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Rabaud Henri
1873-1949

Né à Paris le 10 novembre 1873, mort à Neuilly-sur-Seine le 11 septembre 1949.

Il est issu d'une famille de musiciens. Son grand-père, Van Steenkiste dit Vincent-Joseph Dorus (1812-1996) est un célèbre flûtiste, son père, Hyppolyte François Rabaud, violoncelliste, est professeur au Conservatoire et auteur d'une méthode pour son instrument. Sa mère est cantatrice.

Il est scolarisé au Lycée Condorcet à Paris. En 1891, il est admis au Conservatoire national de Paris. Il y suit les cours  de composition de Jules Massenet et André Gedalge qui comble les nombreuses absences de son célébrissime collègue, et l'harmonie avec A.-B. Taudon.

Il déclare que les musiques de Wagner, de Franck et de Debussy le laissent indifférent, mais sa musique est classée comme wagnérisantes, « tout en étant sans aucun doute française ».

Il obtient, dès son premier essai,  le Premier Grand Prix de Rome en 1894 avec sa cantate Daphné. Pendant son séjour à Rome il découvre les musiques des compositeurs italiens. Sa Deuxième symphonie en mi mineur date de 1896.

À son retour de Rome, il mène une carrière de chef d'orchestre.

En 1900, son oratorio Job remporte un grand succès. Le 16 mars 1904, il crée sa première œuvre lyrique à l'Opéra-Comique, La fille de Roland.

De 1908 à 1918, il dirige l'orchestre de l'Opéra de Paris.

Il est reçu à L'institut en 1918 et la même année dirige l'Orchestre symphonique de Boston.

En 1920, il remplace Gabriel Fauré, qui a atteint la limite d'âge, à la direction du Conservatoire de Paris.

En 1924, il compose la musique du film les Miracles et les Loups en 1924, puis en 1925, du Joueur d'échecs.

En 1934, son opéra féerique Mârouf, savetier du Caire d'après les « Mille et une nuits », créé le 15 mai 1934 fait un triomphe.

francel
Fernand Francell (1880-1966)
 dans le rôle de Mârouf

Le 14 octobre 1940, 4 jours avant la promulgation des lois qui excluent les juifs de l'enseignement public, il prend contact avec les autorités nazies, la Propaganda Staffel  (le Conservatoire est pourtant sous la tutelle du gouvernement de Vichy), pour leur poser le cas des 3 professeurs de confession juive, qui seront renvoyés en décembre.

La même année, bien qu'aucune autorité ne le réclame, il fait dresser par Jacques Chailley son adjoint,la liste des étudiants juifs qui seront exclus des concours en 1941 et du Conservatoire en 1942.

Claude Delvincourt qui reprend la direction du Conservatoire le 15 avri 1941 se conduira plus civiquement, mais contrairement à ce qui est dit, ce n'est pas sous sa drection, mais sous celle de Rabaut, qu'Olivier Messiaen est engagé, après un concours discuté le 25 mars 1941.


Hector Dufranne dans La Fille de Roland

De 1943 à 1944, il siège aux côtés de Jacques Thibaud, Marguerite Long et Germaine Lubin au « Comité professionnel de l'art musical » du gouvernement collaborateur de Vichy.

En mai 1947, il crée Martine à Strasbourg, d'après le dramaturge Jean-Jacques Bernard (Martine est créée à la Comédie-Française en 1936 ).

Peut-être cherche-t-il à réhabiliter sa mauvaise conduite en mettant en musique la pièce de Jean-Jacques Bernard, interné par les nazis à Compiègne et libéré en 1942 affamé et pratiquement mourant. Son fils François-René a été assassiné au camp de Mauthausen. Son père, le célèbre Tristan Bernard, a été de justesse tiré des griffes des barbares grâce aux interventions de Sacha Guitry et d'Arletty.

Catalogue des  œuvres

Bibliographie

Documents

LANDORMY PAUL, La musique française après Debussy. Gallimard, Paris 1943 (6e édition), p. 228-231

Henri Rabaud n'est point un révolutionnaire. Il se rattache étroitement à la tradition dans ce qu'elle a de plus classique. Il représente une tendance caractéristique dans la mêlée des esthétiques diverses de nos artistes d'aujourd'hui et non pas une des moins importantes, loin de là. Il représente au suprême degré cette orientation particulière, et ce n'est pas sans motif qu'on le choisit pour diriger pendant un temps, et avec quel tact, quelle saine raison et quelle élévation d'esprit, notre Conservatoire natio - nal de musique, gardien des vertus traditionnelles de l'art musical français.

Henri Rabaud est né à Paris l0 octobre 1873. Il appartenait à une famille de musiciens. Son grand-père maternel était le célèbre flûtiste Dorus, dont la soeur, Mme Dorus-Gras, créa de nombreux rôles de chanteuse légère dans les opéras de Meyerbeer et d'Halévy. Sa mère, dans sa jeunesse, cantatrice de concerts, et, plus tard, répétitrice de la classe de piano de Mme Massart, faillit, sur la demande de Gounod, créer la Marguerite de Faust. Son père était professeur de violoncelle au Conservatoire et violoncelliste solo de la Société des Concerts. Que de talents accumulés !

Dès sa petite enfance, Henri Rabaud entendit chez ses parents les quatuors de Haydn, de Mozart, de Beethoven, de Mendelssohn, de Schubert, de Schumann. Il suivait les cours du lycée Condorcet, mais en même temps, grâce à son père, il assistait aux répétitions des concerts du Conservatoire. Il baignait là dans une atmosphère classique. Parmi les modernes, la Société des concerts ne jouait guère alors que Saint-Saëns. Par l'audition et l'analyse des chefs-d'oeuvre des maîtres, Henri Rabaud apprenait l'art de la composition. Il avait déjà écrit une Symphonie (elle fut jouée aux Concerts d'Harcourt en novembre 1894), quand il commença à 18 ans ses études d'harmonie sous la direction de Taudou. Pour la fugue et le contrepoint, pour la composition proprement dite, André Gédalge et Massenet n'eurent pas grand'chose à apprendre à un jeune artiste qui possédait déjà, par un contact intime et journalier, Bach, Mozart et Beethoven.

Max d'0llone, qui fut le condisciple de Henri Rabaud et resta lié avec lui d'une vive amitié, nous dit que « ce grand jeune homme de 19 ans, maigre et barbu, qu'était alors le futur auteur de la Fille de Roland, aux allures sérieuses et distantes, d'une culture littéraire et philosophique très étendue, dont l'indépendance d'esprit et la volonté tenace se lisaient sur son grave visage, en imposait presque à l'auteur de Manon... ». La musique qu'il écrivait paraissait alors, d'après le témoignage de Max d'0llone et selon sa jolie expression « presque agressivement archaïque ». Wagner, Franck, les Russes qu'on venait de découvrir, Debussy, dont les premiers ouvrages commençaient de se répandre, n'avaient aucune influence sur lui. Et, d'autre part, Henri Rabaud éprouvait une sorte de répugnance puritaine devant les caresses de l'art massenétique. Il ne cherchait de leçons que dans le passé et, de préférence, auprès des maîtres les plus austères.

En 1894, il se présenta pour la première fois au concours de Rome et, d'emblée, obtint le premier grand prix.

L'Italie commença de modifier quelque peu ses vues sur l'art et sur la vie. Lui qui se rendait naguère au Conservatoire en chapeau haut de forme, il adoptait à Rome la tenue un peu débraillée de ses camarades. Il écoutait avec plaisir et émotion les œuvres de Verdi, de Mascagni, de Puccini, et ne s'effarouchait pas trop de ce qu'il y avait dans leur style d'un peu débridé.

Et puis il se rendit à Munich et à Bayreuth, et il ne put se défendre contre les prestiges de la magie wagnérienne. C'est ainsi qu'il fut amené à écrire deux ouvrages assez différents de tout ce qu'il avait composé jusqu'alors, d'abord la 2e Symphonie, qu'il conçut sous l'impression d'un magnifique orage qui semblait embraser Rome, et ensuite, un an plus tard, la Procession nocturne, qui, en 1899, fut accueillie avec la plus grande faveur par le public des Concerts Colonne et s'inscrivit depuis lors au répertoire de toutes les sociétés symphoniques de France et de l'étranger.

Sous l'influence de Parsifal et de la musique de Franck, il entrait enfin dans les voies du mysticisme en composant son dernier envoi de Rome, Job, un oratorio dont on peut noter le puissant mouvement dramatique de la quatrième partie.

Les horizons du jeune musicien s'étaient élargis. Mais le fond de sa nature et de son art ne s'étaient pas essentiellement modifiés. Il restait un classique.

Le théâtre l'attirait, le théâtre, non point de Wagner, dont la fascination lui semblait dangereuse pour un artiste français, le théâtre à la Gluck. Il se souciait surtout de grandes lignes nobles et pures et d'une éloquence persuasive par sa clarté et son ordonnance.

Son premier essai en ce genre fut la Fille de Roland, de Henri de Bornier, créé à l'Opéra-Comique en 1904, repris à l'Opéra en 1921. L'intérêt musical en est surtout d'ordre architectural. On trouva l'oeuvre en général plus raisonnable qu'émouvante, et l'on reprocha à l'auteur de s'en tenir trop souvent aux formules d'un « froid académisme ».

Irrité sans doute par cette critique, Henri Rabaud se mit à composer une partition d'un tout autre caractère, âpre et agressivement dissonante, très violente par endroits, le deuxième poème lyrique sur le livre de Job. C'est le Job de Renan qui nous est ici présenté, amèrement ironique dans sa soumission forcée à la divinité injuste. Ce ton inattendu d'un compositeur réputé si sage et soudain presque enragé déconcerta le public et la critique. Il serait curieux d'avoir de nouveau l'audition de ce Job.

Henri Rabaud écrivit ensuite de la musique de scène pour le Premier Glaive, drame de Népoty, représenté aux Arènes de Béziers en 1908, pour Antoine et Cléopâtre, pour le Marchand de Venise (Théâtre Antoine) et beaucoup plus tard pour Paul et Virginie, de Népoty (Théâtre Sarah-Bernhardt).

Entre temps, se plaçait l'apparition à l'Opéra-Comique, en juin 1914, du chef-d'oeuvre de Henri Rabaud, Mârouf. Cet ouvrage fit sensation, recueillit dès le premier jour tous les suffrages, alla aisément jusqu'à la centième représentation et bien au delà, et il obtint le même succès qu'à Paris sur les scènes de province et de l'étranger. Mârouf a fait le tour du monde. Cette incontestable réussite ouvrit à Henri Rabaud les portes de l'Institut (1918). Réussite significative, due à un ensemble de qualités extrêmement diverses et surtout à ce parfait équilibre quand il s'agissait de concilier les contraires, le pittoresque oriental avec certains procédés wagnériens, tout en respectant les exigences du goût français, sans négliger jamais l'effet théâtral, en alliant le style classique au langage moderne, la science à l'agrément, le rêve à la bouffonnerie. L'auteur prétendait - démontrer ainsi que l'on pouvait atteindre à la nouveauté en même temps qu'à la beauté sans user des moyens extrêmes auxquels, après Debussy et Fauré, il regrettait que presque tous les jeunes musiciens crussent devoir chercher le recours. Donc la raison, la simple raison, pouvait plaire.

A Mârouf succède, en 1924, l' Appel de la Mer qui, par sa tristesse continue, son réalisme macabre, semble fait pour lasser la patience des publics les mieux disposés. On y découvre en tout cas de belles pages, et aussi des recherches harmoniques, des audaces plus poussées que dans aucune autre partition du même auteur.

Enfin 1937 vit paraître sur la scène de l'Opéra une nouvelle œuvre de Henri Rabaud, d'une charmante fantaisie, Rolande et le Mauvais Garçon, qui complète jusqu'à nouvel ordre le catalogue de sa production.

Un musicien probe et sincère, qui a eu ses heures de brillante ou profonde inspiration.

 

Jean-Marc Warszawski
4 septembre 2006

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