Une soixantaine d'auteurs ont planché sur cette chose assez indéfinissable qu'on nomme le fantastique. « Assez indéfinissable », parce que le fantastique commence avec l'analogie du rêve, la première revendication d'un monde plus confortable, la première frayeur d'un autre monde menaçant. Pas assez définissable aussi, parce que dans le fond envahissant.

De ce fait, toute œuvre d'art est une porte ouverte sur le fantastique, tout fantasme, toute envie aussi. Le fantastique c'est le bien, mais c'est aussi le mal. il est même possible que ce soit la méthode, ou le lieu, pour envisager les deux ensemble.

La possibilité du fantastique conditionne notre capacité à pouvoir penser, imaginer, donc de devenir humanité.

Dès qu'on pense, dès qu'on imagine, on crée des images, qui ne sont pas les choses réelles, qui sont nécessairement des déformations de ces choses dans lesquelles et avec lesquelles nous vivons. C'est déjà le fantastique.

C'est donc une très bonne idée de réunir un grand nombre d'auteurs, notamment des spécialistes de formes artistiques ou de pensées se rattachant expressément au fantastique, mais aussi des auteurs plus généralistes, ou disons plus périphériques à la problématique.

Le niveau général est universitaire, mais ce n'est pas une thèse, ni un ouvrage répondant à des contraintes éditoriales mises au carré. C'est une collection de notices sur une multitude d'objets — des personnes, des genres, des idées, traités selon divers angles.

Encyclopédie ? Peut-être, peut-être. On n'a pas ici la prétention de faire le tour du sujet, ni de rassembler tout le savoir et réflexions possibles sur la question du fantastique. C'est plutôt un dictionnaire « rédigé », qui compte quand même 1100 pages, et entre 700 et 1000 articles..

La musique et musiciens sont de l'aventure. Bien sûr Wagner et ses opéras, bien sûr la musique de film, bien sur le « Erlkönig » de Goethe mis en musique par Schubert, bien sûr la « Symphonie fantastique » de Berlioz, ou la relation de la virtuosité avec le fantastique, voire la diablerie, ou en passant, l'évocation du fantasque théoricien Athanasius Kircher (1602-1680).

Il reste que, pour ce qui concerne la musique, je suis un peu déçu. Je pense que la musique ancienne et ses théories, auraient mérité plus d'attention. Par exemple le mouvement ésotérique, dans lequel prennent place Kircher, Jérôme Cardan, ou surtout Robert Fludd (1574-1637), dont les « fumées » provoquaient la colère du père Marin Mersenne, le grand théoricien de la musique, et mathématicien autour duquel gravite toute la science de son époque.

Peut-être encore aurait-il fallu évoquer deux sources fondamentales. La première est l'harmonie des sphères de la Grèce antique, analogie du système stellaire par la musique, qui se continue dans le « grand tableau parfait » du monde, qui met non seulement les notes de musique en relation avec les planètes, mais encore avec les signes du zodiaque, des humeurs, des profils psychologiques, des maladies, des couleurs, etc., selon les temps et lieux. L'autre source, la chrétienne, qui entoure la « découverte » de la musique d'une certaine poésie fantastique, où se mêlent les muses, l'eau, ou des squelettes repêchés, dont les os, en s'écroulant sur le sol, révèlent les notes de musique.

Il y a aussi tous ces instruments magiques, la flûte, pas seulement celle de l'opéra de Mozart, mais celle de l'épopée de Gilgamesh, ou celle du berger antique, qui calme les chagrins, comme ces chants qui excitent les combattants ou qui peuvent aussi calmer les querelleurs, on est alors pas très loin des mots magiques qui font des merveilles, et donnent de la puissance à qui les possèdent, ni des effluves de soufre que laissait Paganini dans son sillage.

Il y a aussi sur la longue durée ce phénomène qui recycle les techniques usés d'appropriation de la réalité, en vecteurs d'affabulion.

Il est vrai qu'un tel projet sur un tel sujet, est nécessairement lacunaire, que les relations de la musique au fantastique pourraient être à elles seules l'objet possible d'une encyclopédie.

Comme l'écrit Gérad Hourbette, dans son sympathique témoignage sur la musique de film « À mon sens, la musique est en soi un genre « fantastique », en ce qu'elle est une brèche dans un monde normatif.  L'irruption de l'irréel, du phénoménal ou du paranormal est quelque chose de profondément ancré dans les peurs humaines, troubles intimes et effroyables, s'il en fut, à mille lieues du confortable « merveilleux » dans le « beau » sens du terme.»

Hourbette, est un digne représentant de « Art Zoyd », groupe de rock progressif né dans le mouvement underground des années 1970, toujours actif. Il ne semble pas imaginer, ce qui est en effet très difficile à faire, que la guimauve musicale (staraque comprise, après « les nouveaux romantiques ») que déversent médias et supermarchés est peut-être, dans leur essence normative, plus paranormale, effrayante et fantastique qu'on ne le pense.

Ce livre qui fait penser, qui réunit soixante auteurs, propose entre 700 et 1000 articles, dont des spécialistes de premier plan, et surtou de tous horizons, est une réussite éditoriale à garder à portée de main, mais qui ne se met pas dans la poche.

 

Jean-Marc Warszawski
27 avril 2010


Références / musicologie.org 2010