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Claude ARRIEU : Quintette à
vent en ut (1953) ; Florentine MULSANT : Quatuor In
Jubilo pour clarinette, violon, violoncelle et piano
(2002) ; Mel BONIS : Suite dans le style ancien pour
clarinette, flûte, violon et piano (1928) ; Suzanne
GIRAUD : Épisode en forme d’oubli pour clarinette,
marimba et contrebasse (1989) ; Elsa BARRAINE : Ouvrage
de Dame pour quintette à vent (1937).
Par l’ensemble Latitudes : Marianne
Legendre, htb ; Isabelle Duval, fl. ; Stéphanie
Carne, cl. ; Annouck Eudeline, cor ; Valérie
Grenier, bn ; Jérôme Simon, vn ; Matthieu
Legendre, vlc ; Axel Salles, cb ; Anne Thomas, piano ;
Dominique Lacomblez, cb.
Quelle heureuse parution que ce CD
proposant des œuvres pour la plupart inconnues et de
grande qualité ! Ce qui m’a essentiellement frappée,
c’est la construction très pensée de ce
programme. Les oeuvres y sont diverses et contrastées
tant sur le plan des styles, des instrumentations que
des formes, et pourtant se répondent musicalement
les unes aux autres.
C’est d’abord la mise en perspective
des deux oeuvres pour quintettes à vent de Claude
Arrieu et d’Elsa Barraine. Énergie, précision,
humour décalé, caractérisent l’écriture
ciselée de la première qui se positionne
sans ambiguïté dans la grande tradition
française. On ne peut qu’être d’accord
avec Pierre Schaeffer lorsque celui-ci prétend
que le langage de Claude Arrieu « trouve le chemin
du cœur au travers d’une technique impeccable. »
Plus immédiatement envoûtante,
la musique d’Elsa Barraine séduit par les harmonies
riches et colorées qui émaillent son discours
autant que par la sensualité de ses sonorités.
Son « thème et variations » intitulé
Ouvrage de Dame est une merveille du genre, sorte de
brèves confidences poétiques dont les
pages s’effeuillent au gré de la fantaisie de
l’auteur.
Florentine Mulsant et Suzanne Giraud
forment un face à face intéressant. L’Épisode
en forme d’oubli au caractère informel, instinctif
et violent marie les sonorités de la clarinette,
du marimba et de la contrebasse. Il s’oppose à
la complexité du Quatuor In Jubilo lequel se
réclame tout à la fois du post-sérialisme
et de l’expressionnisme musical. F. Mulsant fait preuve
d’une impeccable clarté dans la lisibilité
de ses lignes et au travers de ses équilibres
sonores. A l’évidence, la cérébralité
de son langage ne nuit pas à l’expression mais
se soumet entièrement à l’émotion
et au lyrisme.
Centre de gravité de ce programme
et pourtant musicalement très sobre : la belle
Suite dans le style ancien de Mel Bonis. Le choix d’une
suite (forme couramment utilisée par les auteurs
de la seconde moitié du XIXe siècle) écrite
« dans le style ancien » mène la
compositrice à renoncer pour cette oeuvre à
cette puissance post-romantique qui imprègne
en général son discours ainsi qu’à
bon nombre de libertés harmoniques auxquelles
elle nous a habitués par ailleurs. D’un autre
côté, c’est pour elle l’occasion de montrer
toute la technique et la perfection stylistique dont
elle sait faire preuve dans le cadre d’une oeuvre d’école
(notamment l’admirable fuguette).
Cette maîtrise, clairement
affichée, prend tout son sens lorsque l’on sait
combien Mel Bonis fit partie de ces musiciennes qui
eurent à se battre et à souffrir pour
accéder au simple droit de pratiquer leur art
dans un contexte familial et social qui lui fut des
plus hostile.
Très engagés dans ce
projet, les musiciens de l’ensemble Latitudes se montrent
à la hauteur de l’ambition du programme et possèdent
l’intelligence des styles abordés. Le jeu du
Quintette à vent « L » est parfait :
sonore, chaleureux, équilibré et virtuose.
Ce disque est une réussite, qu’on se le dise !
Viviane Niaux 27 novembre 2005
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