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Růžičková Zuzana
1928-2017

Photographie : archíves Z. Růžičkové.

Née à Plzeň (Pilsen) 14 janvier 1928, morte à Prague 17 septembre 2017.

Son père, Jaroslav Růžička, possède un magasin de jouets (rue Plzeňská) à Plzeň, à une centaine de kilomètres eu Sud-Est de Prague. De santé fragile, ses parents lui offrent un piano pour fêter sa guérison d'une pneumonie. Elle est alors âgée de 9 ans. Son père qui a travaillé dans les années 1920 dans un grand magasin de Chicago lui apprend l'anglais, sa gouvernante l'allemand.

Sa professeur de piano, Marie Provaníková, l'encourage à se mettre au clavecin, et prend contact avec Wanda Landowska, qui dirigeait son École de musique ancienne, dans sa résidence de Saint-Leu-La-Forêt (France), afin de lui confier son élève, lorsqu'à quinze ans, elle aura achevé sa scolarité obligatoire.

Le magasin de jouets familial à Plzeň, dans les années 1920. Jaroslav Růžička est le deuxième à droite. Photographie : archíves Z. Růžičkové.

L'invasion nazie met doublement fin à ce projet. En raison des lois raciales Zuzana Růžičková est déscolarisée et ne peut quitter le territoire tchécoslovaque, de son côté Wanda Landowska émigre aux États-Unis, sa maison de Saint-Leu-la-Forêt est pillée.

Malgré les difficultés et le danger, Marie Provaníková continue à lui donner des cours, jusqu'en janvier 1942, où Zuzana Růžičková est déportée avec ses parents au Ghetto de Theresienstadt, où les nazis parquaient provisoirement les intellectuels et les personnes âgées, faisant croire mensongèrement à un séjour humaniste. Le séjour à « Therezin », Antichambre des camps d'extermination, était très dur, on y mourait de faim, d’épuisement et de maladie, au point où l'on y installa des fours crématoires à haute capacité. Son père meurt au cours ce cette incarcération au printemps 1943.

Elle y fait la connaissance de Karl Berman (1919-1995), basse d'opéra et compositeur, du compositeur Gedeon Klein (1919-1945), qui lui donne des cours d'harmonie.

Avec sa mère, elle est conduite en décembre 1943, au camp d'extermination d'Auschwitz, où elle est affectée au bloc des enfants. En 1944, les membre de son convoi sont gazés, par chance elle est envoyée avec sa mère au camp de Neuengamme, au sud de Hambourg, réduite à l'esclavage pour déblayer les gravats de la ville régulièrement bombardée, réparer un pipe-line, travailler dans les chantiers navals.

En janvier 1945, elle est déplacée dans une annexe de Neuengamme, Tiefstack, où elle travaille dans une cimenterie, puis, avec l'avancée des Alliés, creuse des pièges pour les chars. Fin février, elle est envoyée avec sa mère au camp d'extermination de Bergen-Belsen, à cent kilomètres au nord de Hambourg. Les Anglais et les Canadiens libèrent le camp le 15 avril 1945.

Souffrant entre autres du Thyphus, elle est soignée dans un hôpital militaire anglais, où elle sert par la suite comme traductrice et aide-soignante. Écoutant les appels diffusés alors à la radio pour retrouver les survivants, elle entend l'appel de sa professeur Marie Provaníková qui recherchait sa famille. Dès la quarantaine levée, en juillet 1945, elle retourne à Plzeň. Elle a dix-huit ans. Tous les biens familiaux ont été confisqués et réappropriés.

Zuzana Růžičková. Photographie © D. R.

Elle reprend, dans des classes d'enfants, ses études de piano avec Bohdan Gsölhofer, à l'école de musique de la ville, entre 1945 et 1947. Faisant partie des meilleurs élèves, elle intègre en 1947, malgré une scolarité quasi inexistante (5 classes), l'École supérieure de musique de Prague (Akademie múzických umění = AMU), pour le piano et le clavecin, avec les pianistes Albín Šíma (1886-1956) et František Rauch (1910-1996), le claveciniste Oldřich Kredba (1904-1981). Après avoir obtenu ses diplômes, elle a un poste à l'AMU, de professeur de piano pour les compositeurs, parmi lesquels Viktor Kalabis (1923-2006).

Elle donne son premier récital en 1951. En décembre 1952, elle épouse son compagnon, Viktor Kalabis. En 1956, elle remporte le concours international de Munich, organisé par la première chaîne de télévision allemande. (Internationaler Musikwettbewerb der ARD). Dans le jury, la compositrice, pianiste, claveniste suisse Marguerite Roesgen-Champion (1894-1976), lui propose de venir étudier avec elle à Paris. Son mari étant également invité à Paris, elle n'a pas l'autorisation de quitter le pays.

Johann Sebastian Bach, Concerto no 5, en fa majeur, par Zuzana Růžičková.

Mais sa carrière est lancée, elle donne de nombreux concerts dans toute l'Europe et au Japon, commence a accumuler les enregistrements discographiques, dont la première intégrale des pièces pour clavier de Johann Sebastian Bach, qu'elle achève au début des années 1970. Elle est Grand prix du disque Charles Cros en 1961, pour son enregistrement du concerto en sol mineur de Jiří Antonín Benda

En 1962, elle est professeur à l'École supérieure de musique de Prague. La même année elle fonde avec Václav Neumann l'ensemble des solistes de Prague, avec lesquels elle joue jusqu'en 1967, et à partir de 1963, joue en duo avec le violoniste Josef Suk.

Elle également eu comme partenaires János Starker, Pierre Fournier, Jean-Pierre Rampal, Aurèle Nicolet, Maxence Larrieu. elle a joué sous la direction de chefs éminents, plusieurs compositeurs contemporains lui ont dédié des œuvres, dont son mari.

Viktor Kalabis, Zuzana Růžičková, Rafael Kubelík. Photographie © D. R.

Pendant de longues années, elle a animé des classes de maître à Zurich, Stuttgart, Cracovie, Budapest, Riga, Tokyo.

Elle remporte le Grand Prix Supraphon en 1968 et en 1972.

De 1978 à 1982, elle enseigne à Bratislava.

Sa discographie doit attendre une centaine d'albums. Elle a reçu de nombreuses récompenses, dont en France, en 2004, le grade de Chevalier des Arts et des Lettres. Après la maladie et la mort de son mari, elle a cessé de se produire en public, et s'est consacrée à diverses fondations et projets, dont le souvenir des musiciens déportés à Therezin.

On compte parmi ses élèves, Christopher Hogwood.

Bande annonce du film Zuzana: Music is Life, de Peter Getzels, Getzels Gordon Productions.

 

Jean-Marc Warszawski
27 septembre 2017

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