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  Musique française au féminin :
Cinq compositrices

Triton, TRI 331136, 2005 

Claude ARRIEU : Quintette à vent en ut (1953) ; Florentine MULSANT : Quatuor In Jubilo pour clarinette, violon, violoncelle et piano (2002) ; Mel BONIS : Suite dans le style ancien pour clarinette, flûte, violon et piano (1928) ; Suzanne GIRAUD : Épisode en forme d'oubli pour clarinette, marimba et contrebasse (1989) ; Elsa BARRAINE : Ouvrage de Dame pour quintette à vent (1937).

Par l'ensemble Latitudes : Marianne Legendre, htb ; Isabelle Duval, fl. ; Stéphanie Carne, cl. ; Annouck Eudeline, cor ; Valérie Grenier, bn ; Jérôme Simon, vn ; Matthieu Legendre, vlc ; Axel Salles, cb ; Anne Thomas, piano ; Dominique Lacomblez, cb.

Quelle heureuse parution que ce CD proposant des œuvres pour la plupart inconnues et de grande qualité ! Ce qui m'a essentiellement frappée, c'est la construction très pensée de ce programme. Les oeuvres y sont diverses et contrastées tant sur le plan des styles, des instrumentations que des formes, et pourtant se répondent musicalement les unes aux autres.

C'est d'abord la mise en perspective des deux oeuvres pour quintettes à vent de Claude Arrieu et d'Elsa Barraine. Énergie, précision, humour décalé, caractérisent l'écriture ciselée de la première qui se positionne sans ambiguïté dans la grande tradition française. On ne peut qu'être d'accord avec Pierre Schaeffer lorsque celui-ci prétend que le langage de Claude Arrieu « trouve le chemin du cœur au travers d'une technique impeccable. »

Plus immédiatement envoûtante, la musique d'Elsa Barraine séduit par les harmonies riches et colorées qui émaillent son discours autant que par la sensualité de ses sonorités. Son « thème et variations » intitulé Ouvrage de Dame est une merveille du genre, sorte de brèves confidences poétiques dont les pages s'effeuillent au gré de la fantaisie de l'auteur.

Florentine Mulsant et Suzanne Giraud forment un face à face intéressant. L'Épisode en forme d'oubli au caractère informel, instinctif et violent marie les sonorités de la clarinette, du marimba et de la contrebasse. Il s'oppose à la complexité du Quatuor In Jubilo lequel se réclame tout à la fois du post-sérialisme et de l'expressionnisme musical. F. Mulsant fait preuve d'une impeccable clarté dans la lisibilité de ses lignes et au travers de ses équilibres sonores. A l'évidence, la cérébralité de son langage ne nuit pas à l'expression mais se soumet entièrement à l'émotion et au lyrisme.

Centre de gravité de ce programme et pourtant musicalement très sobre : la belle Suite dans le style ancien de Mel Bonis. Le choix d'une suite (forme couramment utilisée par les auteurs de la seconde moitié du XIXe siècle) écrite « dans le style ancien » mène la compositrice à renoncer pour cette oeuvre à cette puissance post-romantique qui imprègne en général son discours ainsi qu'à bon nombre de libertés harmoniques auxquelles elle nous a habitués par ailleurs. D'un autre côté, c'est pour elle l'occasion de montrer toute la technique et la perfection stylistique dont elle sait faire preuve dans le cadre d'une oeuvre d'école (notamment l'admirable fuguette).

Cette maîtrise, clairement affichée, prend tout son sens lorsque l'on sait combien Mel Bonis fit partie de ces musiciennes qui eurent à se battre et à souffrir pour accéder au simple droit de pratiquer leur art dans un contexte familial et social qui lui fut des plus hostile.

Très engagés dans ce projet, les musiciens de l'ensemble Latitudes se montrent à la hauteur de l'ambition du programme et possèdent l'intelligence des styles abordés. Le jeu du Quintette à vent « L » est parfait : sonore, chaleureux, équilibré et virtuose. Ce disque est une réussite, qu'on se le dise !

 

Viviane Niaux
27 novembre 2005

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