Anoushka Shankar et Simply Soul : Un samedi jazzy sous les pommiers

Anoushka Shankar
Anoushka Shankar.

Coutances, 31 mai 2014, par Alain Lambert ——

Coutances, le 3e festival jazz de France d'après la radio France Bleue (après Vienne et Marciac), 70 000 festivaliers cette année pour une ville de moins de 10 000 habitants. Des salles remplies à 94 % et une légère augmentation du taux de fréquentation pour le premier bilan de cette 33e édition.

On arrive, on se gare comme on peut, on musarde. Un clown jongleur délire sur la physique et le cosmos place Saint-Nicolas. Il se débrouille plutôt bien, Boris, le public est content, mais il parle beaucoup et ne jongle presque pas. Tout un art en fait pour tenir trois quart d'heure.

Cette année, on a choisi le jazz du monde. Anoushka Shankar, la digne fille de son père qui lui a transmis son art, sa technique de sitar et du râga indien, qu'elle a su, comme lui, mixer de multiples façons, entre electro et jazz.

Anoushka ShankarAnoushka Shankar. Jazz sous les pommiers 2014. Photographie © Alain Lambert.

À cause d'un retard de retour d'accréditation, on se retrouve à l'étage Est de la salle Marcel Helie. On monte et on redescend vertigineusement, comme en avion, pour se retrouver dans une ambiance moite et chaude d'avant la mousson....

On ne voit pas le piano ni le triple hang mais on domine la scène. En fait on est presque mieux qu'en bas, le son est tout à fait correct, et les six musiciens sont souvent au centre. Deux violoncellistes dont un pianiste et une chanteuse. Quant au batteur, il s'échappe parfois pour rejoindre son hang. Tous trois anglais. Et trois indiens, un percussionniste, un joueur de shehnai et la sitariste à la main lente (euphémisme !).

Les deux premiers morceaux sont très techniques, des jeux de questions et réponses rythmiques et acrobatiques entre les instruments, histoire de dépayser. Le troisième est une ballade chantée superbement par la violoncelliste, en anglais, avec le son flottant entre les tons du sitar pour ornementer la mélodie grave et belle.

Mais les trois indiens chantent aussi bien, à l'unisson, dans le morceau suivant, Metamorphosis, dans une sorte de mantra répétitif et profond, propulsé par un batteur à l'aise dans toutes les situations rythmiques, et qui jamais ne submerge le percussionniste, mais l'écoute, lui répond, le sollicite, le complète dans le grave et l'aigu. Le shehnai improvise aussi entre tradition et jazz.

Le reste du concert va multiplier râgas et rencontres entre musiciens et cultures musicales. Le public est ravi (facile!) et debout. En rappel un solo avec juste une basse presque continue, le aum, le son de base de l'univers.

Melon Jazz BandMelon Jazz Band. Jazz sous les pommiers 2014. Photographie © Alain Lambert.

Dehors, le monde a retrouvé l'harmonie et le soleil. Le square de l'évêché voit se succéder les classes des écoles de musique régionales et les groupes amateurs. À l'instant, c'est le Melon Jazz Band  qui joue Moonlight Serenade, à six jours du six juin... Et les tables et les bancs installées près des buvettes et des brioches invitent à la détente. Pour qui veut profiter de l'ambiance du festival sans trop débourser, entre musique amateur et spectacle de rue familial, c'est possible.

Pour manger, le village près du théâtre offre pas mal de couleurs culinaires, du local au mondial. Pourquoi pas un dal avec du cidre, du poiré, ou un thé à la menthe ?

Et l'on remonte dans le square. Le groupe suivant a du mal avec la balance. Heureusement, on est mieux assis que tout à l'heure, pour le grand concert, et la patience paye.

Mezlon Jazz BandSimply Soul. Jazz sous les pommiers 2014. Photographie © Alain Lambert.

Les six musicos venus de Caen font des reprises « à leur sauce » des standards soul (de Come Together à Unchain My Heart en passant par Billie Jean), d'où leur nom « Simply Soul ». Et ils sont bons, détendus, rigolos. Le chanteur a de le voix, le trompettiste et le flûtiste improvisent avec ardeur, le percu au cajon assure, avec la contrebassiste et le guitariste rythmique.  Tous ont une bonne présence. Des stars à leur façon, comme dirait l'autre. Et Coutances, c'est ça aussi.

Ah, au fait, la résidence de Thomas de Pourquery c'est fini, il a été emporté par sa grande soufflerie. Et c'est Airelle Besson, la trompettiste, qui le remplace pour deux ans. À l'an prochain !

 

Plume Alain Lambert
31 mai 2014

 

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