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Schulhoff Erwin
1894-1942

Ervín Gustavovič Schulhoff.
Pseudonymes : Hanuš Petr, Georg Hanell, Eman Baizar, Franta Michálek, Jan Kaláb

Né à Prague le 8 juin 1894 ; mort en détention le 18 août 1942 à Wülzburg.

Son père, Gustav Schulhoff est commerçant, grossiste en laine et coton. Sa mère, Louisa Wolff est la fille du chef d'orchestre du théâtre de Frankfurt, Hermann Wolff. Erwin Schulhoff est aussi le petit-neveu du pianiste et compositeur Julius Schulhoff (1825-1898).

En 1901, sur les conseils d'Antonín Dvořák, ses parents lui font donner des cours privés de piano. Il compose en 1903 une mélodie pour violon et piano.

Il entre au Conservatoire de Prague en 1904, dans la classe de piano de Jindřich z Albestů  Kàan (1852-1926), il étudie aussi un temps le piano avec Josef Jiránek (1855-1940).

Jindřich z Albestů  Kàan (1852-1926).

De 1906 à 1908, il étudie le piano avec Willy Thern (1847-1911), à la Horaksche Klavierschule de Vienne.

De 1908 à 1910, il est au Conservatoire de Leipzig, où il étudie la composition avec Max Reger et Stephan Krehl (1864-1924), le piano avec Robert Teichmüller (1863-1939).

Il interrompt pendant une année ses études au profit d'une tournée de concerts en Allemagne.

De 1911 à 1914, il reprend ses études au Conservatoire de Cologne, avec Fritz Steinbach (1855-1916) pour la direction d'orchestre, Franz Bölsche (1869-1935) pour le contrepoint, Ewald Strasser (1867-1933) pour l'instrumentation, Lazzaro Uzielli et Carl Friedberg (1872-1955), pour le piano.

Ses études sont couronnées en 1913 par le Prix Wüllner. La même année, il prend quelques cours de composition avec Claude Debussy.

En 1914, il reçoit le Prix Mendelssohn pour le piano.

De 1914 à 1918, pendant toute la durée du premier conflit mondial, il est soldat dans l'armée autrichienne. Il ne peut composer que dans le répit des permissions. L'idée du cycle pour piano fünf Grotesken, lui serait venue sur le champ de bataille d'Asiago, dans les dolomites, en 1917.

Erwin Schulhoff en 1917.

La guerre, au cours de laquelle il est blessé, provoque sa révolte, et il adhère au mouvement communiste. Tout en achevant les œuvres déjà sur le métier, comme les deux symphonies vocales Landschaften et Menschheit (dédiée à la mémoire de l'assassinat de Karl Liebknecht, le 15 janvier 1919), il pense devoir abandonner ses anciens projets esthétiques, et cherche à dépasser la voie du post-romantisme dans laquelle il s'était engagé avant-guerre.

De janvier 1919 à l'été 1920, il est à Dresden, avec sa sœur Viola, qui étudie les arts plastiques. Il y fonde avec des amis artistes de toutes disciplines la société « Werkstatt der Zeit » (l'Atelier du temps). On y retrouve les peintres Otto Dix (1891-1969) et Otto Griebel (1895-1972), le poète constructiviste Theodor Däubler (1876-1934), le Maître de chapelle de l'Opéra de Dresden, Hermann Kutzsbach.

Il met en œuvre une série de concerts « progressistes » (Fortschrittskonzerten), qui fournissent un point d'appui à la seconde École de Vienne. Il est intéressé par l'atonalité comme dépassement du romantisme. Il se rapproche du mouvement dadaïste de Berlin, et découvre grâce au peintre George Grosz (1893-1959), également membre du Parti communiste, le jazz américain.

Au printemps 1920, il crée ses Ironien pour piano à Dresden, au cours d'un « Concert progressiste ». Le 30 octobre, il crée sa Musik für Klavier opus 35, à Prague.

Dédicace d'Ironien à Lizzi (Lucie Libochowitz)

Es lebe! Suff, Ekstase! -
Foxtrott, - lieblichster Prinz und Hanswurst,
Wenn Du Madchen berührst, werden sie rasend
und sind unersattlich geworden!
Strumpfbänder schwirren und kokettieren
mit abgelegten Offiziersuniformen, die nach Laster riechen!
Ober, eine Citronenlirnonade à la naturelle!
Ich liebe den Alkohol nicht mehr, dafur aber um so mehr schone Beine! -
Zigarettenreklame, - Berlin, Paris, London, New York!
Weiber sind exhibitionistisch!
Foxtrottkonkurrenz! Behebung aller Arten Insuffizienzen
garantiert ohne Mittelchen! Strengste Diskretion in allen Angelegenheiten -
Detektivbüro "Argus" oder was beißt mich?-
Bade zu Hause, bediene sich selbst, koche mit Knallgas! -
Lizzi, - Du, - unvergleichlich bist Du, wenn Du Foxtrott tanzt,
Dein Hinterteil (streng asthetisch!!) pendelt zart und erzählt
Bände von Erlebnissen!
"Jazz" ist nachste Devise! -
Ich werde fur Dich einen Tango erfinden, den ich "Tango perversiano" nenne
und den Du - "zum Weinen schon" tanzen wirst! Mit mir!
Lizzi, ekstatische Foxtrottprinzessin und letztes Ereignis!!!

Erwin Schulhoff

À la fin de 1920, il est à Saarbrücken, pour enseigner le piano. Il se marie avec Alice Libochowitz (Libochovicova, 1891–1939) en août 1921. Ils gagnent Berlin, racines d'Alice, en janvier 1922, leur fils Peter Heinrich naît le 10 juillet (il deviendra réalisateur de cinéma, décède le 4 mai 1986).

Au printemps 1923 il retourne à Prague, comme artiste indépendant. Il est très apprécié comme pianiste. Il travaille pour la radio, et écrit pour la « Prager Abendblatt » et le journal musical « Der Auftakt ».

En 1924, à Prague, sa Sonate pour violon, composée en 1913, remporte un succès lors de la fête de l'Internationale Gesellschaft für Neue Musik (Société internationale pour la Nouvelle Musique), alors que le quatuor Zika de Prague (Richard Sika, premier violon), Paul et Rudolf Hindemith créent son sextuor à cordes à Donaueschingen.

Erwin Schulhoff, gravure sur bois de Conrad Felixmüller, 1924.

Il signe un contrat d'édition avec Universal en 1924 (qui sera dénoncé en 1931 en raison des pressions hitlériennes contre les compositeurs juifs ou supposés tels).

Demandé comme pianiste, il interprète le répertoire contemporain, mais aussi le répertoire classique. Il joue du jazz et ses expérimentations d'inspiration dadaïste. Ses pièces sont entendues régulièrement sur plusieurs radios européennes, dont la BBC à Londres.

En 1927, il se produit comme pianiste avec succès à Paris (en janvier) et à Londres.

L'hôtel Gavarni, à Paris, où logeait Erwin Schulhoff, lors de ses séjours à Paris.

À Paris, il présente, le 17 janvier, ses Cinq études de Jazz,  au cours des concerts de la « Revue musicale » et du « Groupe d'études philosophiques et scientifiques pour l'examen des tendances nouvelles ». Schaeffner, par ailleurs agacé par la séance de musique en quarts de ton de la séance du 13 janvier, en rend ainsi compte :

La même revue, dans sa rubrique des nouvelles italiennes, publie cette note :

Le flûtiste René Leroy

Le 10 avril, il joue avec le flûtiste René Le Roy, sa sonate pour flûte et piano. Joseph Baruzi en rend compte dans le « Ménestrel du 15 avril 1927 :

Du 15 au 18 mars 1929, il est à Londres, il tient la partie de piano dans le Quintette de Mozart, il se produit ensuite à Bruxelles et à Berlin, puis du 11 au 14 avril, il est programmé au Festival international de musique contemporaine de Genève.

Son calendrier ne lui permet pas de répondre à l'invitation de la Société Internationale de Musique de Paris, où Nadia Boulanger use de son influence à son profit. Mais sa sonate pour flûte et piano est tout de même programmée à Paris.

Dans le « Menestrel » du 5 octobre 1929, Pierre de la Pommeray rend compte d'un concert de la Société nationale de musique de Paris :

En 1930, il effectue une tournée de concerts en Allemagne et aux Pays-Bas, où il interprète, au Concertbouw d'Amsterdam, son double concerto pour piano et flûte et cordes, avec le flûtiste K. Willeke, sous la direction de Pierre Monteux.

En 1931, il rejoint le « Front de gauche » tchécoslovaque et participe à une troupe de théâtre de travailleurs.

Le 18 mai de la même année, il crée, son oratorio jazz H. M. S. Royal Oaks. Son ballet, La Somnanbule, est présenté à Oxford, dans le cadre du Festival de la Société internationale de musique contemporaine qui se déroule du 21 au 28 juillet.

En 1932, il met le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels en musique, inaugurant une nouvelle manière monumentale, avec des recherches de projections de son, et de déambulation du public.

En 1933, il est délégué lors d'une rencontre de théâtres ouvriers en Union Soviétique. Il donne des concerts à Moscou et à Leningrad.

24. Smečki, la maison où habitait Erwin Schulhoff à Prague.

Sa présence est interdite sur le territoire allemand. Son opéra, Flammen, dont la création est prévue à Berlin, est retiré de l'affiche pour des raisons racistes et politiques. Mais son enthousiasme pour le jazz et son engagement pour le réalisme socialiste, le marginalisent.

Suite à l'exposition nazie de Düsseldorf, sur l'art dégénéré, inaugurée le 22 mai 1938, Erwin Schulhoff figure sur la liste des artistes stigmatisés.

Les relations avec sa famille, tendues, se détériorent. Son épouse est malade, il a une aventure amoureuse avec un étudiant, vit un divorce difficile, sa mère meurt en 1938. Il se remarie la même année à Ostrova, avec Marie (Mimi) S.Gabrielová (morte en 1974).

Après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes allemandes en 1938 et 1939, il ne peut plus travailler légalement. Il fait un séjour en Union Soviétique.

Secrètement, sous des pseudonymes, il travaille au sein de l'ensemble de Jazz, Jaroslav Jezeks au  théâtre d'avant-garde Befreiten Theater de Prague, travaille comme pianiste pour à la radio d'Ostrava, ou à la radio de Brno, comme pianiste de jazz. Il arrange des chants populaires, et prend part aux activités du Arbeitertheater (Théâtre des travailleurs).

Il pense gagner la Grande-Bretagne, la France ou les États-Unis, mais il choisit l'Union Soviétique. Il obtient la nationalité soviétique, pour lui son épouse et son fils en avril 1941, et son, visa d'émigration le 13 juin.  Mais à la déclaration de guerre, et l'invasion de l'Union Sovétique par l'armée allemande, le 22 juin, rendent ce projet impossible. Il est arrêté le 23 juin comme ressortissant soviétique, et enfermé à la forteresse de Wülzburg, près de Weißenburg en Bavière, où il meurt de tuberculose le 18 août 1942, alors qu'il travaille encore à ses septième et huitième symphonies, Eroica et Heldensymphonie, sur des textes de Marx, Lénine et Staline.

Son père est déporté au camp de concentration de Theresienstadt (ouvert en novembre 1941), où il meurt en 1942.

Toujours originale dès les années 1924, et d'une grande maîtrise d'écriture, la musique d'Erwin Schulhoff traverse toutes les curiosités de son temps, des musiques populaires aux provocations dadaïstes, comme avec la Symphonie érotica, en passant par l'intérêt pour la musique ancienne et l'atonalité, tout ce qui tend à sortir la musique du romantisme. Erwin Schulhoff peut aussi faire figure de précurseur, avec In futurum de 1919 (extrait des « 5 Pittoresken »), une pièce de piano écrite exclusivement avec des silences, l'intégration du jazz, ou une pièce pour percussions, la « Schädeltanz », dans le ballet Ogelala en 1925.

In futurum.

En 1946, la 6e symphonie, la dernière des symphonies achevées, est jouée à Prague, puis l'oratorio qui met en musique le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, est enregistré sous la direction de Karel Ančerl. En 1962, on découvre en Union Soviétique, un lot de partitions qu'Erwin Schulhoff avait laissé lors de son séjour en 1940. C'est le musicologue suisse Walter Labhart qui fait connaître cette œuver à Gidon Kremer dans les années 1980. Le centenaire d'Erwin Schulhoff en 1994, est l'occasion d'un regain d'intérêt pour son œuvre.

Catalogue des œuvres

Incohérences dans le numérotage des opus. Voir Josef Bek, qui propose un renumérotage (WV) du catalogue des œuvres.

Écrits

Bibliographie

Discographie / extraits musicaux

Ervin Schulhoff
Symphonies n° 1, 2, 3
Philharmonia Hungarica
George Alexander Albrecht, direction
Enregistré en  septembre 1993, novembre 1993, janvier 1994
CPO 999 251-2 1994
1-3. Symphonie n° 1 ; 4-7. Symphonie n° 2 ; 8-10. Symphonie n° 3.

Symphonie n° 3, dernier mouvement, Allegro non troppo. 

Schulhoff
Concertos alla Jazz
Deutsche Kammerphilharmonie
Anfreas Delfs, direction

Aleksandar Madžar, piano
Ervín Schulhoff, piano (Berlin 1928)
Bettina Wild, flûte
Hawthorne String Quartet
DECCA, Entartete Music Series 444 819-2, 1995

1-3. Concerto pour piano et petit orchestre opus 43 : Aleksandar Madžar (piano) ; 4-6. Double concerto [n° 3], pour flûte, piano, cordes et 2 cors, opus 63 : Bettina Wild ( flûte), Aleksandar Madžar (piano) ; 7-9. Concerto pour quatuor à cordes et vents (Hawthorne Sring Quartet : Ronan Lefkowitz (violon), Si-Jing Huang (violon), Mark Ludwig (alto), Sato Knudsen (violoncelle) ; 10-12. 5 Études de Jazz (extraits) : N° 2 Blues (à Paul Whiteman), n° 3, Chanson (à Robert Stolz), n° 4, Tango (à Eduard Künneke) ; 13-14.  Esquisses de Jazz (extraits) : N° 4, Blues ; n° 5, Charleston ; 15-18. Rag-Music / Partita (extraits) : n° 3, Tango-rag ; n° 4, Temp di Fox à la Hawaii ; n° 7, Tango ; n° 8, Shimmy-Jazz, « Joli tambour, donne-moi ta rose » : Erwin Schulhoff, piano, Berlin 1928.

Rag-Music, Tango Rag, Erwin Schulhoff, piano, Berlin 1928.

Schulhoff
Concerto for Piano and Orchestra, opus 11
Jan Simon ( piano)
Prague Radio Symphony Orchestra
Vladimír Válek, direction
Supraphon, 11 2164-2 031
prix « Cannes Classical Award 95 » MIDEM Classic de Cannes.
1. Bewegt. Allegro moderato ; 2. Langsam und getragen ; 3. Rondo, lustig une leicht.

2. Langsam und getragen.

Schulhoff
Stringg Quartets, n° 0-2
Fünf Stücke

Kocian Quartet
Pavel Hůla (violon), Miloš Černý (violon), Zbýnek Paďourek (alto), Václav Bernášek (violoncelle)
Enregistré à Prague entre janvier et avril 1994. Supraphon, 11 2166-2 131
1-4. Quatuor n° 1 ; 5-9. Fünf Stücke für Streichquartett ; 10-13. Quatuor opus 25 ; 14-17. Quatuor n° 2.

 

Erwin Schulhoff
Ensemble Villa musica
MD&G Records, 1996

1. Divertissement pour hautbois, clarinette et basson ( Ulf Rodenhauser,  Klaus Thunemann,  Ingo Goritzki ) ; 2. Concertino pour flûte, alto et contrebasse (Jean-Claude Gerard,  Wolfgang Guttler,  Enrique Santiago) ; 3. Bassnachtigall pour contrabasson seul (Georg ter Voert ) ; Duo pour violon et violoncelle ( Martin Ostertag,  Ida Biehler); 5. Sonate pour flûte et piano (Jean-Claude Gérard, Kalle Randalu) ; 6. Die Wolkenpumpe, opus 40, pour voix et ensemble orchestral (Ulf Rodenhauser,  Klaus Thunemann,  Mathias Hofs,  Michael Gartner,  Georg ter Voert,  Edgar Guggeis,  Thomas Holzapfel).

 Die Wolkenpumpe, « Aus Karaffen »

Magdalena Kožená
Mélodies de Ravel, Chostakovitch, Respighi, Britten, Schulhoff.
Quatuor Henschel, Jiri Barta (violoncelle), Paul Edmund-Davies (flûte), Malcolm Martineau (piano).
Deutsche Grammophon, 2004

Maurice Ravel,  « Chansons madécasses » : 1. Andante quasi allegretto: Nahandove ; 2. Andante: Aoua! Aoua ! ; 3. Lento: Il est doux de se coucher — Dimitri Chostakovitch, « Satires », 5 romance pour soprano et piano opus 109 : 4. Au critique ; 5. L'Éveil du printemps ; 6. Les Descendants ; 7. Malentendu ; 8. La Sonate à Kreutzer — 9. Ottorino Respighi, «  Il tramonto », pour soprano et quatuor à cordes — Erwin Schulhoff, « Drei Stimmungsbilder » opus 12 : 10. Sangen Geigen übern See ; 11. Schließe deine Augen zu ; 12. Weißt du, dass der Sonnenmüde — Benjamin Britten, « A Charm of Lullabies », opus 41 :  13. Cradle Song ; 14. The Highland Bales ; 15. Sephestia's Lulaby ; 16. A Charm ; 17. The Nurse's Song

Weißt du, dass der Sonnenmüde

 

Jean-Marc Warszawski
24 août 2010

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