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* Paris 27 novembre 1867 — † Le Rayol Canadel (Var) 31
décembre 1950. Compositeur, pédagogue, théoricien.
Il est issu d'uns famille d'industriels et d'ingénieurs
originaire de Mulhouse. Il entre en 1887 à l'École Polytechnique et en
sort officier d'artillerie en 1889. Suite à une maladie, il met fin à sa
carrière militaire et à son rêve de devenir astronome.
Entré au Conservatoire de Paris en 1889, il suit les
cours de Taudou pour l'harmonie, de Massenet pour la composition etl'
orchestration, de Fauré pour la composition et de Gédalge pour le
contrepoint et la fugue.
De 1890 à 1900, il compose de nombreux recueils de
mélodies. En 1898 Fauré lui confie l'orchestration de sa musique de scène
pour
Pelléas et Mélisande.
En 1897, il fait l'acquisition d'un verascope, appareil
photographique à deux objectifs dont l'angle un peu décalé donnait aux
photographie sur plaque de verre un espèce de relief à condition de les
regarder dans un boîtier spécial un stéréoscope. Il prend au cours de sa
vie plus de 3000 photos qui sont aujourd'hui conservé avec le matériel par
sa famille.

Un verascope
Vers 1900, il compose ses premières œuvres pour
orchestre, comme
La Nuit de Walpurgis classique (1901-1907) et
L'Abbaye (1899-1908).
Il épouse Suzanne Pierrard le 24 avril 1903. Ils ont 5
enfants. Leur fils Jean-Michel naît en 1904, leur fille Hélène naît en
1906.
En 1909, suite à un conflit avec les émules du
mouvement d'Indyste, à la Schola Cantorum, il fonde, avec Ravel et Schmittla
«Société Musicale Indépendante» qui a pour but de promouvoir la musique
contemporaine.
A partir de 1911, année de naissance de leur troisième
enfant, Madeleine, il ajoute de la musique de chambre à son catalogue avec
de nombreuses sonates pour divers instruments, 3 quatuors à cordes, un
quintette pour piano et cordes (1921), 9 Sonatines pour piano. En 1912 il
compose
Les Saisons pour orchestre, et jusqu'en 1920 une série de chorals
pour orgue et orchestre ou orchestre.
En 1916, son quatrième enfant, Laure Antoinette,
vient au monde. En 1917, il compose les ballets
La Forêt païenne et
La Divine Vesprée.
A partir de 1917, pressé par le besoin d'argent, il
enseigne. Il a Francis Poulenc, Henri Sauguet, Germaine Tailleferre, Roger
Désormière, comme élèves.
En 1918 il fait une tournée de conférences dans toutes
les grandes villes des États-Unis.
En 1920, il rejoint le groupe
Les Nouveaux Jeunes.
En 1921 il compose le
Vingt Chansons bretonnes pour violoncelle et piano ou orchestre,
utilisant une harmonie libre inspirée des modes anciens. En 1932, la
Fugue symphonique pour orchestre et
Cinq Chorals dans les modes du Moyen-âge pour orchestre, toujours
la même année,
l' Hymne pour ondes Martenot et orchestre.
En 1922 il publie son traité suer les notes de
passage.
A partir de 1925, il compose ses oeuvres orchestrales
les plus importantes :
La Course de Printemps, La Méditation de Purun Baghat, La Loi de la
Jungle.
En 1928 il donne des cours et des conférences à
l’Université de Berkeley en Californie. La même année il publie son
Traité de l'Harmonie.
Proche du Parti communiste, il tente de promouvoir une
musique pour le peuple dans les années 1930.
En 1932, à Paris, salle à Pleyel, l’Orchestre
Symphonique de Paris donne un festival de ses œuvres sous la directions de
Roger Désormière.
En 1933 il fait paraître son
Étude sur l'Écriture de la fugue d'école. La même année, il rend
hommage au cinéma avec
The Seven stars symphony qui évoque Douglas Fairbanks, Lilian
Harvey, Greta Garbo, Clara Bow, Marlène Dietrich, Emil Jannings et Charlie
Chaplin. Suivent
L'Album de Lilian (1934),
Sept Chansons pour Gladys (1935),
Danses pour Ginger (1937),
Épitaphe de Jean Harlow (1937)
La
Sonatine modale pour flûte et clarinette est de 1935, les
Chœurs monodiques de style modal pour l'Alceste d'Euripide de
1938.
La Symphonie d'Hymnes (1910-1933) lui vaut le
Prix Cressent en 1936 et
Symphonie n° 1 le Prix Halphan en 1937.
En1937, il est président de la Fédération Musicale
Populaire, enseigne la polyphonie modale à San Diego en Californie, et à
Paris, à la nouvelle Schola cantorum, abandonnée par les d'Indystes, qui ont
créé l'école César Franck en 1935.
Achevés en 1939,
Les Bandar-Log forment, avec trois poèmes chantés, un vaste
ensemble illustrant le Livre de la Jungle de R. Kipling.
Pendant la guerre il rédige son Traité d'orchestration
et compose le poème symphonique
Le Docteur Fabricius, L'Offrande musicale sur le nom de Bach et
Le Buisson ardent.
En 1948, il est membre de l'Association française des
musiciens progressistes, dans la mouvance du Parti communiste, avec Roger
Désormière, Serge Nigg, et Jean Wiener
En 1949, il compose le
Motets de style archaïque. La même année il reçoit le Grand Prix de
la musique décerné par la Société des Auteurs.
Il laisse un catalogue de 225 numéros. Son traité
d'orchestration est publié à titre posthume de en 1954-1959. Il a
aussi orchestré
Khamma de Debussy.
Écrits théorique et
pédagogiques
- Traité de l'harmonie [3 v.]. Eschig, Paris 1928
- Précis des règles du contrepoint. Heugel, Paris 1927
- Études sur le choral. Heugel, Paris
- Étude sur l'écriture de la fugue d'école. Eschig, Paris 1933
- Traité de la polyphonie modale. [inédit]
- Traité de l'orchestration. Eschig, Paris 1944
- Théorie de la musique. Heugel, Paris 1934
- Gabriel Fauré. Paris 1927 ; Plon, Paris 1949
- Debussy. Laurens, Paris 1941.
Catalogue succinct des
oeuvres
- 1893, 4 recueils de mélodies pour chant et piano
- 1898-1900, Chansons de Bilitis sur un texte de Pierre Louÿs
- 1899-1908, L'Abbaye, suite religieuse pour choeur, orchestre et
orgue
- 1900-1907, La Nuit de Walpurgis classique pour orchestre
- 1908, La Forêt païenne, ballet
- 1910-1933, Symphonie d'hymnes pour orchestre
- 1911-1913, Sonate pour flûte et piano
- 1912, 3 Chorals pour orgue et orchestre
- 1913-1922, 3 Quatuors à cordes
- 1914-1946, Shéhérazade pour chant et piano
- 1915 - 1916, 5 Sonatines pour piano
- 1915-1916, Sonate pour hautboir et piano
- 1915-1946, Sonate pour alto et pianpo
- 1916, Paysages et Marines pour piano
- 1916, Sonate pour violon et piano
- 1917, La Divine Vesprée, ballet
- 1917, Sonate pour violoncelle et piano
- 1919-1920, Chorals pour orchestre
- 1922, Quintette poup piano et cordes
- 1923 -1924, 4 nouveltes Sonatines pour piano
- 1923, 2 Sonates pour clarinette et piano
- 1923-1924, Divertissement pour 3 flûtes
- 1924, Trio pour flûte, clmarinette et basson
- 1925, La Course de Printemps pour orchestre
- 1929, 3 Sonatines pour orgue
- 1932-1933, L'Ancienne maison de campagne pour piano
- 1933, The seven Star's Symphony pour orchestre
- 1936, La Méditation de Purun Baghat pour orchestre
- 1937, Les Eaux vives pour orchestre
- 1937, Septuor à vent
- 1938-1939 Les Bandar-Log forment avec La Course de Printemps, La
Berceuse Phoque (1899), La Chanson de Nuit dans la Jungle (1899) et Le
Chant de Kala Nag (1899) la suite symphonique avec soli et choeurs Le
Livre de la Jungle, d'après R. Kipling
- 1938-1945, Le Buisson ardent pour orchestre d'après Romain
Rolland
- 1939, La Loi de la Jungle pour orchestre
- 1941-1944, Le Docteur Fabricius pour orchestre
- 1942, Offrande musicale sur le nom de Bach pour orchestre
- 1943, 211 Symphonie pour orchestre
- 1949, Quintette pour harpe, flûte, violon, alto et violoncelle
- 1949, Sonate à sept pour hautbois principal, flûte., harpe (ou
clavier) et quatuor à cordes
- sd., Sonatines pour piano à 4 mains
- Catalogue de l'oeuvre de Charles Koechlin (introduction de
Henri Sauguet). Eschig, Paris 1975
- Charles Koechlin par lui-même. Dans «La Revue Musicale»
(340-341), Richard- Masse, Paris 1981
- COLLAER PAUL (1891-1989), Charles Koechlin. Dans «La musique moderne»,
Elsevier, Paris 1955
- Correspondance de Koechlin. Dans «Revue Musicale»
(348-350), Richard- Masse, Paris 1982
- ORLEDGE ROBERT,
Charles Koechlin : his life and works. « Contemporary music studies »,
Harwood academic publishers, London 1989
- RENAUDIN PIERRE,
Charles Koechlin. Cathelineau, Paris 1952
- VIALA LOUIS-GERMAIN & LERIQUE-KOECHLIN MARC
(éditeurs), Correspondance Romain
Rolland - Esther Marchand - Charles Koechlin.
Louis-Germain Viala, Bordeaux 2006
- URNER-JOHNSON BARBARA, Catherine
Urner (1891-1942) and Charles Koechlin (1867-1950)
: « A Musical Affaire ». Ashgate,
London 2003
- KOECHLIN BERNARD, Feuilles d'automne
- Le compositeur Charles Koechlin à Villers-sur-Mer.
Ponelcone, Villers-sur-Mer 2002
- CAILLET AUDE, Charles Koechlin : «
L'Art de la liberté. « Carré
Musique », Atlantica-Séguier, Biaritz,
Paris 2001
|
01 / 42

RCA / BMG 09026 61955 1994
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Charles Koechlin
Le livres de la jungle
Radio-Symphonie-Orchester Berlin
David Zinman dir.
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02 / 144

SKARBO SK 2972
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Koechlin
Oeuvres a cappelle
Ensemble vocal Français
Gilbert Martin-Bouyer, dir
Choeurs religieux a cappella op. 150
(extraits) : 01. Kyrie - 02. Agnus Dei - 03. Alleluia. 15 Motets de
style archaïque op. 225 : 04. n° 1 Voix d'hommes, Soutenu et sans nuances
- 05. n° 2 Voix d'enfants - 06. n° 3 La Crypte (écriture modale
moderne) - 07. n° 4 Motet en canons, molto moderato - 08. n° 5
Choral (dans la crypte), Mystérieux- 09. n° 6 Choral en imitations (voix
et quatuor à vent), Moderato - 10. n° 7 Chanson en canon, Allegro - 11. n°
8 Exposition de fugue et stretto, Grave, sans hâte - 12. n° 9
Chanson pour habituer l'oreille aux sonorités médiévales, Allegro (Flûte
et Clarinette) - 13. n° 10 Eleison, Andante - 14. n° l1 Monodies
(Flûte et Clarinette), Assez allant - 15. n° 12 Pour un conduit à 3 voix
puis à 6 voix, Pas vite - 16. n° 13 Exposition et Strette, Pas vite - 17.
n° 14 Assez lent, Très lié - 18. n° 15 Mystique et lumineux, Très calme et
pur, Presque sans nuances
Enregistré en 1997
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03 / 144

Sisyphe 001
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Charlles Koechlin
Les chants de Nectaire
Pierre-Yves Artaud, flûte
Enregistré au temple Saint-Marcel à Paris en 1997 et 1998
disque 1 (série 1 opus
198)
: 1. Préambule - 2. Naissance de la vie - 3. Jeux de la
lumière - 4. Clartés de l'Esprit - 5. Jeunesse du monde - 6. Les
tranquille clartés de l'Intelligence - 7. …criblent de flèches l'Erreur et
la Bêtise - 8. Le Rire vainqueur - 9. Gaîté de la lumière - 10. Les Vaines
querelles (,,à quoi bon ?'') - 11. La Tendresse - 12. La
Plainte humaine - 13. La Nuit - 14. Souffles du Printemps sur la mer - 15.
Lumière -modération- équilibre - 16. L'Amour - 17. La Pitié - 18. Pour les
âmes souffrantes - 19. Le Jardin des Muses - 20. Les Vrilles de la Vigne -
21. Les Heures douces - 22. La Crainte - 23. Idylle - 24. Clair de Lune
sur la mer - 25. L'Elan vers la Vie - 26. ,,Le Désir qui crée les Mondes''
- 27. l'Effort de l'Homme - 28. Le Vaincu médité - 29. Le Soir - 30. Le
Calme du Sage - 31. Gaîté du matin ensoleillé - 32. Méditation sur la
douleur humaine.
Disque 2 (série 2 opus 199
: 1. A l'ombre, par une fraîche matinée de printemps
- 2. La Claire forêt - 3. Jeux dans la clairière - 4. Le Bois Sacré - 5.
Le Bruissement des feuilles - 6. Boire à l'ombre, en été - 7. Danse de
nymphes, au soleil - 8. Jeux de naïades - 9. Fraîcheur des beaux matins
dans la montagne - 10. Le Chevrier - 11. Danse de Faunes - 12. ,,Mollesque
sub arbore somni'' - 13. La Mer aux bruits innombrables - 14. Endymion,
berger (d'après un motif de ma cantate Endymion) - 15. Le Satyre - 16.
,,Maioresque cadunt altis de montibus umbrae'' - 17. Caprices du Faune -
18. Sur la mort d'un chat. - 19. Pureté du matin sur la grève - 20.
,,l'Heureux petit berger'' - 21. Calme du Soir - 22. Brise fraîche du
matin sur la mer - 23. ,,O fortunatos nimium … agricolas'' - 24. Soir
lumineux - 25. Gaîté du Printemps dans la Forêt - 26. ,,Tityre, Tu patulae
recubans sub tegmine fagi'' - 27. Danses dans la forêt - 28. ,,At secura
quies…'' - 29. Formosi pecoris custos, formosior ipse - 30. ,,Les Oiseaux
sont ivres…'' - 31. Silène - 32. Pour le Cortège de
Dionysos.Disque 3 (série 3 opus 200) :
1. Prière dans le mode dorien - 2. Réponse de la divinité
tutélaire - 3. Prière d'un malade - 4. Cortège de jeunes filles - 5.
Danses au Soleil du matin dans la campagne - 6. Cortège d'éphèbes - 7.
Prière des enfants - 8. Danses pour saluer le retour du - printemps - 9.
Epithalames - 10. Prière de l'épouse dont le mari est parti à la guerre -
11. Danses pour célébrer le retour du Père - 12. Prière funéraire - 13.
Danses pour célébrer d'heureuses fiançailles - 14. Prière de Orphelins -
15. Incantation pour guérir un cerveau malade - 16. Tityre remercie les
Dieux - 17. Hymne du philosophe devant la nuit d'étoiles - 18. Danses
d'adolescents devant la maison heureuse - 19. le maître enseigne à ses
élèves la vie - harmonieuse des Sages antiques - 20. Ronde joyeuse dans
les près fleuris - 21. Prière aux Sages de la Forêt - 22. Prière aux Dieux
protecteurs du foyer - 23. Prière de l'aïeul - 24. Autre prière de l'aïeul
- 25. (,,Danse'') - 26. Cortège - 27. Incantation pour écarter les mauvais
esprits - 28. Danse des Faunes familiers - 29. Cortège - 30. Prière pour
guérir un malade - 31. Autre prière pour la guérison - 32. Cortège
d'action et de grâce
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VUILLERMOZ ÉMILE, Histoire de la musique. «Les grandes
études historiques», Librairie Arthème Fayard, Paris 1949 (8e édition), p.
443-444
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Qui peut nous dire jusqu'où nous conduira l'esprit
encyclopédique d'un CHARLES KŒCHLIN (1867) dont la maîtrise technique, la
forte culture, l'insatiable et généreuse curiosité et les dons multiples
émerveillent tous ceux qui ont pu se pencher sur l'immense production — en
grande partie inédite — de ce patriarche indulgent qu'aucune excentricité
de ses cadets ne scandalise et ne prend au dépourvu. Tous les styles lui
sont familiers, il pratique avec une égale aisance tous les systèmes
d'écriture, et si l'on peut suspecter la sincérité d'un apprenti qui se
réfugie dans la polytonalité, l'atonalité ou le dodécaphonisme pour
masquer son impuissance à inventer une mélodie et à l'harmoniser
correctement, on ne saurait conserver cette méfiance vis-à-vis du musicien
qui s'est montré aussi apte à confectionner, par jeu, dans sa jeunesse, de
ravissants bibelots comme Si tu le veux ou le Thé qu'à utiliser les
vocabulaires les plus intimidants des âpres linguistes de nos
avant-gardes.
|
LANDORMY PAUL, La musique française après Debussy.Gallimard, Paris 1943
(6e édition), p. 221-224
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Un maître, dans tous les sens du mot.
Charles Koechlin est né à Paris, de parents alsaciens,
le 27 novembre 1867. Entré à l'École polytechnique en 1887, il
démissionnait à la sortie (1889) pour se consacrer à la musique.
De 1890 à 1898, il fut élève au Conservatoire de Paris,
de Taudou pour l'harmonie, de Massenet et de Gédalge pour le contre-point,
la fugue et la composition, — puis de Gabriel Fauré pour
ces mêmes enseignements, en même temps que Ravel,
Roger-Ducasse, Ladmirault, etc.
J'ai sous les yeux un volume publié vers 1900 par la
maison Baudoux et contenant dix mélodies de dix auteurs différents
accompagnées du portrait de chacun d'eux. J'y trouve
le Furet du bois joli de Pierre de Bréville,
le Temps des lilas de Chausson,
le Lied maritime de Vincent d'Indy,
Phidylé de Duparc,
la Gavotte du Masque d'Alexandre Georges,
Te souviens-tu du temps d'amour de Georges Guiraud,
Brises d'autrefois de Georges Hüe,
le Thé de Charles Kœchlin,
Sirène d'or d'Ernest Le Grand,
Berceuse de Guy Ropartz. Voilà qui situe Charles Koechlin dans le
milieu de sa jeunesse. Le cliché de A. Gerschel nous le présente sous un
aspect mince, presque maigre, avec des cheveux bruns un peu longs, un
visage régulier, des yeux doux (des yeux verts) et une barbe en pointe
assez courte, qui devait plus tard devenir l'immense barbe blanche de
patriarche que nous lui connaissons aujourd'hui. La mélodie
le Thé, sur des vers de Th. de Banville, publiée dans cet album
définit déjà parfaitement le musicien. Comme Banville, il recherche les
combinaisons rares et il s'y complaît, mais ce n'est jamais aux dépens de
la clarté. Sa musique, comme la poésie de Banville, reste toujours
translucide : elle a moins de matière, moins de poids que d'esprit. Elle
effleure les sujets qu'elle traite et en extrait cependant le suc le plus
subtil. Mais son parfum paraît parfois si léger qu'on le perçoit à
peine.
De cette musique, les pages sont innombrables, et
j'hésite à citer ne fût-ce que quelques pièces de son volumineux
catalogue. Il faudrait choisir entre tant de mélodies, de choeurs, d'
«essais» symphoniques, d'ouvrages dramatiques, d' «études» de toutes
sortes. Ces titres essais, études, reviennent sans cesse sous la plume
d'un auteur qui se satisfait difficilement et qui semble renoncer à rien
nous présenter de positivement achevé. Pourtant, quelle perfection
d'écriture dans
En mer, la nuit (poème symphonique d'après Heine, Colomer, 1904),
ou dans
Jacob chez Laban, pastorale biblique en un acte (Théâtre Bériza,
1925), dans les
Études antiques, suite symphonique en cinq parties (1908-1914)!
Depuis 1914, ayant à gagner sa vie, Charles Kœchlin
s'est fait professeur, et il a donné de nombreuses leçons. Il y a trouvé
l'occasion, déclare-t-il lui-même, de perfectionner considérablement son
métier. Rien n'apprend comme d'enseigner. Il a écrit dès lors de
nombreuses pièces de musique de chambre et d'autres pour orchestre (mais
presque pas de mélodies), des fugues, des chorals,des « chants donnés »,
et ses listes de compositions diverses sont interminables.
Mais quelle puissance de travail- possède cet homme ou
quelle facilité ! Dans le même temps il écrivait des articles de critique
ou d'histoire, toujours excellents, des ouvrages d'enseignement, et aussi
des livres (son
Gabriel Fauré est un chef-d'oeuvre de pénétration psychologique et
esthétique), jusqu'à des scénarios de cinéma. Il faisait des conférences,
voyageait au loin, jusqu'en Amérique.
Sa Théorie de la musique,
Son Traité de l'harmonie (en trois volumes),
Son Traité de l'orchestration (en préparation, presque terminé),
font ou feront époque.
L'automne de 1918, il faisait déjà des conférences en
Amérique. Il y retourna pour le même objet au cours de l'été 1929, puis de
l'été 1937.
Esprit encyclopédique, tous les sujets qu'il a traités,
il les a renouvelés. L'harmonie, le contrepoint, l'orchestration
s'enrichissent grâce à lui de points de vue imprévisibles.
Ce qu'il y a de tout à fait remarquable dans l'attitude
de Charles Kœchlin en face des problèmes esthétiques, c'est sa largeur
d'esprit. Rien de moins étroit, de moins fermé, que sa conception du beau
musical. Il s'accommode de toutes les formules, de tous les systèmes. Il
comprend tout, il admet tout. Lui-même, quand il écrit de la musique pour
se satisfaire, il n'a pas un langage unique; il emploie tous les langages
à tour de rôle, depuis la simple monodie ou l'harmonie la plus classique
jusqu'à la polytonalité la plus hardie. Il conserve une entière liberté. A
cet égard il y a un de ses ouvrages qui enferme un singulier emploi des
différents procédés d'écriture musicale, c'est
Bandar log (Scherzo des singes, 1939-1940). Les singes imitant la
parole humaine croient créer un langage nouveau, supérieur à celui des
hommes, en réalité ils ne font que juxtaposer des sons sans suite et sans
signification : leur prétendu langage n'est qu'une absurdité. Or le
langage humain est représenté par l'harmonie classique, et le prétendu
langage des singes par la polytonalité prenant ici un sens caricatural.
Cet exemple est tiré. des poèmes symphoniques d'après
le Livre de la Jungle. D'autres fois, Charles Koechlin emploiera la
même polytonalité, non pas comme un signe de confusion et d'irraison, mais
comme un mode d'expression parfaitement fondé en raison et en vérité.
A côté de ces musiques complexes on lira comme un
exemple particulièrement significatif les
Sonatines pour piano, d'un contour si simple et si pur.
L'homme le plus divers, le plus instruit, le plus
entreprenant, le plus inventif et qui a rendu à la musique française tous
les services qu'on en pouvait espérer, notamment celui d'avoir formé
beaucoup de nos jeunes compositeurs.
N'oublions pas que c'est lui qui a orchestré — et avec
quelle maîtrise ! — un chef-d'oeuvre de Gabriel Fauré, P
elléas et Mélisande.
|
Charles Koechlin,
Vers la Voute étoilée, nocturne pour orchestre
op. l29. Composition d'après le
Nocturne pour piano en mi bémol mineur (1923-1932). Première
orchestration en 1933. Deuxième orchestration en 1939. Dans «Dossier de
presse de l'Orchestre nationale de Lyon» (mars 2005)
|
Œuvre méconnue, dont la publication est récente
(1995), ce poème symphonique prend place dans le catalogue de Koechlin au
milieu d'ceuvres très diverses, témoignant de son éclectisme. A l'époque
où le musicien s'intéresse particulièrement au cinéma (Seven Stars
Symphony, 1933) et s'engage par ailleurs, dans des oeuvres chorales de
grande envergure, comme musicien militant, confiant en la vocation
civilisatrice de l'Art, il ne dédaigne pas avec cette pièce un retour à un
romantisme plus intime. Le titre, tout empreint de symbolisme, traduit un
élan exalté et presque mystique vers un univers dont l'immensité et le
mystère le fascinent. Ce poème symphonique est d'ailleurs dédié à la
mémoire de Camille Flammarion, célèbre astronome disparu en 1925, auteur
d'une
Astronomie populaire (1879).
A la pièce pour piano, la version orchestrale doit
beaucoup dans ses premières pages : la main gauche arpégée, ondoyante et
berceuse, si caractéristique du genre illustré par Chopin, se trouve ici
transposée aux violoncelles et altos, dans la tonalité saturnienne de mi
bémol mineur. Le compositeur privilégie les coloris en demi-teinte des
altos (avec deux altos solistes), les accents mélancoliques du hautbois
d'amour et du cor anglais, au milieu du halo des cordes divisées, jouant
en sourdine. La souple mélodie s'épanouit et engendre un entrelacement de
lignes aux timbres toujours variés par une orchestration raffinée,
associant les différentes familles d'instruments ou utilisant ces derniers
dans une tessiture inhabituelle. Les lignes convergent ensuite vers un
étrange passage en style de choral, dont les accords, empreints
d'archaïsme, jettent un éclat lunaire sur la partition. Un romantique
chant du cor prépare un crescendo qui marque le retour de l'écriture
initiale, portée cette fois à un sommet passionné et extatique. Puis, dans
une coda apaisée, Koechlin fait longuement résonner l'accord final,
constellé d'une myriade de notes étrangères polytonales, auréolé du gong,
scintillant comme un astre lointain.
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Charles Koechlin,
Les Bandar-log op. 176, poème symphonique.
Composition : 1939-1940. Création mondiale le 19 décembre 1946 par
l'Orchestre de l'Institut national belge de Radiodiffusion, dir. Franz
André. Création française le 15 avril 1948 au Théâtre de Champs- Elysées,
dir. Roger Désormière. Dans «Dossier de prese de l'Orchestre national de
Lyon» (mars 2005)
|
C'est en février 1899 que Charles Koechlin découvre
l'univers de Rudyard Kipling, dans la traduction de Louis Fabulet et
Robert d'Humières. « II y a là un sentiment de la nature, une jeunesse,
une santé, une forme de vie étonnante dont le rayonnement se fait sentir
jusqu'à l'âme de celui qui lit (et comprend) ce livre » déclarera le
compositeur en 1916, dans ses C
ommentaires sur mes compositions. En effet, pour le musicien avide
de nature, de liberté, d'horizons lointains, il s'agit là d'une véritable
reconnaissance. De cette première lecture naissent 3 poèmes de la jungle (
Berceuse phoque, Chanson de nuit, Chant de Kalar-Nog). En
1925-1927, il retrouve son oeuvre fétiche et compose l'envoûtante
Course de printemps. Viendront ensuite
La méditation de Purun Baghat (1936) puis
Les Bandar-Log et
La loi de la jungle (1940). La création du cycle complet, prévue à
Bruxelles le 28 juin 1940, est ajournée en raison de la guerre et n'aura
lieu qu'en 1946, dans cette même ville. La première exécution française,
au Théâtre des Champs-Elysées, dirigée par Roger Désormière, ardent
défenseur du musicien, sera saluée comme un événement musical retraçant
l'évolution, sur quarante années, d'un musicien profondément original.
L'oeuvre présente en effet une grande diversité
d'écriture, depuis l'austère monodie de la
Loi de la jungle jusqu'à l'éblouissante virtuosité des
Bandar-Log.
Le propos satirique de cette page est expliqué par
Koechlin lui-même dans une notice destinée aux auditeurs : «Inconséquents
et suffisants, les singes ont kidnappé Mowgli, qui se laisse séduire par
leurs propos superficiels (...) Se croyant des génies créateurs, ils ne
sont en réalité que de vulgaires copistes, dont le seul but est de se
mettre à la mode du jour (cela s'est vu parfois dans le monde des
artistes). Ils vont parler, chanter, clamer leurs secrets mystérieux.» Les
procédés d'écriture ne sont pas fustigés en eux-mêmes, mais lorsqu'ils
sont employés par pur pédantisme en lieu et place de l'inspiration
musicale. Malicieux et mordant, le compositeur laisse toutefois s'exprimer
sa générosité musicale : la forêt se fait ainsi l'écho de ces pages vaines
et discordantes qu'elle transmue en des harmonies d'une beauté
absolue.
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Article de Didier
Henry, médiathèque Gustav Mahler
Site de Radio-France Polytechniciens
compositeurs, par Michel Fleury Biographie,
catalogue des œuvres dans la Wikipédia
Jean-Marc Warszawski
22 février 2005 Révision 15 août 2007
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