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Il y a dix ans, Mario Hacquard et Claude Collet enregistraient des « Mélodies
françaises oubliées » (disque Aliénor AL 1075). On y trouvait des mélodies de
Valentin Neuville (1863-1941), Martial Caillebotte (1853-1910), Alfred Bruneau
(1857-1934), le musicien d'Émile Zola, Louis Durey (1888-1979), le discret des «
Six », Henri Tomasi (1901-1971), Jean Hubeau (1917-1992).
Avec ce disque, ils remettent cette idée sur le métier. On y retrouve
d'ailleurs les « Proses des mortes » de Valentin Neuville sur des poèmes
d'Eugène Vial, et les « Chants laotiens » d'Henri Tomasi sur des poèmes de Louis
Laloy et Joseph Trillat.
Mais entre les deux prennent place une vingtaine de mélodies de Germaine
Tailleferre (1892-1983). Si on compte bien, ce disque commémore le 25e
anniversaire de la disparition, en 1983, de la « Dame des Six ».
Mario Hacquard a été très lié à Germaine Tailleferre. Son père, directeur de
l'École alsacienne à Paris, en offrant une place d'accompagnatrice au piano dans
son établissement, aida la déjà vieille artiste, dans le besoin, qui bénéficia
ainsi de droits sociaux. Puis, il créa l'association « Germaine Tailleferre »,
pour promouvoir (jusqu'en 2003), avec succès, son œuvre. Germaine Tailleferre
dédia plusieurs de ses œuvres à Mario Hacquard, qu'ils interprétèrent ensemble.
Aux obsèques de la compositrice, Mario Hacquard chanta le « Requiem » de Gabriel
Fauré, une des œuvres préférées de la disparue.
Ce sont de très belles mélodies, tour à tour tendres, ironiques, tristes,
espiègles. On a dit que la musique de Germaine Tailleferre manquait de
profondeur (elle l'a dit aussi). Je pense plutôt qu'il y a un côté efficace,
populaire, une projection vers la public. On sera touché par la belle élégance
et la modernité mélodique de la Romance du prisonnier, sur un texte de Denise
Centore, la librettiste des pastiches d'opéras comiques que Germaine Tailleferre
composa pour la Radio nationale, de même pour le Chant chinois. La magnifique
mise en musique de la Chasse à l'enfant, le célèbre poème de Prévert, ou les
34 secondes, étonnantes, de la pancarte pour une porte d'entrée, du cycle du même nom,
sur des poèmes de Robert Pinget. Tout cela a beaucoup de charme.
Valentin Neuville, plus qu'oublié, est quasiment inconnu. Né en Belgique, son
père est facteur d'orgues. Neuville obtient ses Prix au Conservatoire de
Bruxelles (orgue, contrepoint, orchestration), et fait une carrière d'organiste
à Lyon, où il rencontre Eugène Vial qui est conservateur de musée. Ses mélodies,
assez nostalgiques, sous tension dramatique, sont imprégnées de romantisme,
d'échos debussystes. Elles peuvent être traversées ici et là de courtes
ritournelles plus légères, dans le ton de l'époque. Il y beaucoup d'élégance et
de charme sombre.
Henri Tomasi n'est pas un inconnu, loin de là. Mais, certainement en raison
de ses engagements politiques, notamment contre le colonialisme, a été mis sous
une chape de plomb, dès sa mort en 1971. Il est un compositeur très attaché au
monde méditerranéen. Ses « Chants laotiens » sont bien des mélodies françaises,
même si, de temps à autre, le piano donne de la gamme pentatonique, ou que
la
mélodie cadence en tierce mineure descendante, évoquant ainsi la musique
asiatique.
Mario Hacquard a chanté l'opéra, de Cimarosa à Aperghis, sur les scènes du
monde entier. Il a enregistré une trentaine de
disques, souvent accompagné par la pianiste Claude Collet.
Le site de Mario Hacquard : http://hacquard.onlc.fr/ Le
site des disques Polymnie : http://www.polymnie.net/
Jean-Marc Warszawski 29 février
2008
Valentin Neuville : Proses
des mortes (Eugène Vial) : 1. Les Oiseaux
; 2. Les Parfums ; 3. Comme l'eau ; 4. Les Mains ; 5.
Le Cartel ; 6. Mandolines ; 7. Le Cimetière.
Germaine Tailleferre : 8. Romance du prisonnier
(Denise Centore) ; 9. Chant chinois (Anonyme) ; 10.
L'Adieu du cavalier (Apollinaire) ; 11. Chasse à
l'enfant (Prévert) ; Paris sentimental (Marthe
Lacloche) : 12. Roman aux Batignolles ; 13. Péniche
à Billancourt ; 14. Sortie d'école sur
la Butte ; 15. Solitaire des Acacias ; 16. Neige sur
le parc Monceau ; Pancarte pour une porte d'entrée
(Robert Pinget) ; 17. Les Chapeaux ; 18. Désinvolture
; 19. L'Oiseau des îles ; 20. Cours ; 21. L'Émeraude
; 22. Sainte nitouche ; 23. Partage ; 24. L'Insecte
; 25. Hirondelles ; 26. Le Serpent ; 27. Pancarte pour
une porte d'entrée. Henri Tomasi : Chants
laotiens (Louis Laloy et Joseph Trillat) : 28. En
Forêt ; 29. Le Rendez-vous ; 30. Les Haleurs du
Mékong ; 31. Les Filles ; 32. Le Joueur de Khène
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