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Deux noms à retenir : Rabea Kramp et Mihály Menelaos Zeke

 

 

Dijon, Grand salon de l'Auditorium, 18 janvier 2014,
par Eusebius ——

 

Rabea KampRabea Kramp.

Malgré Anne Sofie von Otter, Miah Persson, Barbara Hendricks et quelques autres, le répertoire de la mélodie des pays scandinaves et de la Finlande est rarement illustré au concert. Le choix de l'opéra de Dijon de centrer une large partie de sa saison sur les musiques de ces régions est l'occasion de découvrir, pour l'essentiel, le plus beau bouquet d'entre elles. Le grand salon de l'Auditorium offre un cadre idéal pour ce type de récital. Mihály Menelaos Zeke dirigeait récemment le Chœur de l'Opéra de Dijon, a cappella, dans un concert centré sur le riche répertoire vocal de l'Europe du Nord. Il nous revient comme accompagnateur de Rabea Kramp, jeune soprano allemande, et aussi comme présentateur concis et pertinent de chacune des pièces.

Le programme, représentatif des multiples facettes de ce lyrisme particulier, est d'une richesse expressive rare. La tonalité générale est sombre, le plus souvent d'un expressionnisme post-romantique, placé sous l'ombre tutélaire de Schumann, Brahms et Wolf. Car, même si rares sont ceux qui n'ont pas achevé leur formation à Leipzig, Berlin ou Vienne, tous ont, à des degrés divers, considéré la culture musicale germanique comme la première référence, écrivant assez fréquemment à partir de textes allemands.

Programme très généreux (plus de 20 mélodies, Lieder et ballades, sans compter les deux bis) qui entraîne l'auditeur de la Finlande (Sibelius, Kilpinen) à la Norvège (Gröndahl, Grieg, Kvandal), en passant par le Danemark (Langue-Müller, Heise, Nielsen) et la Suède (Stenhammar, Alfven). Qu'en retenir plus particulièrement ? Chacun y trouve son miel, et le mien est très personnel : bien qu'illustrant des textes allemands, Kilpinen, à l'expression variée, du tourmenté et puissant « Es ist Nacht », aux deux volets de « Heimat », simple, nostalgique? Kvandal, le régionaliste, dont l'inspiration populaire, la modalité, rompent avec le post-romantisme germanique ? La grande ballade « Roses noires » de Sibelius, très sombre, désespérée, à la progression bouleversante ? La berceuse incertaine de Nielsen (« Pose ta tête »). Chaque pièce mérite attention, y compris celles que l'on croyait connaître.

Rabea Kramp aime manifestement ce répertoire qu'elle illustre avec bonheur. Sa voix chaude, puissante, d'une large tessiture, égale dans tous les registres, se distingue par une belle projection et une conduite exemplaire de la ligne. La pureté des aigus, la consistance du médium et la profondeur des graves confèrent à son chant une justesse d'expression servie par une articulation parfaite. Lauréate de la Fondation Menuhin, elle s'est produite, à notre connaissance, dans Mozart et l'oratorio. Ses qualités vocales exceptionnelles lui permettront, n'en doutons pas, d'aborder avec succès d'autres répertoires, y compris Wagner. A suivre !

Quant à Mihály Menelaos Zeke, dont les qualités de chef de chœur étaient connues, il se révèle un grand accompagnateur (et un remarquable traducteur), dont la complicité musicale avec Rabea Kramp était manifeste.

Mihály Menelaos ZekeMihály Menelaos Zeke.

                                                                     plume Eusebius
19 janvier 2014 

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ISSN 2269-9910

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