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Dans le cadre de son importante publication de traités
et partitions du patrimoine français classique, les éditions Fuzeau
proposent au public un manuscrit d’airs de cour de Michel Lambert,
intitulés :
Airs de Monsieur de Lambert non imprimez.
Sur les trois cent trente airs de Lambert que l’on
connaît aujourd’hui (Catherine Massip a estimé sa production à cinq cents
environ), plus de la moitié furent diffusés dans les anthologies et en
particulier celles de Robert Ballard ; mais le compositeur s’est attaché à
publier une partie de son oeuvre : en 1660, il fait graver chez Richer une
vingtaine de pièces à une voix et basse continue et, en 1689, une
soixantaine à 1, 2, 3 et 4 parties (fac-similés Minkoff). Cependant, le
groupe le plus important d’œuvres de Lambert a été diffusé dans un recueil
manuscrit copié vers 1691, à l’instigation du libraire Henri Foucault, lié
à Marc-Antoine Charpentier.
Ce manuscrit « Foucault », que nous présentent
aujourd’hui les éditions Fuzeau, existe en cinq copies ; toutes offrant
les airs accompagnés d’une basse non chiffrée et fréquemment ajoutés d’un
double. Ces précieuses versions ornées ne manqueront pas d’intéresser les
chanteurs soucieux de nourrir leurs interprétations du contact des
sources, véritable témoignage des pratiques de l’époque.
Chaque air est coulé dans la forme binaire à reprises
qui dissimule en fait beaucoup plus de diversité qu’on ne le
soupçonnerait.
Cette parution essentielle constituée de
soixante-quinze airs dans une présentation très lisible et soignée souffre
cependant d’une certaine indigence musicologique :
Le lecteur ne trouvera aucune présentation des
concordances qui lui permette de réaliser que ce recueil comporte assez
peu d’
unica, le reste ayant déjà été publié, soit dans les deux livres
gravés, soit dans les anthologies de Ballard. Ce serait pourtant une
commodité pour l’accompagnateur qui, en s’y reportant, trouverait les
chiffrages préconisés par Lambert, hélas absents du manuscrit. Il ne
trouvera pas plus d’indication sur des attributions douteuses ou
conflictuelles (neuf pièces sont attribuées à Boesset, deux à Le Camus,
deux autres à Lully et une à Moulinié). Alors qu’une anthologie comme
celle-ci constitue un bel et imposant exemple des pratiques artistiques
partagées dans les salons de la préciosité (cent trente quatre feuillets
de musique), le lecteur ne rencontrera aucune mention des quelque vingt et
un auteurs identifiés par Catherine Massip, parmi lesquels Sarrasin, Isaac
de Benserade, Philippe Quinault et même Molière avec un extrait du
Mariage forcé (« Si l’amour vous soumet à ses loi inhumaine », p.
115).
Enfin, nous louerons les explications et les
commentaires trilingues qui concernent l’ornementation ; il est cependant
dommage que les corrections justifiées dont a bénéficié la partition ne
soient pas indiquées sur l’original.
Il reste que ce fac-similé constitue pour les chanteurs
la plus imposante source d’airs de cour de Michel Lambert nantie de
magnifiques doubles, peut-être les derniers transcrits en France ?
Jean Duchamp,
département « Musique et Musicologie »
université Lumière-Lyon 2.

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