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Andreas Steier, Dieter Sepec et Roel Dieltiens
dans un programme classique viennois

 

 

Dijon, Grand-Théâtre, 17 octobre 2013, par Eusebius ——

Acreas SteirAndreas Steier. Photographie Opéra de Dijon © Gilles Abegg

 

Andreas Steier connaît bien Dijon, où réside son ami Brice Pauset dont il créa la Kontra-Sonate en 2001. Familier de la musique de chambre, il nous revient en compagnie de Dieter Sepec et de Roel Dieltiens pour un programme très classique, qui sera donné ensuite à Spa et Bruchsal.

Dieter Sepec, s'il est surtout connu comme l'un des plus brillants violonistes baroques, est aussi premier violon du quatuor Arcanto, que nous avons eu le bonheur d'écouter la saison dernière, ici même. Roel Dieltiens — l'un des meilleurs violoncelles baroques, mais aussi modernes — a succédé à Jean-Guihen Queyras1 au sein du trio.

Moins de quarante ans, mais un monde aussi, séparent le trio en mi majeur K. 542 de Mozart de celui en mi bémol majeur de Schubert D. 929. Le premier, le préféré de Chopin, bien que contemporain de la symphonie en mi bémol majeur, reste ancré dans la tradition rococo viennoise. Seul le second mouvement, teinté de mélancolie, laisse présager des évolutions à venir.

D'emblée, Andreas Staier et ses partenaires nous entraînent sur des cîmes  : la musique vit et respire comme jamais, avec une élégance rare. La variation mineure du mouvement lent, avec sourdine, prend des couleurs inusitées et bienvenues. Sourire et émotion sont au rendez-vous.

De Beethoven, les variations sur « See the conqu'ring hero comes » de Judas Macchabée de Haendel permettent au violoncelle, comme au piano-forte de faire montre de toute leur virtuosité. Dois-je avouer ma relative déception pour le violoncelle manquant de rondeur et de puissance ? Par contre, le jeu inventif d'Andreas Staier, ménageant en permanence les surprises — indispensables dans une pièce aux variations si convenues — souligne le caractère mondain, voire frivole de cette œuvre.

Le concert s'achevait sur une œuvre majeure, bien connue, le second trio de Schubert. Le jeu sur instruments anciens semble dans un premier temps réduire les dimensions acoustiques. Le moment de surprise passé, on est confondu par la lecture qu'en donnent les interprètes. Toutes les phrases chantent, respirent, les transitions sont ménagées avec un art consommé. La fluidité cristalline du piano-forte, son articulation, la vie rythmique intense qu'il communique rafraîchissent radicalement l'audition. Le célèbre andante con moto avance, sans pesanteur, avec un naturel déconcertant. Quant au scherzo et au finale, tour à tour ludiques, insouciants, enjoués, c'est un plaisir neuf dû à l'art de ce magicien du clavier. Petits effets, répliques légèrement suspendues, quelques appoggiatures ajoutées aux reprises, tout est là pour conférer à ces pages une élégance discrète, joviale.

Un public sensiblement renouvelé (les applaudissements spontanés dès la fin du premier mouvement du trio de Mozart l'attestent) ravi, attendait un bis… Las, il faudra patienter un peu, puisque notre célèbre piano-fortiste reviendra en février pour un Winterreise (avec Georg Nigl), puis en mars pour les Variations Goldberg. A ne pas manquer !

plume Eusebius
18 octobre 2013

1. Rétabli et se produisant ce même soir à Los Angeles.

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