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Si dans sa jeunesse, le Roi Soleil
avait fait de l'opéra une fantastique machine
de propagande dont toute l'Europe s'empara, sur le déclin
il eut tendance à se tourner vers des plaisirs
plus sobres. L'opéra garda cependant sa force
de persuasion. Grand voyageur, mousquetaire, musicien
initialement autodidacte, André Cardinal Destouches
s'en empara. Avec Houdar de la Motte, partisan de la
réforme des conventions théâtrales,
il conçut la première comédie-ballet
en France, Le Carnaval et la Folie. Le sujet ? L'Éloge
de la Folie d'Érasme revu et corrigé
au goût du XVIIIe siècle naissant. Pourquoi
donc s'inspirer de cet ouvrage caustique écrit
par ce philosophe linguiste doué d'une grande
liberté de pensée, auteur d'une traduction
nouvelle du Nouveau Testament dont se servit
Luther, religieux fidèle à Rome mais refusant
que le Pape le nomme cardinal ? Moins de vingt ans après
la révocation de l'Édit de Nantes, pourquoi
s'inspirer d'une oeuvre écrite pour Thomas More,
juriste, philosophe, helléniste, homme politique,
auteur de The Utopia, qui eut le privilège
d'être pendu et non décapité pour
avoir refusé à Henry VIII d'entériner
le schisme religieux donnant naissance à l'Église
anglicane ? Louis XIV n'assista pas à la création
du Carnaval et la Folie, donnée devant
la cour, à Fontainebleau, en présence
du roi d'Angleterre et de la maison royale.
Dans Le Carnaval et la Folie,
la Folie n'est pas celle que l'on croit ; le Carnaval
ressemble à un amoureux transi et Momus, grand
censeur des dieux, tire les ficelles pour mieux nous
divertir. Comment transcrire la modernité d'une
œuvre tricentenaire en étant respectueux des
éléments nouveaux apportés par
les musicologues, les chercheurs, en s'inscrivant dans
une réflexion contemporaine ? Quelle part d'invention,
quelle part de fidélité ? Autant de questions
qui animent les acteurs de l'édition 2007 de
l'Académie baroque européenne et dont
rend compte ce nouveau Cahier d'Ambronay.
On trouvera d'entrée deux
réflexions de fond : « Le Carnaval et la
Folie : Révolution ou conformisme ? »,
par Michael Nafi, doctorant à Paris Diderot,
et « Le jeu de la marotte ou la momerie de Folie
» par Marianne Massin, Maître de Conférence
à Rennes II.
Les artisans du spectacle créé
en octobre 2007, au Festival d'Ambronay, expriment leur
point de vue : Hervé Niquet, Jacques Osinski,
Maris-Geneviève Massé, Christophe Ouvrard.
Ce quatrième « Cahier
» d'Ambronay est complété pae le
synopsis de l'œuvre, la fiche signalétique, une
notice sur André Cardinal Destouches, le livret
et les sources.
L'ouvrage est agrémenté
des esquisses des costumes, crées par Christophe
Ouvrard
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